Philosophie · Grands philosophes
Averroès (Ibn Rushd)
Averroès (1126-1198), Ibn Rushd en arabe, est un philosophe, juge et médecin andalou. Surnommé « le Commentateur » d’Aristote, il défend l’accord de la philosophie et de la Révélation.
Mis à jour le 3 min de lecture
Abu al-Walid Muhammad ibn Ahmad ibn Rushd, en latin Averroès, est né à Cordoue en 1126 et mort à Marrakech en 1198. Issu d’une grande famille de juristes (son grand-père était cadi de Cordoue), il est à la fois juge (cadi de Séville puis de Cordoue), médecin et philosophe. Son immense travail de commentaire d’Aristote lui vaut, dans l’Occident latin, le surnom de « Commentateur », comme Aristote est « le Philosophe ».
Repères biographiques
| Date | Événement |
|---|---|
| 1126 | Naissance à Cordoue, sous les Almoravides |
| v. 1169 | Présenté par Ibn Tufayl au calife almohade Abu Yaqub Yusuf, qui lui demande de commenter Aristote |
| 1169 | Nommé cadi de Séville |
| 1182 | Médecin du calife, à Marrakech, puis grand cadi de Cordoue |
| v. 1195 | Disgrâce : ses livres sont brûlés, il est exilé à Lucena |
| 1198 | Réhabilité peu avant sa mort à Marrakech |
Le commentateur d’Aristote
Averroès veut retrouver l'Aristote authentique, débarrassé des ajouts néoplatoniciens qu’on trouve chez Avicenne. Il rédige trois types de commentaires :
- petits commentaires (abrégés, jawami') : résumés de la doctrine ;
- commentaires moyens (talkhis) : paraphrases suivies du texte ;
- grands commentaires (tafsir) : explication ligne à ligne, citation par citation (notamment pour la Physique, le Traité de l’âme, la Métaphysique).
Il commente aussi la République de Platon, faute d’avoir accès à la Politique d’Aristote.
Raison et foi : le Discours décisif
Dans le Discours décisif (Fasl al-maqal, vers 1179), rédigé sous la forme d’un avis juridique, Averroès pose la question : la Loi religieuse permet-elle, interdit-elle ou ordonne-t-elle la philosophie ? Sa réponse : elle l'ordonne à ceux qui en sont capables, car le Coran invite à réfléchir sur la création. Et puisque « la vérité ne peut contredire la vérité », la démonstration philosophique ne peut contredire la Révélation. En cas de désaccord apparent, il faut interpréter le texte sacré de manière allégorique.
Il distingue trois catégories d’esprits, auxquelles conviennent trois types de discours :
| Public | Type d’argument |
|---|---|
| Le grand nombre | Rhétorique, images et exhortations |
| Les théologiens | Dialectique, à partir d’opinions admises |
| Les philosophes | Démonstration, à partir de prémisses certaines |
Réponse à al-Ghazali
Al-Ghazali avait attaqué les philosophes dans L’Incohérence des philosophes (fin du XIe siècle), les accusant d’hérésie sur l’éternité du monde, la connaissance divine des particuliers et la résurrection des corps. Averroès lui répond point par point dans L’Incohérence de l’Incohérence (Tahafut al-tahafut), où il défend la causalité naturelle et la légitimité de la démonstration.
L’unicité de l’intellect
La thèse la plus discutée d’Averroès, développée dans son grand commentaire du Traité de l’âme, est que l'intellect par lequel nous pensons les universels est unique pour tous les hommes, séparé du corps et éternel. L’individu pense en se reliant à cet intellect commun par ses images. Conséquence redoutée par les théologiens : il n’y aurait pas d’immortalité personnelle de l’âme.
L’averroïsme latin
Traduits en latin au XIIIe siècle, ses commentaires deviennent la référence pour lire Aristote à l’université de Paris. Certains maîtres ès arts, comme Siger de Brabant, adoptent ses thèses ; leurs adversaires leur prêtent la doctrine de la « double vérité » (une chose vraie en philosophie et fausse en théologie), qu’Averroès n’a jamais soutenue. Thomas d’Aquin écrit De l’unité de l’intellect contre les averroïstes (1270), et l’évêque de Paris Étienne Tempier condamne en 1270 puis en 1277 de nombreuses thèses jugées averroïstes. Le débat sur l’articulation de la raison et de la foi reste au cœur de la question science et croyance.
Questions fréquentes
Pourquoi Averroès est-il appelé le Commentateur ?
Parce qu’il a commenté presque toute l’œuvre d’Aristote, avec une précision qui a fait de ses commentaires la référence des universités européennes du Moyen Âge.
Averroès a-t-il défendu la double vérité ?
Non. Il affirme au contraire que la vérité est une et que philosophie et Révélation ne peuvent se contredire. La « double vérité » est une accusation lancée contre certains de ses lecteurs latins.
Pourquoi Averroès a-t-il été disgracié ?
Vers 1195, le calife almohade al-Mansur, cherchant sans doute l’appui des juristes traditionalistes, le fait exiler et ordonne de brûler ses livres de philosophie. Il est réhabilité peu avant sa mort.