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Philosophie · Grands philosophes

Friedrich Nietzsche

Friedrich Nietzsche (1844-1900) est un philosophe allemand. Il annonce la « mort de Dieu », critique la morale et la valeur de la vérité, et appelle à créer de nouvelles valeurs qui affirment la vie.

Mis à jour le 4 min de lecture

Friedrich Wilhelm Nietzsche, né le 15 octobre 1844 à Röcken, en Saxe prussienne, et mort le 25 août 1900 à Weimar, est l’un des philosophes les plus lus et les plus mal compris. Philologue de génie, professeur à 24 ans, il quitte l’université pour écrire une œuvre en aphorismes, poèmes et polémiques qui s’attaque aux fondements de la culture occidentale : la métaphysique de Platon, la morale chrétienne, la foi en la vérité. Il ne propose pas un système, mais un diagnostic (le nihilisme) et une tâche : la transvaluation de toutes les valeurs.

Repères biographiques

DateÉvénement
1844Naissance à Röcken ; son père, pasteur, meurt en 1849
1864-1869Études de philologie classique à Bonn et Leipzig ; découverte de Schopenhauer (1865)
1869Professeur de philologie à l’université de Bâle, à 24 ans ; amitié avec Richard Wagner
1872La Naissance de la tragédie
1876Rupture progressive avec Wagner
1879Quitte l’université pour raisons de santé ; vie errante entre la Suisse, l’Italie et la Côte d’Azur
1882Le Gai Savoir ; rencontre de Lou Andreas-Salomé
1883-1885Ainsi parlait Zarathoustra
1886-1888Par-delà bien et mal, Généalogie de la morale, Crépuscule des idoles, L’Antéchrist, Ecce Homo
1889Effondrement psychique à Turin, en janvier
1900Mort à Weimar, après onze ans de démence

Sa sœur, Elisabeth Förster-Nietzsche, antisémite et plus tard proche du nazisme, a géré ses archives et compilé à partir de ses notes un faux livre, La Volonté de puissance. Nietzsche, lui, méprisait l’antisémitisme et le nationalisme allemand.

Œuvres principales

ŒuvreDateApport
La Naissance de la tragédie1872Apollinien et dionysiaque ; critique de Socrate
Vérité et mensonge au sens extra-moral1873 (posthume)La vérité comme illusion oubliée
Humain, trop humain1878Démystification psychologique des valeurs
Le Gai Savoir1882 (livre V en 1887)Mort de Dieu, éternel retour
Ainsi parlait Zarathoustra1883-1885Surhomme, volonté de puissance, éternel retour
Par-delà bien et mal1886Critique des préjugés des philosophes
Généalogie de la morale1887Origine des valeurs morales : ressentiment, mauvaise conscience, idéal ascétique
Crépuscule des idoles1888 (paru en 1889)« Comment on philosophe à coups de marteau »

Les idées clés

La mort de Dieu et le nihilisme

Dans Le Gai Savoir (§ 125), un « insensé » annonce sur la place du marché : « Dieu est mort ! Dieu reste mort ! Et c’est nous qui l’avons tué ! » Ce n’est pas une thèse athée de plus, mais un constat culturel : la croyance au Dieu chrétien, qui fondait les valeurs de l’Occident, s’est effondrée, sans que les hommes en aient mesuré les conséquences. Le danger est le nihilisme : le sentiment que plus rien n’a de valeur.

La généalogie de la morale

Nietzsche cherche l’origine des valeurs. Il distingue la morale des maîtres, qui affirme spontanément ce qui est noble, fort et sain (« bon »), et la morale des esclaves, née du ressentiment des faibles, qui commence par dire non à ce qui est autre et appelle « méchant » le fort. Le christianisme aurait assuré le triomphe de cette seconde morale.

La volonté de puissance

Tout ce qui vit est volonté de puissance : non pas désir de dominer les autres, mais tendance à croître, à se dépasser, à imposer des formes et des interprétations. La vie n’est pas seulement conservation de soi, comme le croyaient Spinoza ou Darwin, mais expansion.

Le surhomme et l’éternel retour

Le surhomme (Übermensch) est l’idéal de celui qui crée ses propres valeurs après la mort de Dieu, par opposition au « dernier homme », qui ne cherche que le confort. L'éternel retour est une épreuve : pourrais-tu vouloir revivre ta vie une infinité de fois, identique, avec chaque douleur et chaque joie (Le Gai Savoir, § 341) ? Celui qui répond oui pratique l'amor fati, l’amour du destin.

Apport à la théorie de la connaissance

Le perspectivisme

Il n’existe pas de point de vue de nulle part : toute connaissance est une interprétation produite par un être vivant, selon ses besoins et ses affects. « Il n’y a pas de faits, seulement des interprétations » (fragment posthume, 1886-1887). Ce perspectivisme ne signifie pas que tout se vaut : plus nous laissons d’yeux différents s’exercer sur une chose, plus notre concept de cette chose sera complet (Généalogie de la morale, III, 12).

La critique de la vérité

Dans Vérité et mensonge au sens extra-moral, Nietzsche soutient que les vérités sont des métaphores usées dont on a oublié qu’elles étaient des métaphores. Plus profondément, il interroge la valeur de la vérité : pourquoi voulons-nous le vrai plutôt que le faux ? La « volonté de vérité » de la science reste, selon lui, un héritage de l’idéal ascétique chrétien. Voir la vérité.

La critique du sujet

Le « je » du « je pense » est une croyance grammaticale : nous supposons un sujet derrière chaque action parce que notre langue l’exige. Nietzsche critique ainsi le cogito de Descartes et annonce la découverte de l’inconscient par Freud.

Citations

  • « Dieu est mort » (Le Gai Savoir, § 108 et § 125).
  • « Ce qui ne me fait pas mourir me rend plus fort » (Crépuscule des idoles, « Maximes et pointes », 8).
  • « Sans la musique, la vie serait une erreur » (ibid., 33).
  • « Comment on devient ce que l’on est » (sous-titre d'Ecce Homo).

Questions fréquentes

Que veut dire « Dieu est mort » ?

Que la croyance en Dieu a cessé de fonder les valeurs de la civilisation occidentale. Nietzsche en tire la conséquence : il faut soit sombrer dans le nihilisme, soit créer de nouvelles valeurs.

Nietzsche était-il nazi ?

Non. Mort en 1900, il a dénoncé l’antisémitisme et le nationalisme allemand. Les nazis ont exploité des textes falsifiés et sortis de leur contexte, notamment par l’intermédiaire de sa sœur.

Par quel livre de Nietzsche commencer ?

Le Gai Savoir ou la Généalogie de la morale, plus argumentée. Ainsi parlait Zarathoustra, poétique et allégorique, est plus difficile à interpréter.

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