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Philosophie · Grands philosophes

Plotin

Plotin (205-270) est le fondateur du néoplatonisme. Il décrit la réalité comme une procession à partir de l’Un, principe premier au-delà de l’être, et invite l’âme à remonter vers lui.

Mis à jour le 3 min de lecture

Plotin est le dernier grand philosophe païen de l’Antiquité et l’un des plus influents. Né en 205 en Égypte romaine (peut-être à Lycopolis), il étudie à Alexandrie auprès du mystérieux Ammonios Saccas, s’installe à Rome en 244, y enseigne pendant vingt-six ans et meurt en Campanie en 270. Il se présente comme un simple interprète de Platon, mais construit un système original, que les historiens du XIXe siècle ont baptisé néoplatonisme.

Vie et œuvre

Nous connaissons sa vie par son disciple Porphyre, auteur d’une Vie de Plotin. Celui-ci rapporte que Plotin « semblait avoir honte d’être dans un corps », refusait de dire sa date de naissance et de se faire portraiturer. Il n’écrit qu’à partir de 50 ans, sans se relire, en raison d’une mauvaise vue.

Porphyre a rassemblé ses 54 traités et les a classés par thèmes en six groupes de neuf, d’où le titre Ennéades (du grec ennea, « neuf ») :

EnnéadeThème dominant
IÉthique, l’homme, le bonheur
IIPhysique, le monde sensible
IIILe monde, la providence, le temps
IVL’âme
VL’Intellect
VIL’être, les nombres, l’Un

Les trois hypostases

La réalité est organisée en trois niveaux principaux, appelés hypostases (« réalités subsistantes ») :

  1. L’Un (ou le Bien) : principe absolument simple, au-delà de l’être et de la pensée. On ne peut rien en dire de positif : il n’est ni ceci ni cela.
  2. L’Intellect (noûs) : il naît de l’Un et contient toutes les Idées platoniciennes. En lui, pensée et objet pensé coïncident.
  3. L’Âme : elle procède de l’Intellect, anime le monde sensible et se divise en âmes individuelles.

En dessous se trouve la matière, dernier degré, presque non-être, privée de toute forme.

Procession et conversion

Le système a un double mouvement. La procession descend de l’Un vers le multiple ; la conversion (epistrophè) est le retour de chaque réalité vers sa source. L’Intellect se tourne vers l’Un pour le contempler, l’Âme vers l’Intellect. L’homme, dont l’âme est tombée dans un corps, doit lui aussi accomplir ce retour.

L’ascension de l’âme et l’extase

Pour remonter, l’âme doit se purifier de l’attachement au corps par la vertu, puis s’élever par la philosophie jusqu’à l’Intellect. Le dernier pas n’est plus un savoir mais une union avec l’Un, une expérience que Plotin décrit comme une extase (« sortie de soi »). Selon Porphyre, Plotin aurait connu cette union quatre fois pendant les six années où il l’a fréquenté. Les Ennéades se terminent sur la formule « fuite de l’un vers l’Un seul » (VI, 9).

Le beau

Le traité Sur le beau (I, 6) a beaucoup marqué l’esthétique. Contre l’idée que la beauté se réduit à la symétrie des parties, Plotin soutient qu’elle vient de la forme qui unifie la matière, et qu’elle est un reflet de l’Intellect. Il conclut : il faut « sculpter sa propre statue », c’est-à-dire travailler sur soi jusqu’à devenir beau intérieurement.

Le mal

Pour Plotin, le mal n’est pas une puissance positive opposée au Bien : il est privation, absence de forme, et s’identifie à la matière. Cette conception sera reprise par saint Augustin, qui y trouve une réponse au manichéisme.

Influence

  • Néoplatoniciens : Porphyre, Jamblique, Proclus prolongent son œuvre jusqu’à la fermeture de l’école d’Athènes en 529.
  • Pensée chrétienne : Augustin, le Pseudo-Denys l’Aréopagite et toute la théologie négative lui doivent beaucoup.
  • Pensée arabe : une paraphrase des Ennéades IV-VI circule sous le titre de Théologie d’Aristote, ce qui mêle néoplatonisme et aristotélisme chez Avicenne.
  • Renaissance : Marsile Ficin le traduit en latin (publié en 1492).
  • Époque moderne : Bergson lui consacre des cours ; l'idéalisme allemand s’en inspire.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le néoplatonisme ?

C’est le courant philosophique fondé par Plotin au IIIe siècle, qui réinterprète Platon en un système hiérarchique dérivé d’un principe unique, l’Un. Il domine la philosophie de la fin de l’Antiquité.

Plotin était-il chrétien ?

Non. Il est païen, et son disciple Porphyre a même écrit un traité Contre les chrétiens. Mais sa pensée a profondément influencé les théologiens chrétiens.

Pourquoi dit-on que l’Un est au-delà de l’être ?

Parce que tout ce qui est peut être déterminé et pensé, alors que l’Un, absolument simple, est la source de l’être et de la pensée. Plotin reprend une formule de la République de Platon sur le Bien, « au-delà de l’essence ».

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