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Philosophie · Notions philosophiques

L’État

L’État est l’organisation politique qui exerce un pouvoir souverain sur un territoire et une population. La philosophie se demande ce qui le rend légitime et s’il garantit ou menace la liberté.

Mis à jour le 6 min de lecture

L’État est une notion du programme de philosophie de terminale. Le mot vient du latin status, « manière d’être, situation », puis « état d’une chose publique » (status rei publicae). Au sens moderne, apparu à la Renaissance (Machiavel parle de lo stato), il désigne la puissance publique organisée qui gouverne une société : institutions, lois, administration, armée, police, justice. Il se distingue de la nation (communauté humaine liée par une histoire et une culture), de la société (ensemble des relations entre individus) et du gouvernement (ceux qui dirigent l’État à un moment donné). La philosophie pose trois questions : pourquoi un État ? Qu’est-ce qui le rend légitime ? Jusqu’où peut aller son pouvoir ?

Distinctions conceptuelles

DistinctionExplication
État / sociétéLa société existe avant et en dehors de l’État ; l’État en est l’organisation politique
État / nationUn État peut réunir plusieurs nations ; une nation peut être répartie sur plusieurs États
Pouvoir / autoritéLe pouvoir peut s’imposer par la force ; l’autorité est reconnue comme légitime
Légal / légitimeLa légalité est la conformité à la loi ; la légitimité, le fait d’être juste ou reconnu comme tel
Public / privéL’État s’occupe de ce qui est commun ; la sphère privée doit en être protégée
État de nature / état civilSituation hypothétique sans pouvoir politique / société organisée par des lois

Problématique 1 : l’État est-il naturel ou artificiel ?

Aristote : l’homme, animal politique

Pour Aristote (Les Politiques, I), la cité (polis) est naturelle : l’homme est « par nature un animal politique », car il possède le langage (logos) qui lui permet de discuter du juste et de l’injuste. La cité existe en vue du « bien vivre ». Celui qui vit hors de la cité est « une bête ou un dieu ».

Les théories du contrat social

À l’époque moderne, l’État est pensé comme une construction artificielle, issue d’un contrat entre individus libres.

AuteurÉtat de natureContratÉtat légitime
Hobbes, Léviathan (1651)« Guerre de chacun contre chacun » ; vie « solitaire, misérable, dangereuse, animale et brève »Chacun transfère son droit de se gouverner à un souverainSouverain absolu garantissant la paix et la sécurité
Locke, Second Traité du gouvernement civil (1690)Liberté et égalité, droits naturels (vie, liberté, biens), mais insécuritéInstitution d’un pouvoir pour protéger les droitsGouvernement limité, séparation des pouvoirs, droit de résistance
Rousseau, Du contrat social (1762)Homme libre, indépendant et bon, corrompu par la société« Chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de la volonté générale »Souveraineté du peuple ; obéir à la loi qu’on s’est prescrite est liberté

Rousseau commence ainsi le Contrat social : « L’homme est né libre, et partout il est dans les fers. » Son problème est de trouver une association où chacun, s’unissant à tous, n’obéisse pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant. Voir la liberté.

Problématique 2 : qu’est-ce qui rend l’État légitime ?

Les trois types de domination selon Weber

Max Weber distingue trois fondements de la légitimité : traditionnelle (la coutume, le monarque héréditaire), charismatique (les qualités exceptionnelles d’un chef), légale-rationnelle (des règles impersonnelles, une bureaucratie). L’État moderne repose surtout sur la troisième.

L’État de droit

Un État de droit est un État soumis lui-même au droit : hiérarchie des normes, séparation des pouvoirs, contrôle des juges, droits fondamentaux. Montesquieu (De l’esprit des lois, 1748) formule le principe : « Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir. » La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 (article 16) affirme que toute société où la garantie des droits n’est pas assurée ni la séparation des pouvoirs déterminée n’a point de constitution. Voir la Révolution française.

Hegel : l’État, réalisation de la liberté

Pour Hegel (Principes de la philosophie du droit, 1820), l’État n’est pas un simple instrument au service des intérêts privés (ce que Hegel appelle la « société civile ») : il est la réalisation de la liberté raisonnable et de la vie éthique d’un peuple.

Problématique 3 : l’État menace-t-il la liberté ?

  • Marx et Engels : l’État est un instrument de domination de la classe dominante ; dans la société sans classes, il doit « dépérir ».
  • L’anarchisme (Proudhon, Bakounine) : l’État est par essence oppression ; Proudhon se déclare anarchiste en 1840 (Qu’est-ce que la propriété ?).
  • Le libéralisme : l’État doit être limité à la protection des droits (Locke, Benjamin Constant, Tocqueville qui redoute un « despotisme doux » de l’État tutélaire dans De la démocratie en Amérique, 1840).
  • Le totalitarisme : Hannah Arendt (Les Origines du totalitarisme, 1951) analyse les régimes nazi et stalinien comme une forme nouvelle de domination totale, par l’idéologie et la terreur, qui détruit la sphère privée. Voir Seconde Guerre mondiale.
  • Nietzsche (Ainsi parlait Zarathoustra) : l’État est « le plus froid de tous les monstres froids ».

Auteurs et thèses

AuteurŒuvreThèse
PlatonLa RépubliqueLa cité juste est gouvernée par les philosophes
AristoteLes PolitiquesL’homme est un animal politique ; la cité est naturelle
MachiavelLe Prince (1532, écrit en 1513)L’art de conquérir et conserver l’État, distinct de la morale
HobbesLéviathan (1651)Un souverain absolu pour sortir de la guerre de tous contre tous
LockeSecond Traité (1690)L’État protège les droits naturels ; droit de résistance
MontesquieuDe l’esprit des lois (1748)Séparation des pouvoirs
RousseauDu contrat social (1762)Souveraineté de la volonté générale
HegelPrincipes de la philosophie du droit (1820)L’État, réalisation de la liberté
MarxManifeste du parti communiste (1848, avec Engels)L’État, instrument de la classe dominante
WeberLe Savant et le Politique (1919)Monopole de la violence physique légitime
ArendtLes Origines du totalitarisme (1951)Le totalitarisme détruit l’espace politique

Repères du programme utiles

Légal / légitime ; obligation / contrainte ; public / privé ; en fait / en droit ; origine / fondement ; idéal / réel ; moyen / fin.

Sujets de dissertation sur l’État

  • L’État est-il l’ennemi de la liberté ?
  • Peut-on se passer de l’État ?
  • L’État doit-il se mêler de notre bonheur ?
  • Qu’est-ce qui rend un pouvoir légitime ?
  • Faut-il craindre l’État ?
  • L’État a-t-il tous les droits ?
  • Obéir à l’État, est-ce renoncer à sa liberté ?

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre l’État et la nation ?

L’État est une organisation politique et juridique ; la nation est une communauté humaine unie par une histoire, une culture ou une volonté de vivre ensemble. Ils peuvent coïncider (État-nation) ou non.

Qu’est-ce que le contrat social ?

Une théorie selon laquelle la société politique résulte d’un accord, réel ou hypothétique, entre individus qui renoncent à une partie de leur liberté naturelle pour obtenir sécurité, droits ou liberté civile.

Que signifie « monopole de la violence légitime » ?

Selon Weber, l’État est la seule institution qui puisse légitimement employer ou autoriser la force physique sur son territoire (police, armée, justice).

Est légal ce qui est conforme aux lois en vigueur ; est légitime ce qui est juste ou reconnu comme fondé en droit. Une loi peut être légale sans être légitime. Voir la justice.

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