Littérature · Auteurs
Paul Éluard
Paul Éluard (1895-1952) est un poète français, figure du surréalisme puis de la Résistance, auteur de Capitale de la douleur et du poème « Liberté » (1942). Son œuvre chante l’amour et la fraternité.
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Paul Éluard, de son vrai nom Eugène Grindel, né à Saint-Denis le 14 décembre 1895 et mort à Charenton-le-Pont le 18 novembre 1952, est le poète de l’amour du surréalisme. Ses recueils, dédiés aux femmes qu’il a aimées (Gala, Nusch, Dominique), cherchent une langue simple et lumineuse, faite d’images inattendues. Pendant l’Occupation, son poème « Liberté », parachuté par les avions alliés au-dessus de la France, devient l’hymne de la Résistance.
Biographie
| Date | Événement |
|---|---|
| 1895 | Naissance à Saint-Denis ; père comptable puis agent immobilier, mère couturière |
| 1912-1914 | Atteint de tuberculose, soigné au sanatorium de Clavadel, en Suisse ; y rencontre une jeune Russe, Elena Diakonova, qu’il nomme Gala |
| 1914-1918 | Infirmier militaire, puis fantassin ; gazé |
| 1917 | Épouse Gala ; Le Devoir et l’Inquiétude ; naissance de leur fille Cécile en 1918 |
| 1918 | Poèmes pour la paix |
| 1919-1924 | Dada, puis fondation du surréalisme avec Breton, Aragon, Soupault |
| 1924 | Fugue de plusieurs mois autour du monde |
| 1926 | Capitale de la douleur ; adhère au Parti communiste, dont il est exclu en 1933 |
| 1929 | L’Amour la poésie ; Gala le quitte pour Salvador Dalí |
| 1934 | Épouse Nusch (Maria Benz), modèle de Man Ray et de Picasso |
| 1936 | Soutient les républicains espagnols |
| 1942 | Poésie et vérité 1942, qui contient « Liberté » ; réadhère au Parti communiste clandestin |
| 1943 | Organise l’anthologie clandestine L’Honneur des poètes |
| 1946 | Mort subite de Nusch ; désespoir : Le temps déborde (1947) |
| 1951 | Épouse Dominique Lemort ; Le Phénix |
| 1952 | Mort d’une crise cardiaque ; obsèques au Père-Lachaise |
Œuvres principales
| Œuvre | Date | Remarque |
|---|---|---|
| Le Devoir et l’Inquiétude | 1917 | Poèmes de guerre |
| Mourir de ne pas mourir | 1924 | Premiers poèmes surréalistes |
| Capitale de la douleur | 1926 | Recueil majeur du surréalisme |
| L’Amour la poésie | 1929 | Poèmes pour Gala |
| L’Immaculée Conception | 1930 | Écrit avec Breton, simulations de délires |
| La Vie immédiate | 1932 | Poèmes |
| Les Yeux fertiles | 1936 | Poèmes, avec Picasso |
| Poésie et vérité 1942 | 1942 | Contient « Liberté » |
| Au rendez-vous allemand | 1944 | Poèmes de la Résistance, dont « Courage » |
| Le temps déborde | 1947 | Deuil de Nusch, sous le pseudonyme de Didier Desroches |
| Poésie ininterrompue | 1946 | Long poème |
| Le Phénix | 1951 | Renaissance de l’amour avec Dominique |
L’amour et l’image surréaliste
L’image chez Éluard rapproche des réalités lointaines pour révéler l’unité du monde. Le vers le plus célèbre, qui ouvre un poème de L’Amour la poésie (1929), en est l’exemple : « La terre est bleue comme une orange ». L’amour est pour lui la force qui relie l’homme au monde ; la femme aimée est la condition de la vision. « L’amoureuse », dans Mourir de ne pas mourir, commence ainsi : « Elle est debout sur mes paupières / Et ses cheveux sont dans les miens ». À la différence d’autres surréalistes, Éluard ne pratique guère l’écriture automatique pure : il recherche la transparence.
Le poème Liberté (1942)
Écrit en 1941, publié clandestinement en 1942, « Liberté » compte 21 quatrains d’heptasyllabes construits sur une anaphore : « Sur… / J’écris ton nom ». Il s’ouvre sur :
Sur mes cahiers d’écolier Sur mon pupitre et les arbres Sur le sable sur la neige J’écris ton nom
Le poète énumère tous les supports possibles, du quotidien au cosmique, avant de révéler le nom dans le dernier vers : « Liberté ». Éluard a expliqué qu’il pensait d’abord écrire le prénom de la femme aimée, avant de comprendre que le mot qu’il avait en tête était « Liberté ». Des milliers d’exemplaires ont été largués par la Royal Air Force au-dessus de la France occupée. Le poème a été illustré par Fernand Léger en 1953.
L’engagement
Éluard voit la poésie comme une parole partagée, au service de tous. Communiste, il soutient l’URSS jusqu’au bout. En 1950, il écrit une ode à Staline et refuse d’intervenir en faveur de Záviš Kalandra, un intellectuel tchèque condamné à mort lors d’un procès stalinien, ce que Breton lui reproche publiquement. Voir aussi Louis Aragon, autre poète surréaliste devenu communiste.
Thèmes et style
- L’amour, source de toute poésie et de toute connaissance.
- La femme, médiatrice entre le poète et le monde.
- La fraternité et la paix ; la lutte contre l’oppression.
- La simplicité : vocabulaire courant, phrases brèves, vers libres, répétitions et anaphores.
- Les images inattendues, héritées du surréalisme.
- La collaboration avec les peintres : Max Ernst, Picasso, Man Ray, Fernand Léger, Chagall.
Questions fréquentes
Quel est le poème le plus célèbre de Paul Éluard ?
« Liberté » (1942), poème de la Résistance, souvent appris à l’école, et le vers « La terre est bleue comme une orange » (1929).
Pourquoi Éluard a-t-il pris ce pseudonyme ?
Il a choisi le nom de sa grand-mère maternelle, Félicie Éluard. Il signe ainsi dès 1916 Le Devoir, plaquette qui précède Le Devoir et l’Inquiétude.
Qui était Gala ?
Elena Diakonova (1894-1982), Russe rencontrée au sanatorium, première épouse d’Éluard. Elle le quitte pour Salvador Dalí, qu’elle épouse et dont elle devient la muse.
Que signifie « La terre est bleue comme une orange » ?
Le vers rapproche deux réalités incompatibles pour provoquer une image neuve. On y lit souvent une vision de la Terre ronde et lumineuse, et une affirmation du pouvoir de la poésie : « les mots ne mentent pas », dit le vers suivant.