Philosophie · Grands philosophes
Sigmund Freud
Sigmund Freud (1856-1939) est un médecin autrichien, fondateur de la psychanalyse. Il soutient qu’une grande partie de la vie psychique est inconsciente, ce qui bouleverse la philosophie du sujet.
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Sigmund Freud, né le 6 mai 1856 à Freiberg, en Moravie (aujourd’hui Příbor, en République tchèque), et mort le 23 septembre 1939 à Londres, n’était pas philosophe de formation, mais neurologue. Pourtant, son hypothèse de l'inconscient psychique a profondément transformé la philosophie : si nos pensées et nos actes sont en partie déterminés par des désirs que nous ignorons, la conscience n’est plus transparente à elle-même, et le sujet cartésien perd sa souveraineté. La psychanalyse est à la fois une théorie du psychisme, une méthode d’investigation et une thérapie.
Repères biographiques
| Date | Événement |
|---|---|
| 1856 | Naissance à Freiberg ; la famille s’installe à Vienne en 1860 |
| 1873-1881 | Études de médecine à Vienne ; recherches en neurologie |
| 1885-1886 | Stage à Paris auprès de Jean-Martin Charcot, à la Salpêtrière (hystérie, hypnose) |
| 1895 | Études sur l’hystérie, avec Josef Breuer |
| 1896 | Emploie pour la première fois le mot « psychanalyse » |
| 1899 | L’Interprétation des rêves (datée de 1900) |
| 1902 | Société psychologique du mercredi, noyau du mouvement psychanalytique |
| 1909 | Conférences aux États-Unis (université Clark) |
| 1923 | Le Moi et le Ça ; découverte d’un cancer de la mâchoire |
| 1933 | Ses livres sont brûlés par les nazis à Berlin |
| 1938 | Après l’Anschluss, exil à Londres |
| 1939 | Mort à Londres |
Œuvres principales
| Œuvre | Date | Apport |
|---|---|---|
| L’Interprétation des rêves | 1899-1900 | Le rêve comme accomplissement déguisé d’un désir |
| Psychopathologie de la vie quotidienne | 1901 | Lapsus, oublis, actes manqués |
| Trois essais sur la théorie sexuelle | 1905 | Sexualité infantile, pulsions |
| Totem et tabou | 1913 | Origine de la morale et de la religion |
| Métapsychologie | 1915 | L’inconscient, le refoulement, les pulsions |
| Au-delà du principe de plaisir | 1920 | Pulsion de mort, compulsion de répétition |
| Le Moi et le Ça | 1923 | Seconde topique : ça, moi, surmoi |
| L’Avenir d’une illusion | 1927 | La religion comme illusion |
| Malaise dans la civilisation | 1930 | Conflit entre pulsions et exigences de la culture |
Les idées clés
L’inconscient et le refoulement
L’inconscient n’est pas seulement ce qui n’est pas conscient à un moment donné (le préconscient, accessible par l’attention). C’est un système psychique dont les contenus, des désirs souvent sexuels ou agressifs, sont activement repoussés hors de la conscience par le refoulement, parce qu’ils sont inacceptables. Ces contenus ne disparaissent pas : ils reviennent sous forme déguisée dans les rêves, les lapsus, les actes manqués et les symptômes névrotiques.
Le rêve, voie royale
Le rêve est l’accomplissement déguisé d’un désir refoulé. Son contenu manifeste (ce dont on se souvient) dissimule un contenu latent (ses pensées réelles), transformé par le travail du rêve : condensation, déplacement, figuration. « L’interprétation du rêve est la voie royale qui mène à la connaissance de l’inconscient » (L’Interprétation des rêves, chapitre VII).
Les deux topiques
Freud décrit l’appareil psychique par deux modèles :
| Première topique (1900) | Seconde topique (1923) |
|---|---|
| Inconscient | Ça : réservoir des pulsions, régi par le principe de plaisir |
| Préconscient | Moi : instance de médiation avec la réalité, en partie inconsciente |
| Conscient | Surmoi : intériorisation des interdits parentaux et sociaux |
Le moi doit servir trois maîtres : le ça, le surmoi et la réalité extérieure.
Pulsions de vie et pulsion de mort
À partir de 1920, Freud oppose Éros, les pulsions de vie qui unissent, et une pulsion de mort, tendance au retour à l’inorganique, qui se manifeste notamment dans l’agressivité. Malaise dans la civilisation montre que la culture exige le renoncement aux pulsions, d’où un malaise inévitable.
Apport à la théorie de la connaissance
La troisième blessure narcissique
Freud situe sa découverte dans une série d’humiliations infligées à l’amour-propre humain (« Une difficulté de la psychanalyse », 1917) : Copernic a montré que la Terre n’est pas le centre de l’univers ; Darwin, que l’homme descend du règne animal ; la psychanalyse montre que « le moi n’est pas maître dans sa propre maison ».
La critique du cogito
Contre Descartes, pour qui l’esprit se connaît mieux que le corps, Freud soutient que la connaissance de soi est indirecte, difficile, et passe par l’interprétation de signes. Avec Marx et Nietzsche, il fait partie de ceux que Paul Ricœur a appelés les « maîtres du soupçon ».
La psychanalyse est-elle une science ?
La question est vivement débattue. Karl Popper lui reproche d’être irréfutable : elle peut expliquer n’importe quel comportement et son contraire, ce qui la place hors de la science. D’autres y voient une discipline interprétative, plus proche de l’herméneutique que des sciences expérimentales.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que l’inconscient selon Freud ?
La partie de la vie psychique formée de désirs et de représentations refoulés, qui échappent à la conscience mais influencent nos pensées, nos rêves et nos comportements.
Freud est-il un philosophe ?
Il se voulait homme de science et se méfiait de la philosophie. Mais sa théorie de l’inconscient pose des questions philosophiques majeures (liberté, responsabilité, connaissance de soi), et elle est au programme de philosophie dans la notion d’inconscient.
Que signifie « le moi n’est pas maître dans sa propre maison » ?
Que nous ne contrôlons ni ne connaissons pleinement ce qui se passe en nous : des forces inconscientes déterminent une partie de nos pensées et de nos actes.
Quelle différence entre le ça, le moi et le surmoi ?
Le ça est le siège des pulsions ; le surmoi, celui des interdits et de l’idéal ; le moi tente de concilier leurs exigences avec celles de la réalité.