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Philosophie · Théorie de la connaissance

Connaissance a priori et a posteriori

Une connaissance a priori est valable indépendamment de l’expérience (2 + 2 = 4) ; une connaissance a posteriori dépend de l’expérience (il pleut à Brest aujourd’hui).

Mis à jour le 4 min de lecture

Les locutions latines a priori (« à partir de ce qui est avant ») et a posteriori (« à partir de ce qui vient après ») désignent deux modes de justification de la connaissance. Une connaissance est a priori si sa vérité peut être établie sans recourir à l’expérience ; elle est a posteriori (ou empirique) si elle exige l’observation. Cette distinction, centrale depuis Kant, structure tout le débat entre rationalisme et empirisme.

Exemples

ÉnoncéTypePourquoi
Un triangle a trois côtésA prioriIl suffit de comprendre le concept de triangle
7 + 5 = 12A prioriDémontrable sans observer le monde
Tout événement a une causeA priori selon KantCondition de toute expérience possible
L’eau bout à 100 °C au niveau de la merA posterioriÉtabli par mesure
Paris est la capitale de la FranceA posterioriFait historique et politique
Tous les cygnes sont blancsA posteriori (et faux)Généralisation d’observations, démentie par les cygnes noirs d’Australie

Attention : a priori ne veut pas dire « avant toute expérience dans le temps ». On a appris à compter avec des cailloux ou des doigts ; mais une fois compris, 7 + 5 = 12 ne dépend plus d’aucune observation pour être vrai.

Le sens courant : « a priori »

Dans la langue courante, a priori signifie « au premier abord » ou désigne un préjugé (avoir des a priori). Ce sens n’a rien à voir avec le sens philosophique, qui ne qualifie pas une opinion hâtive mais un mode de justification rigoureux. Dans une dissertation, il faut éviter de mélanger les deux.

La distinction kantienne : analytique et synthétique

Kant (Critique de la raison pure, 1781) croise la distinction a priori / a posteriori avec une autre : celle entre jugements analytiques et synthétiques.

  • Jugement analytique : le prédicat est contenu dans le sujet ; il n’apprend rien de nouveau, il explicite. Exemple de Kant : « Tous les corps sont étendus. »
  • Jugement synthétique : le prédicat ajoute quelque chose au sujet ; il étend la connaissance. Exemple de Kant : « Tous les corps sont pesants. »
AnalytiqueSynthétique
A priori« Un célibataire n’est pas marié » : toujours a prioriLe cas décisif : « 7 + 5 = 12 », « tout ce qui arrive a une cause »
A posterioriImpossible (un jugement analytique n’a pas besoin d’expérience)« Ce mur est blanc », « le fer se dilate à la chaleur »

La question centrale de la Critique est : comment des jugements synthétiques a priori sont-ils possibles ? Pour Kant, les mathématiques et les principes de la physique en contiennent : ils étendent la connaissance tout en étant nécessaires. Sa réponse : l’esprit impose à l’expérience ses formes a priori (espace, temps, catégories). Ces jugements ne valent que pour les phénomènes, non pour les choses en soi. Voir criticisme.

Avant Kant : Leibniz et Hume

  • Leibniz distingue les vérités de raison (nécessaires, fondées sur le principe de non-contradiction) et les vérités de fait (contingentes, fondées sur le principe de raison suffisante).
  • Hume distingue les relations d’idées (mathématiques, démontrables) et les questions de fait (connues par expérience, seulement probables). C’est la « fourche de Hume » : toute connaissance qui n’est ni l’une ni l’autre est sans valeur.

Pour Hume comme pour Leibniz, les vérités a priori sont analytiques. L’originalité de Kant est d’admettre une troisième catégorie : le synthétique a priori.

Les débats après Kant

  • L’empirisme logique (Cercle de Vienne) rejette le synthétique a priori : les vérités mathématiques et logiques sont analytiques, tout le reste est empirique. L’apparition des géométries non euclidiennes (Lobatchevski, Riemann au XIXe siècle) et leur usage par la relativité d’Einstein semblaient montrer que la géométrie de Kant n’était pas nécessaire au monde physique.
  • Quine (« Les deux dogmes de l’empirisme », 1951) conteste même la distinction analytique / synthétique : aucune proposition n’est à l’abri d’une révision.
  • Saul Kripke (La Logique des noms propres, conférences de 1970) sépare l’a priori (notion épistémique) du nécessaire (notion métaphysique) : « l’eau est H₂O » serait nécessaire mais connu a posteriori, et il existerait des vérités contingentes connues a priori.

Pourquoi cette distinction compte

Elle permet de classer les savoirs : la logique et les mathématiques relèvent de la démonstration, les sciences de la nature de l’expérimentation, l’histoire du témoignage et des documents. Elle éclaire aussi la différence entre induction et déduction et la place de l'expérience dans la théorie de la connaissance.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre a priori et a posteriori ?

Une connaissance a priori se justifie sans recourir à l’expérience et vaut nécessairement ; une connaissance a posteriori repose sur l’observation et pourrait être autre.

Qu’est-ce qu’un jugement synthétique a priori ?

Chez Kant, un jugement qui ajoute une information au concept du sujet tout en étant nécessaire et universel, comme les jugements des mathématiques ou le principe de causalité.

Faut-il écrire a priori avec un accent ?

En philosophie, on écrit traditionnellement a priori sans accent, en italique, comme locution latine. Les rectifications orthographiques de 1990 admettent à priori, mais l’usage savant conserve la forme latine.

Une connaissance a priori peut-elle être fausse ?

On peut se tromper en croyant avoir démontré quelque chose (erreur de calcul). Mais une vérité a priori correctement établie ne peut pas être démentie par l’expérience.

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