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Philosophie · Grands philosophes

Emmanuel Levinas

Emmanuel Levinas (1906-1995) est un philosophe français d’origine lituanienne. Il fait de l’éthique la philosophie première : le visage d’autrui m’oblige avant toute connaissance.

Mis à jour le 3 min de lecture

Emmanuel Levinas est né en 1906 à Kaunas (Lituanie), dans une famille juive, et mort à Paris en 1995. Il étudie à Strasbourg, où il se lie d’amitié avec Maurice Blanchot, puis à Fribourg-en-Brisgau (1928-1929), où il suit les cours de Husserl et de Heidegger. Il contribue à faire connaître la phénoménologie en France. Naturalisé français en 1930, prisonnier de guerre en Allemagne de 1940 à 1945, il apprend à la Libération que presque toute sa famille restée en Lituanie a été assassinée pendant la Shoah. Il dirige ensuite l’École normale israélite orientale, puis enseigne à Poitiers, Nanterre et à la Sorbonne.

Œuvres principales

DateTitre
1930La Théorie de l’intuition dans la phénoménologie de Husserl
1947De l’existence à l’existant ; Le Temps et l’autre (conférences de 1946-1947)
1961Totalité et infini. Essai sur l’extériorité
1963Difficile liberté
1968Quatre lectures talmudiques
1974Autrement qu’être ou au-delà de l’essence
1982Éthique et infini (entretiens avec Philippe Nemo)

La critique de la totalité

Levinas reproche à la philosophie occidentale, de Parménide à Hegel et Heidegger, d’avoir toujours ramené l’autre au même. Connaître, c’est intégrer ce qui est différent dans un système, une totalité, où tout est compris et donc maîtrisé. Cette volonté de tout englober a une dimension violente : elle prépare, selon lui, les violences politiques de l’histoire. L’ontologie, philosophie de l’être, est une « philosophie de la puissance ».

Le visage

Contre la totalité, Levinas décrit la rencontre d'autrui comme l’expérience d’une extériorité irréductible, ce qu’il appelle l'infini. Autrui se présente à moi par son visage. Le visage n’est pas un objet de perception (la couleur des yeux, la forme du nez) : il est ce qui, dans sa nudité et sa vulnérabilité, me parle et me commande. Sa première parole est : « Tu ne tueras point. »

L’éthique comme philosophie première

Pour Aristote, la philosophie première était la métaphysique ; pour Descartes, la connaissance du sujet. Pour Levinas, c’est l'éthique. Avant de connaître autrui, avant même de me poser comme sujet, je suis responsable de lui. La relation à l’autre est asymétrique : je suis obligé envers lui sans attendre de réciprocité. « Je suis responsable d’autrui sans attendre la réciproque, dût-il m’en coûter la vie » (Éthique et infini).

Dans Autrement qu’être, cette responsabilité est poussée jusqu’à la substitution : être « otage » d’autrui, répondre de lui et même de ses fautes. Le sujet n’est plus d’abord liberté, mais réponse à un appel.

Le tiers et la justice

Si je n’avais affaire qu’à un seul autre, ma responsabilité serait infinie. Mais il y a toujours un tiers, un autre de l’autre. Il faut alors comparer, juger, peser : c’est l’origine de la justice, des institutions et de l’État. La justice vient de l’éthique et doit toujours être corrigée par elle.

Philosophie et judaïsme

Levinas a écrit deux types d’œuvres, publiées chez des éditeurs différents : des ouvrages philosophiques et des lectures talmudiques, commentaires des textes de la tradition juive. Il refuse de fonder sa philosophie sur la révélation, mais reconnaît que la Bible et le Talmud lui ont appris l’importance d’autrui, de la veuve, de l’orphelin et de l’étranger.

Levinas et ses contemporains

AuteurPoint de discussion
HeideggerLevinas critique le primat de l’être sur l’éthique ; il ne lui pardonne pas son engagement nazi
SartrePour Sartre, le regard d’autrui m’objective et me menace ; pour Levinas, le visage m’oblige
Derrida« Violence et métaphysique » (1964), lecture critique de Totalité et infini
RicœurDiscute l’asymétrie radicale de la relation à autrui

Sur la notion d’autre en général, voir altérité.

Questions fréquentes

Que signifie le visage chez Levinas ?

Le visage est la présence d’autrui en tant qu’il échappe à toute connaissance et m’adresse une exigence éthique. Il ne se réduit pas à des traits physiques : il signifie l’interdit du meurtre.

Pourquoi l’éthique est-elle première pour Levinas ?

Parce que la responsabilité envers autrui précède toute connaissance et toute liberté. Je suis appelé par l’autre avant de pouvoir le comprendre ou choisir de lui répondre.

Levinas est-il un philosophe religieux ?

Il est un penseur juif qui a commenté le Talmud, mais sa philosophie se veut rigoureusement phénoménologique et ne repose pas sur la foi. Il distingue ses écrits philosophiques et ses écrits confessionnels.

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