Philosophie · Concepts clés
Morale et éthique : la différence
Morale et éthique ont une étymologie équivalente (mœurs). On réserve souvent « morale » aux règles universelles du bien et du devoir, et « éthique » à la réflexion sur la vie bonne et les choix concrets.
Mis à jour le 4 min de lecture
Morale et éthique sont souvent employées comme synonymes : toutes deux portent sur la manière dont il faut agir et vivre. Leur étymologie est d’ailleurs équivalente. Mais les philosophes et l’usage contemporain les distinguent de plus en plus : la morale désigne plutôt un ensemble de règles ou de devoirs qui se veulent universels (ce qui est bien ou mal, permis ou interdit) ; l'éthique, une réflexion sur les fins de l’existence et sur ce qu’il convient de faire dans des situations concrètes. La distinction n’est pas fixée une fois pour toutes, et chaque auteur la trace à sa façon.
Étymologie
| Mot | Origine | Sens premier |
|---|---|---|
| Éthique | Grec êthos (caractère, manière d’être) et ethos (coutume) | Ce qui concerne le caractère et les mœurs |
| Morale | Latin moralis, de mores (mœurs, coutumes) | Ce qui concerne les mœurs |
Cicéron forge l’adjectif moralis pour traduire le grec êthikos. Les deux mots ont donc à l’origine le même sens : la science des mœurs.
La distinction la plus courante
| Morale | Éthique | |
|---|---|---|
| Question | Que dois-je faire ? | Comment bien vivre ? Que faire ici et maintenant ? |
| Objet | Le bien et le mal, le devoir | Le bonheur, la vie bonne, le juste choix |
| Forme | Commandements, interdits, normes | Réflexion, délibération, arbitrage |
| Portée | Universelle, absolue | Située, relative aux situations |
| Ton | Impératif (« tu dois ») | Conseil, sagesse |
| Modèle philosophique | Kant | Aristote, Spinoza |
La morale du devoir : Kant
Kant incarne la morale au sens strict. Elle repose sur la raison seule et prend la forme d’un impératif catégorique, commandement inconditionnel valable pour tout être raisonnable : « Agis uniquement d’après la maxime qui fait que tu peux vouloir en même temps qu’elle devienne une loi universelle » (voir impératif catégorique). La moralité ne dépend pas du bonheur ni des conséquences, mais du respect du devoir. On parle de morale déontologique (du grec deon, « ce qui doit être »).
L’éthique de la vie bonne : Aristote et Spinoza
Aristote, dans l'Éthique à Nicomaque, part d’une autre question : quelle est la fin de la vie humaine ? Réponse : le bonheur (eudaimonia), qui consiste à bien exercer les capacités propres à l’homme, selon la vertu. La vertu est un juste milieu entre deux excès (le courage entre la lâcheté et la témérité), que l’homme prudent (phronimos) sait déterminer dans chaque situation. On parle d'éthique des vertus.
Spinoza intitule son grand livre Éthique (1677) et rejette la morale du commandement, du péché et de la culpabilité. Il n’y a pas de Bien et de Mal absolus, mais du bon et du mauvais pour chaque être : ce qui augmente ou diminue sa puissance d’agir. Gilles Deleuze a résumé cette opposition : l’éthique est une typologie des modes d’existence, la morale un système de jugement.
Ricœur : la visée éthique et la norme morale
Paul Ricœur propose une articulation devenue classique (Soi-même comme un autre, 1990). Il réserve :
- le terme d'éthique à « la visée de la vie bonne, avec et pour autrui, dans des institutions justes », d’inspiration aristotélicienne ;
- le terme de morale à l’articulation de cette visée dans des normes universelles et contraignantes, d’inspiration kantienne.
L’éthique est première, la morale en est le passage obligé : la visée du bien doit passer par l’épreuve de la norme. Et quand les normes entrent en conflit dans une situation singulière, il faut revenir à la sagesse pratique, qui retrouve l’éthique.
Les grandes théories morales contemporaines
| Théorie | Critère de l’action bonne | Représentants |
|---|---|---|
| Déontologisme | Le respect du devoir et des droits | Kant, Ross |
| Conséquentialisme | Les meilleures conséquences, le plus grand bien-être | Bentham, Mill, Singer (voir utilitarisme) |
| Éthique des vertus | Ce que ferait une personne vertueuse | Aristote, Anscombe, MacIntyre |
| Éthique du care | L’attention et le soin portés aux personnes vulnérables | Carol Gilligan, Joan Tronto |
Éthique appliquée et déontologie
Le mot éthique s’est imposé pour désigner la réflexion sur des domaines particuliers : bioéthique (fin de vie, procréation, génétique), éthique médicale, éthique des affaires, éthique de l’environnement, éthique de l’intelligence artificielle. En France, le Comité consultatif national d’éthique (CCNE), créé en 1983, rend des avis sur les questions de santé et de sciences de la vie.
La déontologie est encore autre chose : c’est l’ensemble des règles et devoirs propres à une profession (médecins, avocats, journalistes), souvent fixés par un code. Elle relève de la morale professionnelle et a souvent une valeur juridique.
Morale, éthique et droit
Le droit se distingue des deux : ses règles sont édictées par l’État et assorties de sanctions. Une action peut être légale et immorale (mentir à un ami), ou illégale et jugée morale (désobéissance civile). Voir la justice et le devoir.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre morale et éthique en une phrase ?
La morale dit ce qu’il faut faire au nom de règles universelles ; l’éthique cherche comment bien vivre et bien agir dans des situations concrètes.
Morale et éthique sont-elles synonymes ?
Étymologiquement, oui : les deux mots signifient « relatif aux mœurs ». Dans l’usage philosophique actuel, on les distingue souvent, mais pas toujours de la même manière selon les auteurs.
Qu’est-ce que la déontologie ?
L’ensemble des règles morales et professionnelles qui encadrent l’exercice d’un métier, comme le code de déontologie médicale. Le mot désigne aussi, en philosophie, les morales fondées sur le devoir.