Langue française · Origine des expressions
Revenons à nos moutons
« Revenons à nos moutons » signifie revenons à notre sujet, après une digression. L’expression vient de la Farce de Maître Pathelin, comédie du XVe siècle où un juge tente de ramener un procès embrouillé à son objet : des moutons volés.
Mis à jour le 3 min de lecture
Revenons à nos moutons est une formule pour reprendre le fil d’une conversation après s’en être écarté : Assez parlé de vacances, revenons à nos moutons : le budget. Son origine est l’une des mieux connues du français, puisqu’elle vient d’une pièce de théâtre médiévale encore lue aujourd’hui.
Sens et emploi
La formule s’emploie après une digression, pour recentrer une discussion, une réunion ou un exposé. Elle est souvent un peu enjouée et désamorce la tension : on signale qu’on s’est égaré sans le reprocher à personne. Elle se conjugue : revenons-en à nos moutons, il revient toujours à ses moutons (il ramène tout à son idée fixe).
Origine attestée : la Farce de Maître Pathelin
La Farce de Maître Pathelin est une comédie anonyme composée vers 1456-1469, l’un des chefs-d’œuvre du théâtre comique médiéval (voir la littérature médiévale). L’intrigue repose sur deux tromperies :
- L’avocat sans clients Pathelin escroque le drapier Guillaume Joceaulme en lui achetant du drap à crédit, puis en simulant la folie pour ne jamais payer.
- Le même drapier poursuit en justice son berger, Thibault l’Agnelet, qui lui a volé et mangé des moutons. Le berger prend Pathelin pour avocat.
Lors du procès, le drapier reconnaît en Pathelin l’homme qui lui a volé son drap. Il mélange alors les deux affaires et passe sans cesse du drap aux moutons. Le juge, excédé, le rappelle à l’ordre et lui enjoint de revenir à ces moutons, objet réel du procès. La réplique, prononcée plusieurs fois, est devenue proverbiale.
La reprise par Rabelais
Au XVIe siècle, la formule circule déjà comme une locution proverbiale. Rabelais, grand lecteur de la farce, l’emploie (notamment sous la forme retournons à nos moutons) et contribue à la fixer dans la langue littéraire. Depuis, la locution n’a plus quitté l’usage.
Exemples
Équivalents et synonymes
| Langue | Équivalent | Sens littéral |
|---|---|---|
| Anglais | let’s get back to the point, back to the matter at hand | revenons au point |
| Espagnol | volvamos a lo nuestro | revenons à ce qui nous concerne |
| Italien | torniamo a bomba | revenons à la bombe (au point de départ) |
| Allemand | zurück zum Thema | retour au sujet |
En français : revenons-en au fait, reprenons le fil, revenons à notre sujet, trêve de bavardage, fermons la parenthèse. L’attitude inverse, passer brusquement d’un sujet à un autre, se dit sauter du coq à l’âne.
Questions fréquentes
D’où vient « revenons à nos moutons » ?
De la Farce de Maître Pathelin (XVe siècle) : pendant un procès pour des moutons volés, un drapier mélange cette affaire avec celle de son drap ; le juge lui ordonne de revenir aux moutons.
Faut-il dire « revenons à nos moutons » ou « retournons à nos moutons » ?
Les deux existent. Revenons à nos moutons est la forme la plus courante aujourd’hui ; retournons à nos moutons est une variante ancienne, encore comprise.
L’expression est-elle familière ?
Non, elle appartient au registre courant et peut s’employer en réunion, dans un discours ou à l’écrit, avec une nuance légèrement plaisante.
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