Littérature · Auteurs
Romain Gary
Romain Gary (1914-1980) est un romancier français, aviateur de la France libre et diplomate. Il est le seul écrivain à avoir reçu deux fois le prix Goncourt, en 1956 sous son nom et en 1975 sous le pseudonyme d’Émile Ajar.
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Romain Gary, de son nom de naissance Roman Kacew, né le 21 mai 1914 à Vilnius (alors dans l’Empire russe) et mort à Paris le 2 décembre 1980, est un écrivain français à la vie romanesque. Héros de l’aviation de la France libre, Compagnon de la Libération, diplomate, réalisateur, il a publié une trentaine de livres sous plusieurs noms. Son plus grand coup d’éclat est posthume : la révélation qu’Émile Ajar, lauréat du Goncourt 1975 pour La Vie devant soi, n’était autre que lui.
Biographie
| Date | Événement |
|---|---|
| 1914 | Naissance à Vilnius dans une famille juive ; élevé par sa mère, Mina Owczyńska |
| 1928 | Après Varsovie, s’installe avec sa mère à Nice |
| 1935 | Naturalisé français ; études de droit à Aix-en-Provence et à Paris |
| 1940 | Rejoint de Gaulle à Londres ; navigateur-bombardier dans les Forces aériennes françaises libres |
| 1944 | Compagnon de la Libération ; sa mère est morte en 1941 sans qu’il le sache |
| 1945 | Éducation européenne, premier roman, sur la résistance polonaise ; entre dans la diplomatie |
| 1945-1960 | Diplomate : Sofia, Berne, ONU à New York, consul général à Los Angeles |
| 1956 | Les Racines du ciel, prix Goncourt |
| 1960 | La Promesse de l’aube |
| 1962-1970 | Marié à l’actrice américaine Jean Seberg |
| 1970 | Chien blanc |
| 1974 | Gros-Câlin, premier roman signé Émile Ajar |
| 1975 | La Vie devant soi, prix Goncourt sous le nom d’Ajar ; son petit-cousin Paul Pavlowitch incarne l’auteur auprès des journalistes |
| 1980 | Les Cerfs-volants ; se suicide à Paris le 2 décembre |
| 1981 | Publication de Vie et mort d’Émile Ajar, où il révèle la supercherie |
Œuvres principales
| Œuvre | Date | Genre |
|---|---|---|
| Éducation européenne | 1945 | Roman (prix des Critiques) |
| Les Racines du ciel | 1956 | Roman, prix Goncourt |
| La Promesse de l’aube | 1960 | Récit autobiographique |
| Lady L. | 1963 | Roman |
| La Danse de Gengis Cohn | 1967 | Roman |
| Chien blanc | 1970 | Récit |
| Gros-Câlin (Ajar) | 1974 | Roman |
| La Vie devant soi (Ajar) | 1975 | Roman, prix Goncourt |
| Pseudo (Ajar) | 1976 | Récit |
| Clair de femme | 1977 | Roman |
| L’Angoisse du roi Salomon (Ajar) | 1979 | Roman |
| Les Cerfs-volants | 1980 | Roman |
| Vie et mort d’Émile Ajar | 1981 (posthume) | Texte d’aveu |
La Promesse de l’aube (1960)
Gary y raconte son enfance et sa jeunesse à Vilnius, Varsovie puis Nice, dominées par l’amour exclusif et démesuré de sa mère. Celle-ci, seule et pauvre, lui prédit un destin de héros, d’ambassadeur et de grand écrivain ; il passe sa vie à tenir cette promesse. Le livre se clôt sur une révélation bouleversante : pendant la guerre, il recevait des lettres de sa mère, qu’elle avait écrites à l’avance avant de mourir, pour qu’il continue à se battre. Le récit mêle humour, tendresse et lucidité. Il a été adapté au cinéma par Jules Dassin (1970) puis par Éric Barbier (2017).
Les Racines du ciel (1956)
En Afrique-Équatoriale française, Morel, ancien déporté, mène une croisade pour la protection des éléphants menacés par les chasseurs. Sa cause devient le symbole d’une défense de la liberté et de la dignité humaines. Ce roman est souvent cité comme l’un des premiers grands romans écologistes.
La Vie devant soi et l’affaire Ajar
À Belleville, Momo, un garçon arabe d’une dizaine d’années, est élevé par Madame Rosa, une ancienne prostituée juive rescapée d’Auschwitz qui garde les enfants de « femmes qui se défendent ». Le roman, raconté par Momo dans une langue faussement maladroite, pleine d’expressions déformées, suit la fin de vie de Madame Rosa. Le jury Goncourt le couronne sans savoir qui est l’auteur. Le règlement interdisant de recevoir deux fois le prix, Gary garde le secret jusqu’à sa mort. Il voulait échapper à l’image figée que la critique avait de lui et prouver qu’il pouvait renaître sous un autre nom.
Style et thèmes
- L’humour face au tragique : Gary affronte le tragique (guerre, Shoah, racisme, vieillesse) avec ironie et tendresse.
- Le jeu des identités : pseudonymes (Fosco Sinibaldi, Shatan Bogat, Émile Ajar), personnages qui se réinventent.
- L’humanisme et la défense de la dignité, contre tous les fanatismes.
- La mère et l’amour maternel, thème central de La Promesse de l’aube et de La Vie devant soi.
- La nature et les animaux (Les Racines du ciel, Chien blanc, sur un chien dressé à attaquer les Noirs aux États-Unis).
- La Seconde Guerre mondiale et la Résistance, qu’il a vécues de l’intérieur.
Comme Saint-Exupéry, autre aviateur-écrivain, Gary fait de l’action et de l’écriture deux formes d’un même engagement.
Questions fréquentes
Pourquoi Romain Gary a-t-il eu deux prix Goncourt ?
Le Goncourt ne peut être attribué qu’une fois au même auteur. Gary l’a reçu en 1956 pour Les Racines du ciel, puis en 1975 pour La Vie devant soi, publié sous le pseudonyme d’Émile Ajar. Le jury ignorait la véritable identité de l’auteur, révélée seulement après sa mort.
Qui jouait le rôle d’Émile Ajar ?
Paul Pavlowitch, petit-cousin de Gary, a accepté d’incarner Ajar face aux éditeurs et à la presse, jusqu’à donner des interviews.
Quel est le vrai nom de Romain Gary ?
Roman Kacew. « Gary » signifie « brûle ! » en russe, à l’impératif, ce que Gary a lui-même relevé.
Pourquoi Romain Gary s’est-il suicidé ?
Il s’est donné la mort par arme à feu le 2 décembre 1980, à 66 ans. Il a laissé un mot précisant que son geste n’avait aucun rapport avec Jean Seberg, morte l’année précédente. Il y évoquait l’épuisement et le sentiment d’avoir dit ce qu’il avait à dire.