Langue française · Origine des expressions
Avoir une dent contre quelqu’un
Avoir une dent contre quelqu’un, c’est lui en vouloir et lui garder rancune pour un tort, réel ou supposé. L’image, ancienne, est celle de la dent qui mord : on reste prêt à attaquer.
Mis à jour le 3 min de lecture
Avoir une dent contre quelqu’un signifie éprouver envers lui une rancune durable : Elle a une dent contre son ancien associé depuis la vente de l’entreprise. L’expression ne décrit pas une colère passagère, mais un ressentiment qui dure et qui attend parfois l’occasion de se manifester.
Sens et emploi
L’expression suppose un motif : une offense, une injustice, une rivalité. Celui qui « a une dent » contre un autre ne l’agresse pas forcément ; il lui est hostile, se méfie de lui, peut lui nuire à la première occasion. Le registre est courant : on l’emploie à l’oral comme à l’écrit, y compris dans la presse.
Constructions usuelles :
- avoir une dent contre quelqu’un (la forme normale) ;
- garder une dent contre quelqu’un, qui insiste sur la durée ;
- plus rare : avoir une dent contre quelque chose (une institution, une mode, une réforme).
On ne dit pas « avoir des dents contre » : le singulier est figé.
Origine de l’expression
Ce qui est attesté
La dent est depuis longtemps en français le symbole de l’agressivité : on montre les dents pour menacer, on déchire à belles dents une personne qu’on critique, on est sur les dents quand on est tendu. L’idée de rancune associée à la dent apparaît dans des tournures anciennes : les dictionnaires historiques relèvent dès le XVIe siècle des formes comme garder une dent ou avoir une dent de lait contre quelqu’un, cette dernière désignant une rancune très ancienne, remontant pour ainsi dire à l’enfance.
La forme simple avoir une dent contre quelqu’un s’est imposée ensuite et reste la seule vivante aujourd’hui.
L’image
Deux lectures, compatibles, sont généralement proposées :
| Lecture | Ce qu’elle suppose | Fiabilité |
|---|---|---|
| La dent qui mord | Avoir une dent contre quelqu’un, c’est garder en réserve de quoi le mordre, l’attaquer | la plus admise, cohérente avec les autres locutions |
| La dent de lait | Dans avoir une dent de lait contre, la rancune est aussi vieille qu’une dent d’enfant | attestée comme variante ancienne, mais disparue |
Exemples
Synonymes et équivalents
En français : en vouloir à quelqu’un, garder rancune, avoir quelqu’un dans le nez (familier), ne pas pouvoir sentir quelqu’un (familier), nourrir du ressentiment (soutenu). Pour une hostilité ouverte, on parlera plutôt d'avoir maille à partir avec quelqu’un, c’est-à-dire d’être en conflit avec lui.
| Langue | Équivalent | Sens littéral |
|---|---|---|
| Anglais | to have a grudge against someone, to bear a grudge | porter une rancune |
| Anglais (familier) | to have it in for someone | l’avoir dans le collimateur |
| Espagnol | tenerle manía a alguien | avoir une manie contre quelqu’un |
| Italien | avercela con qualcuno | « l’avoir » avec quelqu’un |
Au Québec, l’expression est employée telle quelle ; on entend aussi en vouloir à quelqu’un et, familièrement, avoir quelqu’un dans le collimateur.
Questions fréquentes
Quelle différence entre avoir une dent contre quelqu’un et en vouloir à quelqu’un ?
Le sens est presque identique. En vouloir peut désigner un reproche ponctuel (je lui en veux d’avoir oublié), alors qu'avoir une dent contre suggère une rancune installée, parfois disproportionnée.
Peut-on dire « avoir une dent contre quelque chose » ?
Oui, l’emploi est correct, même s’il est moins fréquent : il a une dent contre les radars automatiques. Il exprime alors une hostilité de principe.
D’où vient « être sur les dents » ?
C’est une autre expression de la même famille : elle se disait d’abord d’un cheval épuisé, puis d’une personne tendue ou surmenée. Elle n’a pas le sens de rancune.
Pour d’autres locutions et leur histoire, voir la liste des expressions françaises et leur origine et le quiz des expressions françaises.