Littérature · Auteurs
Anne Hébert
Anne Hébert (1916-2000) est une poète et romancière québécoise, autrice du Tombeau des rois, de Kamouraska (1970) et des Fous de Bassan, prix Femina 1982. Son œuvre explore la révolte contre l’enfermement, le désir et la violence.
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Anne Hébert, née le 1er août 1916 à Sainte-Catherine-de-Fossambault, près de Québec, et morte à Montréal le 22 janvier 2000, est une figure majeure de la littérature québécoise. Poète d’abord, elle publie en 1953 Le Tombeau des rois, recueil fondateur de la modernité poétique au Québec. Romancière ensuite, elle obtient un succès international avec Kamouraska (1970) et Les Fous de Bassan (1982). Installée à Paris pendant plus de quarante ans, elle a écrit une œuvre sombre et sensuelle sur l’emprisonnement des êtres, en particulier des femmes, et sur la violence qui en surgit.
Biographie
| Date | Événement |
|---|---|
| 1916 | Naissance dans une famille cultivée ; son père, Maurice Hébert, est critique littéraire |
| Années 1920-1930 | Enfance fragile, éducation en partie à la maison ; elle partage ses lectures avec son cousin, le poète Hector de Saint-Denys Garneau |
| 1942 | Les Songes en équilibre, premier recueil de poèmes |
| 1943 | Mort de Saint-Denys Garneau, qui la marque profondément |
| 1950 | Le Torrent, recueil de nouvelles publié à compte d’auteur |
| 1953 | Le Tombeau des rois |
| 1954 | S’installe à Paris grâce à une bourse ; elle y vivra jusqu’en 1997 |
| 1958 | Les Chambres de bois, premier roman, aux Éditions du Seuil |
| 1960 | Mystère de la parole, précédé d’un essai, « Poésie, solitude rompue » |
| 1970 | Kamouraska, prix des Libraires de France |
| 1973 | Claude Jutra adapte Kamouraska au cinéma |
| 1982 | Les Fous de Bassan, prix Femina |
| 1992 | L’Enfant chargé de songes, prix du Gouverneur général |
| 1997-2000 | Retour au Québec ; mort à Montréal |
Œuvres principales
| Œuvre | Date | Genre |
|---|---|---|
| Les Songes en équilibre | 1942 | Poésie |
| Le Torrent | 1950 | Nouvelles |
| Le Tombeau des rois | 1953 | Poésie |
| Les Chambres de bois | 1958 | Roman |
| Mystère de la parole | 1960 | Poésie |
| Le Temps sauvage | 1966 | Théâtre |
| Kamouraska | 1970 | Roman |
| Les Enfants du sabbat | 1975 | Roman |
| Héloïse | 1980 | Roman |
| Les Fous de Bassan | 1982 | Roman |
| Le Premier Jardin | 1988 | Roman |
| L’Enfant chargé de songes | 1992 | Roman |
| Le Jour n’a d’égal que la nuit | 1992 | Poésie |
| Un habit de lumière | 1999 | Roman |
Le Torrent et Le Tombeau des rois
Le Torrent, nouvelle-titre du recueil de 1950, raconte l’histoire de François, élevé par une mère d’une dureté inflexible qui le destine à la prêtrise ; l’enfant, devenu sourd après qu’elle l’a frappé, finit par se révolter avec violence. On y a vu une image de la société québécoise étouffée par le catholicisme et le conformisme de l’époque, celle de la « grande noirceur ».
Le Tombeau des rois est un recueil de vers libres, brefs et dépouillés, où la poète descend symboliquement dans le tombeau de ses ancêtres pour s’en libérer. Il est devenu l’un des textes fondateurs de la poésie québécoise moderne.
Kamouraska (1970)
Le roman s’inspire d’un fait divers réel de 1839. Élisabeth d’Aulnières, mariée très jeune à Antoine Tassy, seigneur de Kamouraska, brutal et alcoolique, tombe amoureuse d’un médecin américain, George Nelson. Les amants décident de tuer le mari ; Nelson l’assassine en plein hiver, puis s’enfuit aux États-Unis. Des années plus tard, remariée à un notaire de Québec et veillant son second mari mourant, Élisabeth revit dans un demi-rêve sa passion et le crime. Le récit, qui mêle les époques et passe du « je » au « elle », est un sommet du roman québécois.
Les Fous de Bassan (1982)
Dans le village anglophone et protestant de Griffin Creek, sur la côte de la Gaspésie, deux jeunes cousines, Nora et Olivia Atkins, disparaissent un soir d’août 1936. Le roman fait entendre successivement plusieurs voix : le pasteur, l’assassin Stevens Brown, les victimes elles-mêmes. Le titre désigne les oiseaux marins qui peuplent l’île Bonaventure, dont les cris accompagnent le drame. Le roman obtient le prix Femina et est adapté au cinéma par Yves Simoneau en 1987.
Style
- La densité poétique de la prose, même dans les romans.
- La polyphonie : plusieurs narrateurs, alternance des pronoms et des temps.
- Le symbolisme des éléments : l’eau, le feu, le vent, la mer.
- Une écriture du corps, sensuelle et violente.
Thèmes
- L’enfermement : maisons closes, chambres, couvents, familles étouffantes.
- La révolte contre la mère, le père, l’Église ou le mari.
- Le désir féminin et sa répression.
- La violence et le crime, souvent issus du refoulement.
- La mémoire et le passé qui ressurgit.
Dans le paysage littéraire, elle se situe à côté de Gabrielle Roy, plus réaliste, et annonce les grandes œuvres de la Révolution tranquille, dont le théâtre de Michel Tremblay.
Questions fréquentes
Kamouraska est-il inspiré d’une histoire vraie ?
Oui. Le meurtre d’Achille Taché, seigneur de Kamouraska, par le médecin George Holmes en 1839, avec la complicité présumée de l’épouse, Joséphine-Éléonore d’Estimauville, a servi de point de départ. Anne Hébert a changé les noms et transformé l’histoire.
Pourquoi Anne Hébert a-t-elle vécu à Paris ?
Elle s’y est installée en 1954 pour trouver la liberté d’écrire et un milieu éditorial plus ouvert. Ses romans ont tous été publiés à Paris, aux Éditions du Seuil.
Quel était le lien entre Anne Hébert et Saint-Denys Garneau ?
Ils étaient cousins. Saint-Denys Garneau, auteur de Regards et jeux dans l’espace (1937), a joué un rôle important dans sa formation littéraire ; sa mort, en 1943, l’a profondément touchée.
Quel livre d’Anne Hébert lire en premier ?
Kamouraska, son roman le plus célèbre, ou le recueil Le Torrent pour découvrir l’univers de ses débuts.