Aller au contenu
connaissance.org

Philosophie · Grands philosophes

Jean-Paul Sartre

Jean-Paul Sartre (1905-1980) est un philosophe et écrivain français, figure de l’existentialisme. Pour lui, l’homme n’a pas de nature donnée : il est condamné à être libre et se définit par ses actes.

Mis à jour le 5 min de lecture

Jean-Paul Sartre, né à Paris le 21 juin 1905 et mort dans la même ville le 15 avril 1980, est l’intellectuel français le plus célèbre du XXe siècle. Philosophe, romancier, dramaturge, essayiste, fondateur de la revue Les Temps modernes, il a incarné l'existentialisme et la figure de l’intellectuel engagé. Sa thèse centrale tient en une formule : chez l’homme, « l’existence précède l’essence ». Il n’y a pas de nature humaine fixée d’avance ; chacun est ce qu’il se fait, et il est entièrement responsable de ce qu’il est. En 1964, il refuse le prix Nobel de littérature.

Repères biographiques

DateÉvénement
1905Naissance à Paris ; son père meurt l’année suivante, il est élevé chez son grand-père Charles Schweitzer
1924-1929École normale supérieure ; reçu premier à l’agrégation de philosophie (1929), Simone de Beauvoir deuxième
1929Début de la relation avec Simone de Beauvoir
1933-1934Séjour à Berlin ; découvre la phénoménologie de Husserl
1938La Nausée
1940-1941Prisonnier de guerre en Allemagne
1943L’Être et le Néant ; Les Mouches
1944Huis clos
1945Conférence « L’existentialisme est un humanisme » ; fondation des Temps modernes
1952Rapprochement avec le Parti communiste ; rupture avec Camus
1956Rupture avec le PCF après l’intervention soviétique en Hongrie
1960Critique de la raison dialectique
1964Les Mots ; refuse le prix Nobel de littérature
1980Mort à Paris ; environ 50 000 personnes suivent son cortège

Œuvres principales

ŒuvreDateGenreApport
La Transcendance de l’Ego1936EssaiLa conscience sans moi substantiel
La Nausée1938RomanContingence de l’existence
L’Imaginaire1940EssaiLa conscience imageante, néantisation
L’Être et le Néant1943TraitéOntologie phénoménologique : pour-soi, en-soi, liberté, autrui
Huis clos1944ThéâtreLe regard d’autrui
L’existentialisme est un humanisme1946ConférenceExposé accessible de l’existentialisme
Les Mains sales1948ThéâtreEngagement politique et fin des moyens
Critique de la raison dialectique1960TraitéExistentialisme et marxisme
Les Mots1964AutobiographieEnfance et vocation d’écrivain

Les idées clés

L’existence précède l’essence

Pour un objet fabriqué, un coupe-papier par exemple, l’essence (la définition, l’usage) précède l’existence : l’artisan le conçoit avant de le produire. Si Dieu n’existe pas, il n’y a pas de concepteur de l’homme, donc pas de nature humaine. L’homme « existe d’abord, se rencontre, surgit dans le monde, et se définit après » (L’existentialisme est un humanisme). Il n’est rien d’autre que ce qu’il se fait.

Condamné à être libre

« L’homme est condamné à être libre » : condamné, parce qu’il ne s’est pas créé lui-même ; libre, parce qu’une fois jeté dans le monde, il est responsable de tout ce qu’il fait. Ne pas choisir, c’est encore choisir. Cette liberté totale s’accompagne d’une responsabilité totale, et même universelle : en me choisissant, je choisis une image de l’homme. D’où l'angoisse, le délaissement et le désespoir.

En-soi et pour-soi

L’Être et le Néant distingue deux régions de l’être. L'en-soi est l’être des choses : plein, massif, il est ce qu’il est. Le pour-soi est l’être de la conscience : il n’est jamais ce qu’il est, il est toujours en projet, à distance de lui-même. Le pour-soi introduit le néant dans le monde : il peut nier, interroger, imaginer ce qui n’est pas.

La mauvaise foi

La mauvaise foi est le mensonge à soi-même par lequel on fuit sa liberté, en se considérant comme une chose. Exemple célèbre : le garçon de café qui joue à être garçon de café, avec des gestes trop précis, comme s’il était un automate défini par sa fonction. Se dire « je suis comme ça » ou invoquer son caractère, ses passions, les circonstances, c’est être de mauvaise foi.

Le regard d’autrui

Autrui est celui par qui je deviens objet. Surpris en train de regarder par un trou de serrure, j’éprouve la honte : je me découvre tel que l’autre me voit. Autrui est indispensable à la connaissance de moi-même, mais il me fige et me vole ma liberté. D’où la réplique de Garcin dans Huis clos : « l’enfer, c’est les autres ». Sartre a précisé qu’elle ne signifie pas que nos rapports avec autrui sont toujours empoisonnés, mais que, lorsqu’ils sont viciés, autrui devient pour nous un enfer.

Apport à la théorie de la connaissance

Disciple critique de Husserl, Sartre radicalise l’intentionnalité : la conscience n’a pas de contenu, elle est entièrement tournée vers le monde. Il n’y a pas de « moi » dans la conscience : l’ego est un objet du monde, construit par la réflexion (La Transcendance de l’Ego). Avant le cogito réflexif de Descartes, il existe un cogito préréflexif : toute conscience d’objet est en même temps, sans se prendre pour objet, conscience d’elle-même. Voir la conscience.

L’engagement

Après la guerre, Sartre défend une littérature engagée (Qu’est-ce que la littérature ?, 1948) : écrire, c’est dévoiler le monde pour le changer. Il s’engage contre la guerre d’Algérie, pour la décolonisation, et tente dans la Critique de la raison dialectique de concilier existentialisme et marxisme. Ses positions, notamment son long compagnonnage avec le communisme, ont été très critiquées, en particulier par Camus et Raymond Aron.

Questions fréquentes

Que veut dire « l’existence précède l’essence » ?

Que l’homme n’a pas de nature définie à l’avance : il existe d’abord, puis se définit par ses choix et ses actes. Il est donc entièrement responsable de ce qu’il devient.

Qu’est-ce que la mauvaise foi chez Sartre ?

L’attitude par laquelle on se ment à soi-même pour fuir l’angoisse de la liberté, en se considérant comme déterminé par sa nature, son rôle ou les circonstances.

Pourquoi Sartre a-t-il refusé le prix Nobel ?

Il refusait par principe les distinctions officielles : un écrivain, selon lui, ne doit pas se laisser transformer en institution. Il craignait aussi que le prix soit perçu comme une prise de position politique.

Quelle est la différence entre Sartre et Camus ?

Sartre part d’une ontologie de la liberté et s’engage aux côtés du communisme ; Camus part de l’expérience de l’absurde et refuse toute idéologie qui justifie la violence. Ils se brouillent en 1952 après la parution de L’Homme révolté.

À lire aussi

Grands philosophes : toutes les fiches