Aller au contenu
connaissance.org

Philosophie · Grands philosophes

Alain

Alain, pseudonyme d’Émile Chartier (1868-1951), est un philosophe français, professeur et auteur de milliers de Propos. Il soutient que le bonheur est affaire de volonté et que penser, c’est juger.

Mis à jour le 3 min de lecture

Émile-Auguste Chartier, dit Alain, est né en 1868 à Mortagne-au-Perche (Orne) et mort en 1951 au Vésinet. Normalien, agrégé de philosophie, il enseigne dans plusieurs lycées (Lorient, Rouen) avant d’occuper de 1909 à 1933 la chaire de khâgne du lycée Henri-IV à Paris, où il forme des générations d’élèves, parmi lesquels Simone Weil, Georges Canguilhem, Jean Prévost. Il s’engage en 1914, à 46 ans, comme simple soldat, par refus de rester à l’abri, tout en étant pacifiste. Il est un des maîtres à penser du radicalisme républicain de la IIIe République.

Les Propos

Alain est l’inventeur d’un genre : le propos, court texte de deux pages environ, écrit d’un seul jet sur un sujet tiré de l’actualité ou de la vie quotidienne. À partir de 1906, il en publie un par jour dans La Dépêche de Rouen, sous le titre Propos d’un Normand. Il en écrira plus de cinq mille. Ils ont été regroupés par thèmes :

RecueilDateThème
Propos sur le bonheur1925 (édition augmentée 1928)L’art d’être heureux
Mars ou la guerre jugée1921Critique de la guerre
Le Citoyen contre les pouvoirs1926Résistance au pouvoir
Propos sur l’éducation1932Pédagogie
Propos sur la religion1938Religion

Il publie aussi des ouvrages plus systématiques : Système des beaux-arts (1920), Les Idées et les âges (1927), Éléments de philosophie (1941), et des études sur Platon, Descartes, Hegel, Spinoza.

Le bonheur est une volonté

Dans les Propos sur le bonheur, Alain s’oppose à l’idée que le bonheur arrive ou n’arrive pas, comme la pluie et le beau temps. « Le pessimisme est d’humeur ; l’optimisme est de volonté ». Nos tristesses viennent souvent du corps (fatigue, position, irritation) et des passions que l’imagination entretient. On peut agir sur elles : changer de posture, sourire, s’occuper, cesser de ruminer.

Le bonheur est aussi un devoir envers les autres : la mauvaise humeur est contagieuse, la bonne humeur aussi. « Il faut vouloir être heureux et y mettre du sien. » Le premier propos du recueil, « Bucéphale », montre que l’agitation du cheval d’Alexandre venait seulement de la peur de son ombre : il faut chercher la cause physique avant de se croire malheureux.

Penser, c’est juger

Disciple de Jules Lagneau, son professeur au lycée de Vanves, et lecteur de Descartes et de Spinoza, Alain fait de la pensée un acte de jugement et donc de volonté. Même la perception est un jugement : je ne vois pas un cube, je vois quelques faces et je juge qu’il y a un cube. Percevoir une distance, c’est interpréter des signes. L’erreur vient du jugement précipité, non des sens.

Il en tire une éthique de la pensée : douter sans cesse, ne jamais croire par paresse. « Penser, c’est dire non » (Propos sur la religion). La croyance qui s’arrête devient fanatisme ou servitude.

Le citoyen contre les pouvoirs

Alain n’est pas anarchiste : il faut obéir aux lois. Mais il faut aussi résister par la pensée. Le citoyen doit surveiller, critiquer, contrôler sans relâche le pouvoir, qui tend toujours à l’abus. « Obéir en résistant, c’est tout le secret. » Il se méfie des chefs, des experts et des grands mots. Mars ou la guerre jugée analyse les passions qui produisent la guerre : colère, peur, orgueil, et le pouvoir absolu que la guerre donne aux chefs.

L’éducation

Pour Alain, l’enfant doit être arraché au jeu et à la facilité ; l’école doit lui apprendre l’effort et l’attention. Il prône l’apprentissage par la copie, la récitation, la lecture des grands textes, et se méfie des méthodes qui prétendent rendre l’étude amusante.

Postérité

Alain a beaucoup marqué ses élèves et la tradition française de l’enseignement philosophique. Son influence est sensible chez Simone Weil, qui reprend son souci de l’attention, et chez Canguilhem. Son style aphoristique fait des Propos sur le bonheur un livre toujours lu.

Questions fréquentes

Pourquoi Émile Chartier a-t-il pris le pseudonyme d’Alain ?

Il signe ses premiers propos du nom d’Alain en référence au poète normand du XVe siècle Alain Chartier, dont il porte le nom de famille.

Que dit Alain sur le bonheur ?

Que le bonheur dépend en grande partie de notre volonté : il faut lutter contre la mauvaise humeur, agir sur son corps et ses pensées, et considérer la bonne humeur comme un devoir envers soi et envers les autres.

Qu’est-ce qu’un « propos » d’Alain ?

Un texte bref, d’environ deux pages, écrit en une fois sur une question précise, souvent tirée de la vie quotidienne. C’est à la fois un exercice d’écriture et de pensée.

À lire aussi

Grands philosophes : toutes les fiches