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Philosophie · Grands philosophes

Georges Canguilhem

Georges Canguilhem (1904-1995) est un philosophe et médecin français. Il a renouvelé la philosophie de la biologie et de la médecine en montrant que le vivant institue ses propres normes.

Mis à jour le 5 min de lecture

Georges Canguilhem est l’une des figures majeures de l'épistémologie historique française, entre Gaston Bachelard, qu’il a remplacé à la Sorbonne, et Michel Foucault, qu’il a soutenu. Né le 4 juin 1904 à Castelnaudary (Aude) et mort le 11 septembre 1995 à Marly-le-Roi, il est à la fois philosophe et docteur en médecine. Son œuvre, peu volumineuse mais très dense, porte sur deux questions : qu’est-ce qu’être normal pour un vivant, et comment se forment les concepts des sciences de la vie ? Son livre le plus lu est La Connaissance de la vie (1952).

Repères biographiques

DateÉvénement
1904Naissance à Castelnaudary, dans une famille de tailleurs
1924Entrée à l’École normale supérieure, où il a pour condisciples Sartre, Aron et Nizan ; élève d’Alain en khâgne au lycée Henri-IV
1927Agrégation de philosophie
1936Commence des études de médecine, à Toulouse, tout en enseignant la philosophie
1940-1944Professeur à l’université de Strasbourg repliée à Clermont-Ferrand ; engagé dans la Résistance en Auvergne
1943Thèse de médecine : Essai sur quelques problèmes concernant le normal et le pathologique
1948-1955Inspecteur général de philosophie
1955Thèse de lettres (La Formation du concept de réflexe aux XVIIe et XVIIIe siècles) ; succède à Bachelard à la Sorbonne et à la direction de l’Institut d’histoire des sciences et des techniques
1971Retraite universitaire
1995Mort à Marly-le-Roi

Les idées clés

Le normal et le pathologique

Au XIXe siècle, Auguste Comte et Claude Bernard ont soutenu que la maladie ne diffère de la santé que par la quantité : un excès ou un défaut d’une fonction normale. Canguilhem conteste cette thèse. Le pathologique n’est pas une simple variation mesurable du normal : c’est une autre allure de la vie, éprouvée par le malade. Pour Canguilhem, la médecine existe d’abord parce que des hommes se sentent malades : le point de vue du patient précède celui du savoir médical.

La normativité du vivant

Le normal n’est pas la moyenne statistique. Un vivant est en bonne santé non parce qu’il correspond à une norme fixe, mais parce qu’il est normatif : capable d’instituer de nouvelles normes quand son milieu change. La santé est une marge de tolérance aux infidélités du milieu. La maladie, elle, est encore une norme de vie, mais une norme réduite, incapable de se transformer. Cette idée a profondément influencé la philosophie de la médecine, la réflexion sur le handicap et l’éthique du soin.

L’originalité du vivant

Contre la réduction de l’organisme à une machine, héritée de Descartes, Canguilhem montre que la machine est un produit du vivant et non son modèle. L’organisme se construit, se répare, se régule et peut réorganiser ses fonctions. Chaque vivant compose aussi son propre milieu au lieu de simplement le subir. Ces thèses sont développées dans La Connaissance de la vie.

L’histoire des concepts

Dans la lignée de Gaston Bachelard, Canguilhem pratique une histoire des sciences philosophique : il ne raconte pas une succession de découvertes, mais la formation, les déplacements et les ruptures des concepts (réflexe, cellule, milieu, régulation). Il refuse la recherche des « précurseurs », qui projette le présent sur le passé. Il distingue aussi la science de l'idéologie scientifique, discours qui prétend à la scientificité sans en avoir les méthodes.

Œuvres principales

ŒuvreDateApport
Essai sur quelques problèmes concernant le normal et le pathologique1943Thèse de médecine : critique de la conception quantitative de la maladie
La Connaissance de la vie1952 (éd. augmentée 1965)Méthode, histoire et philosophie de la biologie ; machine et organisme ; milieu
La Formation du concept de réflexe aux XVIIe et XVIIIe siècles1955Histoire d’un concept, contre l’attribution traditionnelle du réflexe à Descartes
« Qu’est-ce que la psychologie ? »1956 (conférence), publiée en 1958Critique de la psychologie comme science sans objet unifié
Le Normal et le Pathologique1966Réédition de la thèse de 1943 augmentée de « Nouvelles réflexions »
Études d’histoire et de philosophie des sciences1968Recueil d’articles sur la méthode en histoire des sciences
Idéologie et rationalité dans l’histoire des sciences de la vie1977Concept d’idéologie scientifique

Apport à la théorie de la connaissance

Canguilhem fait de la connaissance une activité du vivant humain, qui cherche à s’orienter et à résoudre des problèmes, et non une contemplation désintéressée. Il montre que chaque science a ses objets propres et ses obstacles spécifiques : la biologie ne peut pas copier la physique. Enfin, il défend une conception historique de la rationalité : la vérité scientifique se construit par rectification d’erreurs, dans des débats où les valeurs et les images jouent un rôle. Voir épistémologie.

Influence

  • Michel Foucault : Canguilhem a été le rapporteur de sa thèse, Folie et déraison (1961), et Foucault lui a rendu hommage dans la préface à l’édition américaine du Normal et le Pathologique (1978). Voir Foucault.
  • Louis Althusser, Pierre Bourdieu, François Dagognet et de nombreux historiens des sciences se sont réclamés de lui.
  • En médecine, sa conception de la santé nourrit les débats sur la maladie chronique, le handicap et la médecine centrée sur le patient.

Citation

Dans Le Normal et le Pathologique, Canguilhem reprend et discute la définition du chirurgien René Leriche (1936) : « La santé c’est la vie dans le silence des organes. » Il lui objecte que la santé ne se réduit pas à l’absence de symptômes : elle est la capacité de surmonter les crises et d’instaurer de nouvelles normes.

Questions fréquentes

Quelle est la thèse principale de Canguilhem ?

Le vivant n’est pas soumis à des normes extérieures : il institue lui-même ses normes. La santé est la capacité de changer de normes ; la maladie, une réduction de cette capacité.

Canguilhem était-il médecin ?

Oui. Agrégé de philosophie, il a fait des études de médecine et soutenu en 1943 une thèse de doctorat en médecine, sans exercer comme praticien. Il voulait connaître de l’intérieur les problèmes concrets de la médecine.

Quelle différence entre Le Normal et le Pathologique et La Connaissance de la vie ?

Le Normal et le Pathologique porte sur la santé et la maladie. La Connaissance de la vie est un recueil plus large sur la méthode, l’histoire et la philosophie de la biologie, qui contient aussi un essai sur le normal et le pathologique.

Pourquoi lire Canguilhem aujourd’hui ?

Pour penser les questions posées par la biologie et la médecine contemporaines : définition de la santé, place du patient, modèles mécaniques ou informatiques du vivant, rôle des valeurs dans les concepts scientifiques.

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