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Philosophie · Théorie de la connaissance

La perception en philosophie

La perception est l’acte par lequel un sujet saisit un objet présent par l’intermédiaire des sens. Plus qu’une sensation, elle organise et interprète ce qui est senti.

Mis à jour le 4 min de lecture

Le mot perception vient du latin percipere, « saisir, recueillir ». Percevoir, c’est saisir un objet comme présent : je vois une table, j’entends une voiture. La perception est notre premier accès au monde et la base de toute expérience. Mais elle pose deux problèmes à la théorie de la connaissance : est-elle fiable, puisqu’elle peut nous tromper ? Et que percevons-nous exactement : les choses elles-mêmes ou seulement nos représentations ?

Sensation et perception

SensationPerception
Impression élémentaire (une couleur, un son, une chaleur)Saisie d’un objet (une rose rouge, un violon)
Passive, affectiveActive, interprétative
Ne dit rien de l’objetPose un objet extérieur
Exemple : une tache rougeExemple : je vois une pomme mûre

La psychologie de la forme (Gestalttheorie, début du XXe siècle : Wertheimer, Köhler, Koffka) a montré que nous ne percevons pas des sensations isolées que nous assemblerions ensuite, mais d’emblée des formes organisées : figure sur un fond, mélodie plutôt que succession de notes.

La perception peut-elle tromper ?

Les illusions des sens

Le bâton plongé dans l’eau paraît brisé ; la tour carrée paraît ronde de loin ; deux segments égaux paraissent inégaux (illusion de Müller-Lyer, 1889). Les sceptiques antiques s’appuyaient sur ces exemples pour suspendre leur jugement. Voir scepticisme.

L’erreur vient-elle des sens ou du jugement ?

Pour Descartes, les sens ne se trompent pas à proprement parler : l’erreur vient du jugement qui affirme plus que ce qui est donné. Dans l’analyse du morceau de cire (Méditations, II), il montre que ce que je crois voir (la cire) est en réalité conçu par l’entendement : « je comprends, par la seule puissance de juger qui réside en mon esprit, ce que je croyais voir de mes yeux ». De même, quand je regarde par la fenêtre des chapeaux et des manteaux, je juge que ce sont des hommes. Alain, dans la tradition cartésienne, résumera : la perception est déjà un jugement.

Que percevons-nous ? Trois théories

ThéorieThèseAuteurs
Réalisme directNous percevons les choses elles-mêmesAristote, sens commun, Thomas Reid
ReprésentationnalismeNous percevons des idées qui représentent les chosesDescartes, Locke
IdéalismeLes choses ne sont rien d’autre que des perceptionsBerkeley

Locke : qualités premières et qualités secondes

Locke distingue les qualités premières (solidité, étendue, figure, mouvement, nombre), qui existent réellement dans les corps, et les qualités secondes (couleurs, sons, saveurs, odeurs), qui sont des pouvoirs de produire des sensations en nous. La rose n’est pas « rouge » en elle-même comme elle est étendue.

Berkeley : être, c’est être perçu

Berkeley montre que les qualités premières sont aussi relatives que les secondes (la grandeur varie selon la distance). Il conclut que l’existence des choses sensibles consiste à être perçues : esse est percipi. Voir idéalisme.

La perception comme rapport vivant au monde

La phénoménologie critique à la fois l’empirisme, qui réduit la perception à des sensations, et l’intellectualisme cartésien, qui en fait un jugement.

  • Pour Husserl, toute conscience est conscience de quelque chose ; je ne perçois jamais un cube que sous une face, mais je le vise comme cube grâce aux faces cachées que j’anticipe (les esquisses).
  • Pour Merleau-Ponty (Phénoménologie de la perception, 1945), la perception est l’acte d’un corps propre engagé dans le monde, non d’un pur esprit. Elle n’est pas une science commencée mais le sol de toute science : « le monde est non pas ce que je pense, mais ce que je vis ».

Perception et connaissance scientifique

La science corrige la perception : le Soleil paraît tourner autour de la Terre, la table paraît pleine alors qu’elle est faite d'atomes et de vide. Elle la prolonge aussi par des instruments (microscope, télescope), qui sont, selon Bachelard, des « théories matérialisées ». Mais toute vérification scientifique repose en dernier lieu sur des observations perçues. La perception est donc à la fois point de départ, obstacle et juge de la connaissance.

Perception et attention, attentes, culture

La perception dépend de ce que l’on cherche : on ne remarque pas ce que l’on n’attend pas (expériences de cécité d’inattention en psychologie). Elle dépend aussi de l’apprentissage : un radiologue voit sur une radio ce qu’un profane ne voit pas. Ces données confirment que percevoir n’est pas enregistrer passivement. Voir biais cognitifs.

Sujets de dissertation sur la perception

  • Nos sens nous trompent-ils ?
  • Percevoir, est-ce connaître ?
  • Voit-on le monde tel qu’il est ?
  • La perception est-elle une interprétation ?
  • Faut-il se méfier de ses sens ?

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre sensation et perception ?

La sensation est une impression élémentaire et subjective (chaud, rouge) ; la perception organise des sensations pour saisir un objet extérieur doté d’une signification.

Les sens nous trompent-ils ?

Pour Descartes, l’erreur vient moins des sens que du jugement précipité. Les illusions perceptives montrent cependant que la perception doit être contrôlée par la raison et les instruments.

Qu’est-ce que la perception selon Merleau-Ponty ?

Un rapport originaire et corporel au monde, antérieur à la réflexion et à la science, qui ne se réduit ni à une collection de sensations ni à un jugement intellectuel.

La perception est-elle objective ?

Elle vise des objets communs à tous, mais elle dépend aussi du point de vue, des organes, de l’attention et de l’apprentissage. L’objectivité scientifique exige de la corriger et de la mesurer.

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