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Philosophie · Théorie de la connaissance

Relativisme

Le relativisme est la thèse selon laquelle la vérité, la connaissance ou les valeurs ne sont pas absolues mais dépendent d’un point de vue : individu, culture, époque ou langage.

Mis à jour le 4 min de lecture

Le relativisme affirme qu’il n’existe pas de vérité ou de valeur valable pour tous, indépendamment de tout point de vue. Ce qui est vrai ou bien l’est relativement à quelque chose : une personne, une société, un cadre conceptuel. Le relativisme a une longue histoire, depuis le sophiste Protagoras, et une forte présence dans le débat contemporain (« chacun sa vérité »). Il se distingue du scepticisme, qui suspend le jugement, et s’oppose à l’universalisme et au dogmatisme.

« L’homme est la mesure de toutes choses »

Le sophiste Protagoras (Ve siècle av. J.-C.) est le premier relativiste connu. Sa formule nous est rapportée par Platon dans le Théétète : « L’homme est la mesure de toutes choses, de celles qui sont, qu’elles sont, de celles qui ne sont pas, qu’elles ne sont pas. » Platon l’interprète ainsi : telles les choses m’apparaissent, telles elles sont pour moi ; telles elles t’apparaissent, telles elles sont pour toi. Le même vent est froid pour celui qui frissonne et ne l’est pas pour l’autre.

Platon lui oppose l’argument de la péritropè (retournement) : si toute opinion est vraie pour celui qui la tient, alors l’opinion de ceux qui pensent que Protagoras a tort est vraie aussi. La thèse se réfute elle-même.

Les formes de relativisme

FormeThèseExemple
Relativisme cognitifLa vérité dépend du sujet ou du groupe« C’est vrai pour toi, pas pour moi »
Relativisme culturelLes croyances et pratiques ne se comprennent qu’à partir de leur cultureMontaigne, « Des cannibales »
Relativisme moralIl n’y a pas de bien ou de mal universel« Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà » (Pascal)
Relativisme esthétiqueLe beau dépend des goûts« Des goûts et des couleurs, on ne discute pas »
Relativisme conceptuelNos catégories dépendent du langage ou du cadre théoriqueHypothèse Sapir-Whorf, incommensurabilité chez Kuhn

Le relativisme culturel

Montaigne écrit dans « Des cannibales » (Essais, I, 31) que « chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage ». L’anthropologie du XXe siècle a fait du relativisme culturel une règle de méthode : comprendre une culture de l’intérieur, sans la juger selon nos propres normes. Claude Lévi-Strauss (Race et histoire, 1952) écrit que « le barbare, c’est d’abord l’homme qui croit à la barbarie ». Ce relativisme méthodologique n’implique pas forcément que toutes les pratiques se valent moralement.

Le relativisme moral

Pascal note, dans les Pensées, la variété des lois selon les pays : « Plaisante justice qu’une rivière borne ! Vérité au deçà des Pyrénées, erreur au-delà. » Le relativisme moral en conclut qu’il n’y a pas de justice universelle. Ses adversaires invoquent les droits de l’homme, qui prétendent valoir partout (Déclaration universelle de 1948). Voir la justice.

Le relativisme en théorie des sciences

Certaines lectures de Kuhn et de la sociologie des sciences (« programme fort » d’Édimbourg, années 1970) suggèrent que les vérités scientifiques sont relatives à des paradigmes ou à des intérêts sociaux. Ces thèses ont été vivement contestées, notamment lors de l'« affaire Sokal » (1996). Voir épistémologie.

Les objections au relativisme

  1. L’autoréfutation : « tout est relatif » se présente comme une vérité absolue. Soit elle est absolue, et elle se contredit ; soit elle est relative, et elle n’oblige personne.
  2. Le désaccord perd son sens : si « vrai » signifie « vrai pour moi », deux personnes qui se contredisent ne sont jamais vraiment en désaccord.
  3. Le progrès devient impensable : on ne peut plus dire qu’abolir l’esclavage fut un progrès moral, ni que l’astronomie de Copernic ait amélioré la connaissance — seulement qu’il y a eu changement.
  4. La confusion entre croyance et vérité : il est vrai que les croyances varient selon les cultures ; il ne s’ensuit pas que la vérité varie. Que les Anciens aient cru la Terre immobile ne la rendait pas immobile.

Ce que le relativisme a de juste

  • Il rappelle la pluralité des points de vue et la nécessité de comprendre avant de juger.
  • Il combat l'ethnocentrisme et le dogmatisme.
  • Il est pertinent dans certains domaines : goûts culinaires, préférences personnelles, conventions (rouler à droite ou à gauche).
  • Il invite à distinguer le perspectivisme (on voit toujours d’un point de vue) et le relativisme (tous les points de vue se valent). Nietzsche, souvent cité comme relativiste, défend plutôt un perspectivisme.

Relativisme, scepticisme, pragmatisme

PositionAttitude envers la vérité
DogmatismeLa vérité est possédée
ScepticismeLa vérité n’est pas accessible avec certitude : suspendre son jugement
RelativismeLa vérité dépend du point de vue
PragmatismeLa vérité se mesure à ses effets et à sa réussite dans l’expérience

Sujets de dissertation

  • Tout est-il relatif ?
  • La vérité dépend-elle de la culture ?
  • Peut-on juger une autre culture ?
  • Chacun a-t-il sa vérité ?
  • La diversité des opinions prouve-t-elle qu’il n’y a pas de vérité ?

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre relativisme et scepticisme ?

Le sceptique doute et suspend son jugement ; le relativiste affirme que chaque opinion est vraie dans son cadre. Le premier ne tranche pas, le second tranche en faveur de tous.

Que signifie « l’homme est la mesure de toutes choses » ?

C’est la thèse de Protagoras : les choses sont pour chacun telles qu’elles lui apparaissent. Il n’y a pas de vérité indépendante de celui qui perçoit et juge.

Le relativisme culturel est-il une bonne chose ?

Comme méthode d’enquête, il évite l’ethnocentrisme. Comme thèse morale absolue, il pose problème, car il interdit de condamner des pratiques comme l’esclavage ou la torture.

Le relativisme se contredit-il ?

Sous sa forme radicale (« toute vérité est relative »), il semble se réfuter lui-même. Des formes limitées (relativité des goûts ou des conventions) ne posent pas cette difficulté.

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