Philosophie · Grands philosophes
Héraclite
Héraclite d’Éphèse (vers 540-480 av. J.-C.) est le philosophe présocratique du devenir : tout change, et le monde tient par la tension des contraires, ordonnée par un logos commun.
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Héraclite est né à Éphèse, grande cité grecque d’Ionie (sur la côte de l’actuelle Turquie), dans une famille aristocratique. Son akmè est placée par la tradition vers 504-501 av. J.-C., ce qui situe sa vie approximativement entre 540 et 480. Il aurait écrit un livre unique, déposé au temple d’Artémis, dont il reste environ 130 fragments. Son style, fait de formules brèves et paradoxales, lui a valu dès l’Antiquité le surnom d'« Héraclite l’Obscur ». Il est l’un des plus importants présocratiques.
Le devenir : « tout s’écoule »
L’idée associée à Héraclite est que tout est en mouvement. La formule panta rhei (« tout s’écoule ») ne figure pas telle quelle dans les fragments : elle résume sa pensée telle que l’ont comprise Platon et Simplicius. Le fragment authentique le plus proche dit : « Pour ceux qui entrent dans les mêmes fleuves, autres et autres sont les eaux qui coulent » (DK B12).
La version la plus citée, « on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve », vient d’une paraphrase de Platon (Cratyle, 402a) et de Plutarque. Le sens est double : le fleuve reste le même fleuve parce que ses eaux changent. L’identité des choses n’est pas une immobilité, mais une stabilité dans le changement.
L’unité des contraires
Pour Héraclite, les contraires ne s’excluent pas : ils sont liés et passent l’un dans l’autre.
- « Le chemin montant et descendant est un et le même » (B60).
- « Le froid devient chaud, le chaud froid, l’humide sec, le sec humide » (B126).
- La maladie rend la santé agréable, la faim la satiété, la fatigue le repos (B111).
Le monde est une harmonie de tensions opposées, « comme celle de l’arc et de la lyre » (B51). Sans tension, il n’y aurait ni arc ni musique.
Le conflit, père de toutes choses
« Le conflit (polemos) est père de toutes choses, roi de toutes choses » (B53). Ce fragment ne fait pas l’éloge de la guerre au sens militaire : il affirme que l’opposition est créatrice, qu’elle engendre et maintient l’ordre du monde. Héraclite reproche à Homère d’avoir souhaité la fin de la discorde : ce serait souhaiter la fin du monde.
Le feu et le logos
Héraclite désigne le feu comme l’élément fondamental : « Ce monde-ci, le même pour tous, aucun dieu ni aucun homme ne l’a fait, mais il était toujours, est et sera feu toujours vivant, s’allumant en mesure et s’éteignant en mesure » (B30). Le feu est l’image du changement réglé : il se transforme sans cesse, mais selon une mesure.
Cette mesure est le logos : à la fois la parole, la raison et la loi qui gouverne toutes choses. Il est « commun » à tous, mais la plupart des hommes vivent comme s’ils avaient une pensée particulière (B2), comme des dormeurs enfermés dans leur monde privé. Le sage est celui qui écoute le logos, non Héraclite lui-même (B50).
| Notion | Sens chez Héraclite |
|---|---|
| Devenir | Tout change, mais selon une mesure |
| Contraires | Liés, ils passent l’un dans l’autre |
| Polemos | Le conflit, principe créateur |
| Feu | Élément premier, image du changement réglé |
| Logos | Loi rationnelle commune qui ordonne le tout |
Héraclite et Parménide
La tradition oppose Héraclite, penseur du devenir, à Parménide, penseur de l'être immobile. Cette opposition structure une bonne partie de la philosophie grecque : Platon cherche à les concilier en plaçant le changement dans le monde sensible et la stabilité dans le monde des Idées.
Postérité
- Les stoïciens reprennent le feu artiste et le logos qui gouverne le monde.
- Hegel affirme qu’il n’y a « aucune proposition d’Héraclite » qu’il n’ait intégrée à sa logique et voit en lui l’ancêtre de la dialectique.
- Nietzsche admire en lui le penseur de l’innocence du devenir.
- Heidegger lui consacre plusieurs cours et séminaires.
Questions fréquentes
Héraclite a-t-il vraiment dit « on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve » ?
Pas sous cette forme. La phrase est une paraphrase de Platon. Le fragment authentique dit que, pour ceux qui entrent dans les mêmes fleuves, d’autres eaux coulent toujours.
Pourquoi Héraclite est-il appelé l’Obscur ?
À cause de son style énigmatique, fait d’aphorismes et de paradoxes. Aristote lui reproche même une ponctuation ambiguë qui rend certaines phrases indécidables.
Qu’est-ce que le logos chez Héraclite ?
C’est la raison universelle qui règle le changement et unit les contraires. Le mot signifie aussi « parole » et « discours » : le logos est ce qui se dit dans le monde et que le sage doit entendre.