Philosophie · Grands philosophes
George Berkeley
George Berkeley (1685-1753) est un philosophe irlandais qui nie l’existence de la matière. Pour lui, les choses n’existent que comme idées perçues par un esprit : « être, c’est être perçu ».
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George Berkeley est né en 1685 près de Kilkenny, en Irlande, et mort à Oxford en 1753. Étudiant puis enseignant au Trinity College de Dublin, il publie ses œuvres majeures avant 30 ans. Pasteur anglican, il part en 1728 pour l’Amérique (Rhode Island) afin de fonder un collège aux Bermudes, projet qui échoue faute de financement. Il devient en 1734 évêque de Cloyne, en Irlande. La ville et l’université de Berkeley, en Californie, portent son nom, en hommage à un de ses poèmes sur l’Amérique.
Œuvres principales
| Date | Titre | Objet |
|---|---|---|
| 1709 | Essai pour une nouvelle théorie de la vision | La perception de la distance est apprise |
| 1710 | Traité sur les principes de la connaissance humaine | Exposé de l’immatérialisme |
| 1713 | Trois Dialogues entre Hylas et Philonous | Version dialoguée et accessible |
| 1721 | De motu | Critique de la physique de Newton |
| 1734 | L’Analyste | Critique des fondements du calcul infinitésimal |
| 1744 | Siris | Vertus de l’eau de goudron et métaphysique |
« Esse est percipi »
Berkeley part de l'empirisme de Locke : nous ne connaissons que nos idées, c’est-à-dire ce que nous percevons. Mais il en tire une conclusion radicale. Que veut-on dire quand on affirme qu’une table existe ? Qu’on la voit, qu’on la touche, ou qu’on la percevrait si l’on entrait dans la pièce. L’existence d’une chose sensible se confond avec le fait d’être perçue : esse est percipi (« être, c’est être perçu »). Pour les esprits, qui perçoivent, la formule se complète : esse est percipere (« être, c’est percevoir »).
La critique de la matière
Locke distinguait les qualités premières (étendue, figure, mouvement), qui seraient dans les choses, et les qualités secondes (couleur, saveur, chaleur), qui seraient seulement dans l’esprit. Berkeley montre que la distinction ne tient pas : la grandeur ou la forme varient aussi selon le point de vue, et on ne peut concevoir une étendue sans couleur. Toutes les qualités sont donc dans l’esprit.
Que resterait-il alors de la matière ? Un « je ne sais quoi » sans qualités, qui serait la cause de nos idées sans leur ressembler. Berkeley juge cette notion inutile (elle n’explique rien), inconnaissable et même contradictoire : une idée ne peut ressembler qu’à une idée. La croyance en la matière mène, selon lui, au scepticisme (nous ne saurions jamais si nos idées lui correspondent) et à l’athéisme.
La critique des idées abstraites
Dans l’introduction des Principes, Berkeley attaque l’idée lockienne d'idées générales abstraites. Personne ne peut se représenter un triangle qui ne serait ni rectangle, ni équilatéral, ni isocèle, ni scalène. Une idée générale n’est qu’une idée particulière utilisée comme signe pour d’autres idées semblables. C’est l’abstraction illusoire de la « matière » qui fonde la croyance au monde extérieur.
Dieu, garant de la permanence des choses
Objection immédiate : l’arbre dans la cour cesse-t-il d’exister quand personne ne le regarde ? Berkeley répond qu’il continue d’être perçu par Dieu. Nos idées sensibles ne dépendent pas de notre volonté : elles s’imposent avec ordre et régularité. Leur cause est un esprit infini qui les produit en nous. Les lois de la nature sont la régularité avec laquelle Dieu nous donne les idées ; la science décrit cet ordre, sans avoir besoin de matière.
Berkeley et le sens commun
Berkeley affirme défendre le sens commun contre les philosophes : il ne nie pas la réalité des tables et des arbres, il nie seulement qu’existe derrière eux une matière invisible. La réalité, c’est ce que nous voyons et touchons. Le docteur Samuel Johnson aurait prétendu le réfuter en frappant du pied une pierre : « je le réfute ainsi ». La réponse manque la cible, puisque Berkeley n’a jamais nié la solidité perçue.
Postérité
Hume prolonge la critique de Berkeley mais l’applique aussi à l’esprit et à la causalité. Kant se défend d’être un idéaliste à la manière de Berkeley. Au XXe siècle, le phénoménisme et certaines interprétations de la physique quantique ont ravivé l’intérêt pour ses arguments. Voir aussi idéalisme et perception.
Questions fréquentes
Berkeley pense-t-il que le monde n’existe pas ?
Non. Il pense que le monde existe, mais qu’il est fait d’idées perçues, et non d’une matière indépendante de toute perception. Les objets que nous voyons sont réels ; c’est la substance matérielle supposée derrière eux qu’il rejette.
Que devient un objet que personne ne perçoit ?
Il reste perçu par Dieu, esprit infini qui produit en nous les idées sensibles. C’est ce qui assure la continuité des choses.
Berkeley est-il empiriste ou idéaliste ?
Les deux : il est empiriste par sa méthode (toute connaissance vient de la perception) et idéaliste, ou immatérialiste, par sa conclusion (il n’existe que des esprits et des idées).