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Philosophie · Grands philosophes

Jürgen Habermas

Jürgen Habermas (né en 1929) est un philosophe et sociologue allemand. Il fonde la légitimité des normes sur une discussion libre et rationnelle entre tous les intéressés.

Mis à jour le 4 min de lecture

Jürgen Habermas est né en 1929 à Düsseldorf et a grandi à Gummersbach, en Rhénanie. Adolescent sous le nazisme, il découvre à 15-16 ans, à la fin de la guerre, l’ampleur des crimes du régime, ce qui oriente toute sa pensée vers la question des fondements de la démocratie. Assistant de Theodor Adorno à l’Institut de recherche sociale de Francfort, il appartient à la deuxième génération de l'École de Francfort (théorie critique). Il enseigne principalement à Francfort, dirige l’Institut Max-Planck de Starnberg (1971-1981) et intervient régulièrement dans le débat public allemand et européen.

Œuvres principales

DateTitre
1962L’Espace public
1968Connaissance et intérêt ; La Technique et la science comme « idéologie »
1981Théorie de l’agir communicationnel (2 volumes)
1983Morale et communication
1985Le Discours philosophique de la modernité
1992Droit et démocratie. Entre faits et normes
2001L’Avenir de la nature humaine
2019Auch eine Geschichte der Philosophie (« Une autre histoire de la philosophie »)

L’espace public

Dans sa thèse d’habilitation, L’Espace public (Strukturwandel der Öffentlichkeit), Habermas décrit la naissance, aux XVIIe et XVIIIe siècles, d’une sphère publique bourgeoise : salons, cafés, clubs, journaux, où des particuliers discutent librement des affaires communes et forment une opinion publique critique face au pouvoir. Ce principe de publicité (Öffentlichkeit), au sens de rendre public et soumettre à la discussion, est au cœur de la démocratie moderne. Habermas analyse ensuite son déclin au XXe siècle, quand les médias de masse et la publicité commerciale transforment le public qui raisonne en public qui consomme.

Deux formes de rationalité

Habermas distingue deux manières d’agir :

Type d’actionButCoordinationDomaine
Agir stratégique (ou instrumental)Atteindre un objectif, réussirInfluence, calcul, pressionÉconomie, administration (le « système »)
Agir communicationnelS’entendre avec autruiAccord fondé sur des raisonsVie quotidienne, culture (le « monde vécu »)

Il reproche à la première École de Francfort (Adorno, Horkheimer) d’avoir réduit la raison à sa forme instrumentale, la raison qui calcule les moyens d’une fin, ce qui conduisait à un pessimisme sans issue. Il existe une autre rationalité, communicationnelle, inscrite dans le langage lui-même.

Les prétentions à la validité

Quand nous parlons pour nous entendre, nous élevons implicitement quatre prétentions à la validité, que notre interlocuteur peut contester :

  1. l'intelligibilité : ce que je dis est compréhensible ;
  2. la vérité : ce que j’affirme sur le monde est vrai ;
  3. la justesse : ce que je dis respecte les normes en vigueur ;
  4. la sincérité : je pense ce que je dis.

Si l’une est contestée, on peut passer à la discussion (Diskurs), où seule compte la force de l’argument.

La colonisation du monde vécu

Dans la Théorie de l’agir communicationnel, Habermas diagnostique une pathologie des sociétés modernes : la colonisation du monde vécu par le système. L’argent et le pouvoir administratif envahissent des domaines (famille, éducation, culture) qui devraient être régis par l’entente communicationnelle, ce qui produit perte de sens et crises de légitimité.

L’éthique de la discussion

Avec Karl-Otto Apel, Habermas développe une éthique de la discussion. Elle reprend l’universalisme de Kant, mais en remplaçant le sujet solitaire qui teste sa maxime par une communauté de discussion. Son principe : seules peuvent prétendre à la validité les normes qui pourraient recevoir l’assentiment de tous les concernés, en tant que participants à une discussion pratique.

La démocratie délibérative

Dans Droit et démocratie (1992), Habermas défend une démocratie délibérative : la légitimité des lois ne vient ni seulement du vote majoritaire ni seulement des droits individuels, mais de procédures de discussion ouvertes, où les citoyens sont à la fois destinataires et auteurs du droit. Il avance aussi l’idée de patriotisme constitutionnel : l’attachement des citoyens aux principes de la Constitution et aux droits fondamentaux plutôt qu’à une identité ethnique ou culturelle.

Engagements publics

Habermas est intervenu dans de nombreux débats : la « querelle des historiens » (1986) sur la singularité des crimes nazis, la réunification allemande, la construction européenne, dont il défend une forme plus démocratique, le clonage et l’eugénisme libéral (L’Avenir de la nature humaine), la place de la religion dans l’espace public. Il a débattu avec Rawls en 1995 et avec le cardinal Ratzinger en 2004.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que l’agir communicationnel ?

C’est l’action orientée vers l’entente avec autrui, par opposition à l’action stratégique, orientée vers le succès. Les participants coordonnent leurs actions par l’échange d’arguments et non par la pression ou le calcul.

Qu’est-ce que l’École de Francfort ?

Un courant de philosophie et de sociologie critique né à l’Institut de recherche sociale de Francfort dans les années 1920-1930, autour de Max Horkheimer, Theodor Adorno, Herbert Marcuse et Walter Benjamin. Habermas en est le principal représentant de la deuxième génération.

Quelle différence entre Habermas et Rawls ?

Les deux défendent une démocratie libérale fondée sur des principes justifiables pour tous. Rawls construit ces principes par une expérience de pensée (le voile d’ignorance) ; Habermas les fait dépendre de discussions réelles entre les intéressés.

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