Philosophie · Grands philosophes
Montaigne
Michel de Montaigne (1533-1592) est un écrivain et philosophe français de la Renaissance. Dans ses Essais, il se prend lui-même pour sujet et pratique un scepticisme résumé par sa devise : « Que sais-je ? »
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Michel Eyquem de Montaigne, né le 28 février 1533 au château de Montaigne, en Périgord, et mort au même endroit le 13 septembre 1592, a inventé un genre : l'essai. Ses Essais, publiés de 1580 à 1588 et enrichis jusqu’à sa mort, ne sont ni un traité ni une autobiographie, mais une suite d'« essais » au sens propre : des mises à l’épreuve de son jugement sur tous les sujets. « Je suis moi-même la matière de mon livre », écrit-il dans l’avis au lecteur. Figure majeure de l'humanisme, il a fait du doute une manière de vivre et de penser librement.
Repères biographiques
| Date | Événement |
|---|---|
| 1533 | Naissance dans une famille de riches négociants bordelais anoblis |
| 1539-1546 | Collège de Guyenne à Bordeaux ; il a appris le latin comme langue maternelle |
| 1557 | Conseiller au parlement de Bordeaux ; rencontre d’Étienne de La Boétie |
| 1563 | Mort de La Boétie, son ami : une perte décisive |
| 1571 | Se retire dans sa « librairie » (bibliothèque), dans une tour de son château |
| 1576 | Fait frapper une médaille avec la devise « Que sais-je ? » et une balance |
| 1580 | Première édition des Essais (livres I et II) ; voyage en Suisse, Allemagne, Italie |
| 1581-1585 | Maire de Bordeaux |
| 1588 | Édition augmentée d’un livre III |
| 1592 | Mort au château de Montaigne ; édition posthume de 1595 par Marie de Gournay |
Montaigne vit pendant les guerres de Religion entre catholiques et protestants. Catholique fidèle mais modéré, il négocie entre Henri III et Henri de Navarre.
Les Essais
Les Essais comptent 107 chapitres répartis en trois livres. Les titres sont parfois sans rapport apparent avec le contenu : Montaigne suit le fil de sa pensée, digresse, cite les Anciens (Sénèque, Plutarque, Lucrèce), se corrige. L'« exemplaire de Bordeaux », couvert de ses ajouts manuscrits, montre une œuvre en mouvement perpétuel.
| Chapitres célèbres | Livre | Thème |
|---|---|---|
| « Que philosopher c’est apprendre à mourir » | I, 20 | Apprivoiser la pensée de la mort |
| « De l’institution des enfants » | I, 26 | Éducation : « une tête bien faite plutôt que bien pleine » |
| « De l’amitié » | I, 28 | Amitié avec La Boétie |
| « Des cannibales » | I, 31 | Relativité des coutumes, critique de l’ethnocentrisme |
| « Apologie de Raymond Sebond » | II, 12 | Scepticisme, faiblesse de la raison |
| « Du repentir » | III, 2 | Le moi changeant |
| « De l’expérience » | III, 13 | Dernier chapitre : sagesse de la vie ordinaire |
Les idées clés
Se peindre soi-même
« C’est moi que je peins » (avis au lecteur). Montaigne s’observe sans complaisance : ses humeurs, ses maladies (la gravelle), ses contradictions. Mais en se peignant, il peint l’homme : « chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition » (III, 2). C’est une philosophie de la connaissance de soi héritée de Socrate, mais sans certitude finale : le moi est « ondoyant et divers ».
Le scepticisme : « Que sais-je ? »
L'« Apologie de Raymond Sebond », le plus long chapitre, rassemble tous les arguments contre la prétention humaine au savoir : les sens nous trompent, la raison se contredit, les opinions varient selon les temps et les lieux, l’homme n’est pas supérieur aux animaux. Montaigne reprend le scepticisme antique de Pyrrhon et de Sextus Empiricus. La devise « Que sais-je ? » exprime une suspension du jugement plus juste que l’affirmation « je ne sais rien », qui serait encore une certitude.
La coutume et la relativité des mœurs
Dans « Des cannibales », Montaigne étudie les Indiens du Brésil, dont il a rencontré trois représentants à Rouen en 1562. Il conclut que « chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage » (I, 31), et que les Européens, qui torturent au nom de la religion, sont plus barbares que ceux qui mangent leurs ennemis morts.
Apprendre à mourir, apprendre à vivre
D’abord marqué par le stoïcisme (penser sans cesse à la mort pour ne plus la craindre), Montaigne évolue : à la fin des Essais, il préfère la sagesse naturelle qui consiste à vivre pleinement. « Notre grand et glorieux chef-d’œuvre, c’est vivre à propos » (III, 13).
Apport à la théorie de la connaissance
Montaigne transmet aux modernes la crise sceptique : les sens et la raison ne sont pas des instruments sûrs, et nos certitudes dépendent souvent de la coutume. Descartes cherchera à vaincre ce doute par la méthode ; Pascal, qui l’a lu de près, s’en servira pour humilier la raison au profit de la foi. Il ouvre aussi la voie à une connaissance de l’homme par l’observation concrète.
Citations
- « Je suis moi-même la matière de mon livre » (« Au lecteur »).
- « Parce que c’était lui, parce que c’était moi » (I, 28, « De l’amitié », à propos de La Boétie).
- « Que philosopher c’est apprendre à mourir » (titre de I, 20, d’après Cicéron).
- « Chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition » (III, 2).
- « Plutôt la tête bien faite que bien pleine » (I, 26, formule abrégée de « qu’on choisît un conducteur qui eût plutôt la tête bien faite que bien pleine »).
Questions fréquentes
Que signifie « Que sais-je ? » chez Montaigne ?
C’est la devise de son scepticisme : une interrogation qui suspend le jugement, sans affirmer ni nier. Elle invite à la modestie intellectuelle et à l’examen.
Pourquoi les Essais s’appellent-ils ainsi ?
Parce que Montaigne y « essaie » son jugement, c’est-à-dire qu’il le met à l’épreuve sur des sujets variés. Le mot a ensuite désigné le genre littéraire qu’il a créé.
Montaigne est-il un philosophe ?
Oui, même s’il ne construit pas de système. Il pratique la philosophie comme réflexion personnelle sur la vie, la mort, le savoir et les mœurs, dans la tradition des Anciens.