Littérature · Auteurs
Léopold Sédar Senghor
Léopold Sédar Senghor (1906-2001) est un poète sénégalais, cofondateur de la négritude, premier président du Sénégal (1960-1980) et premier Africain élu à l’Académie française (1983). Il est l’un des pères de la Francophonie.
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Léopold Sédar Senghor, né le 9 octobre 1906 à Joal, au Sénégal, et mort le 20 décembre 2001 à Verson, en Normandie, est à la fois un grand poète de langue française et un homme d’État. Premier Africain agrégé de grammaire, il fonde avec Aimé Césaire et Léon-Gontran Damas le mouvement de la négritude. Député à l’Assemblée nationale française, puis premier président du Sénégal indépendant pendant vingt ans, il quitte volontairement le pouvoir en 1980. Sa poésie, ample et rythmée, chante l’Afrique, la femme noire et le métissage des cultures.
Biographie
| Date | Événement |
|---|---|
| 1906 | Naissance à Joal, sur la Petite-Côte, dans une famille sérère catholique ; enfance à Djilor |
| 1914-1928 | Études chez les missionnaires, puis au lycée de Dakar |
| 1928 | Arrive à Paris, au lycée Louis-le-Grand, où il se lie avec Georges Pompidou et Aimé Césaire |
| 1934-1935 | Participe au journal L’Étudiant noir |
| 1935 | Agrégé de grammaire ; enseigne au lycée Descartes de Tours, puis à Saint-Maur-des-Fossés |
| 1939-1942 | Mobilisé dans l’infanterie coloniale, prisonnier de guerre dans les camps allemands |
| 1945 | Chants d’ombre ; élu député du Sénégal à l’Assemblée constituante |
| 1948 | Hosties noires ; Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française, préfacée par Sartre (« Orphée noir ») |
| 1948 | Fonde le Bloc démocratique sénégalais |
| 1956 | Éthiopiques |
| 1960 | Indépendance ; élu premier président de la République du Sénégal |
| 1961 | Nocturnes |
| 1962 | Crise politique avec le président du Conseil Mamadou Dia, arrêté |
| 1966 | Organise à Dakar le premier Festival mondial des arts nègres |
| 1980 | Démissionne le 31 décembre ; Abdou Diouf lui succède |
| 1983 | Élu à l’Académie française |
| 2001 | Mort à Verson (Calvados), village de son épouse Colette Hubert ; inhumé à Dakar |
Œuvres principales
| Œuvre | Date | Genre |
|---|---|---|
| Chants d’ombre | 1945 | Poésie |
| Hosties noires | 1948 | Poésie (guerre et captivité) |
| Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache | 1948 | Anthologie |
| Chants pour Naëtt | 1949 | Poésie amoureuse |
| Éthiopiques | 1956 | Poésie |
| Nocturnes | 1961 | Poésie |
| Liberté (5 volumes) | 1964-1993 | Essais et discours |
| Lettres d’hivernage | 1973 | Poésie |
| Élégies majeures | 1979 | Poésie |
| Ce que je crois | 1988 | Essai |
La négritude selon Senghor
Senghor définit la négritude comme l’ensemble des valeurs culturelles du monde noir. Là où Césaire insiste sur la révolte contre le colonialisme, Senghor met l’accent sur une civilisation africaine originale, fondée selon lui sur le rythme, l’émotion et le lien avec la nature. Il a résumé cette conception par une phrase restée célèbre, et très critiquée : « l’émotion est nègre, comme la raison hellène ». Ses détracteurs, dont des écrivains africains de la génération suivante, y ont vu une reprise des stéréotypes coloniaux ; Senghor y voyait une complémentarité.
Sa pensée évolue vers l’idée de métissage culturel et d’une « civilisation de l’universel », où chaque culture apporte sa part. L'Anthologie de 1948, avec la préface de Sartre, fait connaître la poésie noire francophone en France.
La poésie
- Le verset : longues lignes libres, proches du psaume et de Claudel, que Senghor admirait.
- La musique : de nombreux poèmes portent l’indication d’un instrument d’accompagnement (kôra, balafon, tam-tam).
- L’anaphore et les énumérations, inspirées des chants traditionnels sérères et des griots.
- Le « royaume d’enfance » : la terre de Joal et de Djilor, les ancêtres, les morts qui veillent.
Femme noire, dans Chants d’ombre, est son poème le plus connu : la femme africaine y est célébrée à la fois comme mère, amante et terre natale, dans une suite d’images sensuelles. Hosties noires rend hommage aux tirailleurs sénégalais morts pour la France.
Thèmes
- L’Afrique : paysages, traditions, ancêtres, nostalgie du village.
- La femme noire, figure de beauté et de fécondité.
- L’exil et la double appartenance à l’Afrique et à la France.
- La réconciliation des peuples et le métissage.
- La guerre et la mémoire des tirailleurs.
Le président et la Francophonie
Président de 1960 à 1980, Senghor défend un « socialisme africain » modéré et maintient des liens étroits avec la France. Son pouvoir devient autoritaire dans les années 1960 (parti unique de fait jusqu’au retour progressif du multipartisme en 1974-1976). Il est l’un des inspirateurs, avec Habib Bourguiba, Hamani Diori et Norodom Sihanouk, de la coopération entre pays de langue française qui donnera naissance à l’Organisation internationale de la Francophonie. Voir les pays francophones et la décolonisation.
Questions fréquentes
Senghor a-t-il été membre de l’Académie française ?
Oui. Élu le 2 juin 1983, il est le premier Africain à siéger à l’Académie française.
Quelle est la différence entre Senghor et Césaire ?
Tous deux ont fondé la négritude. Césaire en fait surtout un cri de révolte contre le colonialisme ; Senghor y voit l’affirmation de valeurs africaines et la voie vers un dialogue des cultures. Leurs styles diffèrent aussi : torrentiel chez Césaire, ample et musical chez Senghor.
Pourquoi Senghor est-il mort en France ?
Après sa retraite, il s’est installé à Verson, en Normandie, village natal de sa seconde épouse, Colette Hubert. Il y est mort à 95 ans ; il est inhumé au cimetière de Bel-Air à Dakar.
Quel poème de Senghor est le plus célèbre ?
Femme noire, publié dans Chants d’ombre en 1945, souvent étudié à l’école en Afrique francophone et en France.