Aller au contenu
connaissance.org

Philosophie · Grands philosophes

Thomas d’Aquin

Thomas d’Aquin (vers 1225-1274) est un théologien et philosophe dominicain italien. Il a réalisé la grande synthèse médiévale entre la philosophie d’Aristote et la foi chrétienne.

Mis à jour le 4 min de lecture

Thomas d’Aquin est le principal représentant de la scolastique, la philosophie enseignée dans les universités du Moyen Âge. Né vers 1224-1225 au château de Roccasecca, près d’Aquino (royaume de Sicile), mort le 7 mars 1274 à l’abbaye de Fossanova, il a montré que la raison, guidée par Aristote, et la foi, fondée sur la Révélation, ne peuvent pas se contredire. Son œuvre immense, dominée par la Somme théologique, est devenue en 1879 la référence officielle de l’enseignement catholique. Il est canonisé en 1323 et proclamé docteur de l’Église en 1567 ; on le surnomme le « Docteur angélique ».

Repères biographiques

DateÉvénement
v. 1224-1225Naissance à Roccasecca, dans une famille noble
1239-1244Études à l’université de Naples, où il découvre Aristote
1244Entre chez les Dominicains malgré l’opposition de sa famille, qui le retient captif environ un an
1245-1252Élève d’Albert le Grand à Paris et à Cologne
1256Maître en théologie à l’université de Paris
1259-1265Somme contre les Gentils
1266-1273Somme théologique (inachevée)
1268-1272Second enseignement à Paris, contre les averroïstes latins
1273Le 6 décembre, après une expérience mystique, il cesse d’écrire
1274Mort à Fossanova, en route vers le concile de Lyon

Le contexte : la redécouverte d’Aristote

Aux XIIe et XIIIe siècles, les œuvres d’Aristote, transmises et commentées par les philosophes arabes (Avicenne, Averroès) et juifs (Maïmonide), sont traduites en latin. Elles fascinent et inquiètent : Aristote affirme l’éternité du monde et ne parle pas de création. Certains maîtres parisiens, les « averroïstes latins », semblent admettre deux vérités contradictoires, l’une philosophique, l’autre religieuse. Thomas refuse cette thèse : il n’y a qu’une vérité.

Les idées clés

Foi et raison

La raison naturelle peut connaître certaines vérités sur Dieu (son existence, son unité) : ce sont les « préambules de la foi ». D’autres vérités (la Trinité, l’Incarnation) dépassent la raison sans la contredire : elles ne sont connues que par la Révélation. La philosophie et la théologie ont donc des domaines distincts mais compatibles. « La grâce ne supprime pas la nature, mais l’accomplit » (Somme théologique, I, q. 1, a. 8).

Les cinq voies

Dans la Somme théologique (I, q. 2, a. 3), Thomas propose cinq preuves de l’existence de Dieu, toutes à partir du monde observable, et non de la seule idée de Dieu (il rejette l’argument ontologique d’Anselme) :

VoiePoint de départConclusion
1. Le mouvementTout ce qui est mû est mû par un autreUn premier moteur non mû
2. La causalité efficienteOn ne peut remonter à l’infini dans les causesUne cause première
3. La contingenceLes êtres peuvent ne pas êtreUn être nécessaire
4. Les degrés de perfectionIl y a du plus ou moins bon, vrai, nobleUn être souverainement parfait
5. La finalitéLes êtres sans intelligence agissent en vue d’une finUne intelligence qui ordonne la nature

L’être et l’essence

Dans L’Être et l’Essence (v. 1252-1256), Thomas distingue dans toute créature l'essence (ce qu’elle est) et l'existence (le fait qu’elle soit). En Dieu seul, essence et existence sont identiques : il est l’Être même.

La loi naturelle

La morale repose sur une loi naturelle, participation de la raison humaine à la loi éternelle de Dieu. Son premier principe : il faut faire le bien et éviter le mal. Elle fonde le droit et la critique des lois injustes. Thomas reprend l’éthique des vertus de l'Éthique à Nicomaque, en y ajoutant les vertus théologales (foi, espérance, charité).

Apport à la théorie de la connaissance

La connaissance commence par les sens

Contre l’illumination augustinienne, Thomas adopte la théorie d’Aristote : l’âme humaine n’a pas d’idées innées. Elle connaît à partir des sensations, dont l'intellect agent abstrait les formes universelles. L’adage scolastique « rien n’est dans l’intellect qui n’ait d’abord été dans les sens » résume cette position ; il sera repris par les empiristes modernes, et Leibniz y ajoutera : « sinon l’intellect lui-même ».

La définition de la vérité

Thomas reprend une définition qu’il attribue au philosophe juif Isaac Israeli : la vérité est l'adéquation de la chose et de l’intellect (adaequatio rei et intellectus, Questions disputées sur la vérité, q. 1, a. 1). C’est la définition classique de la vérité-correspondance, encore discutée aujourd’hui. Voir la vérité.

Œuvres principales

ŒuvreDateContenu
L’Être et l’Essencev. 1252-1256Métaphysique de l’être
Questions disputées sur la vérité1256-1259Vérité, connaissance, providence
Somme contre les Gentils1259-1265Défense rationnelle de la foi face aux non-chrétiens
Commentaires d’Aristote1267-1273Physique, Métaphysique, De l’âme, Éthique
Somme théologique1266-1273Synthèse complète : Dieu, la création, l’homme, la morale, le Christ

Postérité

Contesté à sa mort (certaines de ses thèses sont visées par la condamnation parisienne de 1277), Thomas devient le docteur officiel des Dominicains, puis de l’Église catholique. L’encyclique Aeterni Patris de Léon XIII (1879) fait du thomisme la base de l’enseignement philosophique catholique. Au XXe siècle, Jacques Maritain et Étienne Gilson en proposent un renouvellement.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que la scolastique ?

La méthode d’enseignement des universités médiévales, fondée sur la lecture commentée des autorités et la disputatio : une question, des objections, une réponse argumentée, puis la réfutation des objections. La Somme théologique suit ce plan à chaque article.

Quelles sont les cinq voies de Thomas d’Aquin ?

Cinq preuves de l’existence de Dieu à partir du monde : par le mouvement, par la cause efficiente, par la contingence, par les degrés de perfection et par la finalité de la nature.

Quelle différence entre saint Augustin et Thomas d’Aquin ?

Augustin s’appuie sur Platon et le néoplatonisme, insiste sur l’intériorité et l’illumination divine. Thomas s’appuie sur Aristote et fait partir toute connaissance humaine des sens.

À lire aussi

Grands philosophes : toutes les fiches