Philosophie · Grands philosophes
Les stoïciens
Le stoïcisme est une école philosophique fondée à Athènes vers 300 av. J.-C. Ses maîtres, de Zénon à Marc Aurèle, enseignent que le bonheur vient de la vertu et de la distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui n’en dépend pas.
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Le stoïcisme tire son nom du Portique (Stoa poikilè, le « Portique peint ») d’Athènes, où Zénon de Citium commence à enseigner vers 300 av. J.-C. Pendant près de cinq siècles, il a été la philosophie dominante du monde gréco-romain, de l’esclave Épictète à l’empereur Marc Aurèle. Sa promesse : rester libre et serein quoi qu’il arrive, en ne s’attachant qu’à ce qui dépend de nous. Être « stoïque » signifie aujourd’hui supporter la douleur sans se plaindre ; le stoïcisme est plus large : une physique, une logique et une éthique liées en système.
Les trois périodes du stoïcisme
| Période | Dates | Principaux représentants |
|---|---|---|
| Ancien stoïcisme (Athènes) | IIIe siècle av. J.-C. | Zénon de Citium (v. 334-262), Cléanthe, Chrysippe (v. 280-206) |
| Moyen stoïcisme | IIe-Ier siècle av. J.-C. | Panétius, Posidonius |
| Stoïcisme impérial (Rome) | Ier-IIe siècle apr. J.-C. | Sénèque, Musonius Rufus, Épictète, Marc Aurèle |
Des anciens stoïciens, il ne reste que des fragments. Les œuvres complètes conservées sont celles des Romains.
Les trois grands stoïciens romains
Sénèque (v. 4 av. J.-C. - 65 apr. J.-C.)
Né à Cordoue, philosophe, dramaturge et homme politique, il est le précepteur puis le conseiller de Néron. Accusé d’avoir participé à la conjuration de Pison, il reçoit l’ordre de se suicider en 65. Ses œuvres principales : les Lettres à Lucilius, De la brièveté de la vie, De la colère, De la tranquillité de l’âme, De la vie heureuse, De la providence. Dans De la brièveté de la vie, il soutient que la vie n’est pas courte : c’est nous qui la rendons telle en la gaspillant.
Épictète (v. 50 - v. 125-130)
Né esclave en Phrygie, affranchi à Rome, il enseigne à Nicopolis, en Grèce, après l’expulsion des philosophes de Rome par Domitien (vers 93-94). Il n’a rien écrit : son disciple Arrien a rédigé les Entretiens et le Manuel, court résumé de sa doctrine.
Marc Aurèle (121-180)
Empereur romain de 161 à 180, il passe une grande partie de son règne à faire la guerre sur le Danube. Il y écrit en grec, pour lui-même, des notes connues sous le titre de Pensées pour moi-même (ou Écrits pour lui-même) : exercices spirituels destinés à se rappeler les principes stoïciens.
Les idées clés
Ce qui dépend de nous
Le Manuel d’Épictète s’ouvre sur la distinction fondamentale : « Parmi les choses, les unes dépendent de nous, les autres n’en dépendent pas. »
| Dépend de nous | Ne dépend pas de nous |
|---|---|
| Nos jugements, nos désirs, nos aversions, nos décisions | Notre corps, nos biens, notre réputation, les charges publiques, les événements |
Le malheur vient de ce que nous voulons contrôler ce qui ne dépend pas de nous. D’où la formule du Manuel (V) : « Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les jugements qu’ils portent sur les choses. »
Vivre conformément à la nature
Pour les stoïciens, le monde est un tout ordonné, gouverné par une raison divine (le logos), qui est aussi destin et providence. Vivre selon la nature, c’est vivre selon la raison, en accord avec l’ordre du monde : vouloir que les choses arrivent comme elles arrivent.
La vertu, seul bien
Seule la vertu (sagesse, courage, justice, tempérance) est un bien ; seul le vice est un mal. Tout le reste (santé, richesse, mort) est indifférent, même si certains indifférents sont « préférables ». Le sage est heureux même dans la souffrance, parce que son bonheur ne dépend que de lui.
Les passions, maladies de l’âme
Les passions (peur, colère, désir, chagrin) sont des jugements erronés et excessifs. Le sage cherche l'apathie : non pas l’indifférence, mais l’absence de passions déréglées.
Le cosmopolitisme
Tous les hommes participent de la même raison : ils sont concitoyens d’une même cité, le monde. Esclave ou empereur, chacun a la même dignité morale.
La théorie de la connaissance stoïcienne
Les stoïciens sont empiristes : l’esprit est à la naissance comme une feuille prête à recevoir l’écriture, et toutes nos notions viennent des sensations. Mais toutes les représentations ne se valent pas. Le critère de la vérité est la représentation compréhensive (phantasia katalèptikè) : une impression si claire qu’elle ne peut venir que de l’objet réel. Le sage ne donne son assentiment qu’à ces représentations.
Cicéron rapporte le geste par lequel Zénon illustrait les degrés de la connaissance (Académiques, II) : la main ouverte, doigts tendus, c’est la représentation ; les doigts un peu repliés, l’assentiment ; le poing fermé, la compréhension ; le poing serré par l’autre main, la science, que seul le sage possède. Voir théorie de la connaissance et empirisme.
Citations stoïciennes
- « Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les jugements qu’ils portent sur les choses » (Épictète, Manuel, V).
- « Ne demande pas que ce qui arrive arrive comme tu le veux, mais veuille que les choses arrivent comme elles arrivent, et tu seras heureux » (Épictète, Manuel, VIII).
- « Revendique tes droits sur toi-même » (Vindica te tibi, Sénèque, Lettres à Lucilius, I).
Postérité
Le stoïcisme a influencé les Pères de l’Église, Montaigne (« Que philosopher c’est apprendre à mourir »), Descartes (troisième maxime de la morale par provision : changer ses désirs plutôt que l’ordre du monde) et Spinoza. Il connaît un fort regain d’intérêt au XXIe siècle et a inspiré les thérapies cognitives et comportementales, qui travaillent sur les jugements à l’origine des émotions. À comparer avec Épicure.
Questions fréquentes
Quelle est l’idée principale du stoïcisme ?
Distinguer ce qui dépend de nous (nos jugements et nos choix) de ce qui n’en dépend pas, et ne placer son bonheur que dans le premier, c’est-à-dire dans la vertu.
Par quel livre stoïcien commencer ?
Le Manuel d’Épictète, très court, puis les Lettres à Lucilius de Sénèque et les Pensées pour moi-même de Marc Aurèle.
Que signifie être stoïque ?
Dans la langue courante, supporter la douleur ou le malheur avec courage et sans se plaindre. C’est un aspect de l’éthique stoïcienne, qui vise plus largement la liberté intérieure.
Le stoïcisme est-il une religion ?
Non, c’est une philosophie. Elle comporte une théologie (un dieu identifié à la raison du monde), mais elle repose sur l’argumentation et l’exercice personnel, non sur une révélation.