Arts · Peintres et sculpteurs
La tapisserie de Bayeux
La tapisserie de Bayeux est une broderie de laine sur lin d’environ 70 mètres, réalisée vers 1070. Elle raconte la conquête de l’Angleterre par Guillaume de Normandie et la bataille d’Hastings (1066).
Mis à jour le 4 min de lecture
La tapisserie de Bayeux, aussi appelée tapisserie de la reine Mathilde, est l’une des œuvres les plus extraordinaires du Moyen Âge. Longue d’environ 70 mètres pour une cinquantaine de centimètres de haut, elle déroule comme une bande dessinée les événements de 1064 à 1066 qui conduisent Guillaume le Conquérant, duc de Normandie, à s’emparer du trône d’Angleterre. Réalisée vers 1070, probablement en Angleterre, elle est conservée à Bayeux, en Normandie. Elle est inscrite depuis 2007 au registre Mémoire du monde de l’Unesco.
Fiche technique
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Longueur | environ 68,4 à 70 mètres (la fin est perdue) |
| Hauteur | environ 50 centimètres |
| Support | neuf panneaux de toile de lin cousus ensemble |
| Fils | laine teinte, en une dizaine de couleurs (dont garance, gaude et guède) |
| Points | point de tige pour les contours, point de Bayeux (couchure) pour les aplats |
| Date | vers 1070 – 1080 |
| Lieu de fabrication probable | Angleterre, peut-être Cantorbéry |
| Contenu | 58 scènes environ, plus de 600 personnages, plus de 200 chevaux, des navires, des inscriptions latines |
| Lieu de conservation | Musée de la Tapisserie de Bayeux |
Les événements racontés
Le serment d’Harold (1064)
Le roi d’Angleterre Édouard le Confesseur, sans enfant, envoie son beau-frère, le puissant comte Harold Godwinson, en Normandie. Harold fait naufrage sur les côtes du Ponthieu, est capturé, puis libéré par Guillaume. Il accompagne le duc dans une expédition en Bretagne, puis, à Bayeux, prête serment sur des reliques sacrées, promettant de soutenir les droits de Guillaume à la couronne.
Le couronnement d’Harold (janvier 1066)
À la mort d’Édouard, en janvier 1066, Harold se fait couronner roi. Pour les Normands, il est un parjure. Une comète apparaît dans le ciel : c’est la comète de Halley, passée au printemps 1066, présentée comme un mauvais présage. Les inscriptions disent que les gens admirent l’étoile.
Les préparatifs de l’invasion
Guillaume fait abattre des arbres, construire une flotte, charger armes, vivres et chevaux. L’armée traverse la Manche à la fin de septembre 1066 et débarque à Pevensey. Les Normands construisent un château à Hastings et pillent la région.
La bataille d’Hastings (14 octobre 1066)
Près de la moitié de la broderie est consacrée à la bataille. La cavalerie normande charge le mur de boucliers des fantassins anglo-saxons armés de haches. Guillaume, que l’on croit mort, soulève son casque pour montrer son visage à ses troupes. Harold meurt, peut-être frappé d’une flèche à l’œil : la scène est célèbre, mais son interprétation est discutée, car la figure a été restaurée. Les Anglais s’enfuient.
La fin est perdue : elle montrait sans doute le couronnement de Guillaume à Westminster, le jour de Noël 1066.
Le commanditaire
Une tradition du XVIIIe siècle attribue l’œuvre à la reine Mathilde, épouse de Guillaume, et à ses dames de compagnie : d’où son nom de « tapisserie de la reine Mathilde ». Les historiens pensent aujourd’hui que le commanditaire est plus probablement Odon de Bayeux (ou de Conteville), demi-frère de Guillaume, évêque de Bayeux et comte de Kent, qui apparaît en bonne place dans la broderie. Il l’aurait fait réaliser par des brodeuses anglaises, réputées dans toute l’Europe, pour l’inauguration de la cathédrale de Bayeux en 1077.
Un document unique
La tapisserie est une source historique précieuse :
- sur les armes et l’équipement : cottes de mailles, casques à nasal, boucliers en amande, lances, haches ;
- sur la vie quotidienne : repas, chasse au faucon, agriculture, construction navale ;
- sur la propagande : elle présente le point de vue normand, Harold étant montré comme parjure, et justifie la conquête.
Les bordures supérieure et inférieure sont ornées d’animaux réels ou fabuleux, de scènes de fables d’Ésope, de scènes de la vie rurale et, pendant la bataille, de cadavres et de pillards.
L’histoire de l’œuvre
Conservée pendant des siècles dans la cathédrale de Bayeux, où elle était exposée une fois par an autour de la nef, la broderie est redécouverte par les érudits au début du XVIIIe siècle. Pendant la Révolution, elle manque d’être découpée pour couvrir des chariots militaires. Napoléon la fait exposer à Paris en 1803 – 1804 pour préparer l’opinion à une invasion de l’Angleterre. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les nazis, qui s’y intéressent, la font étudier ; elle est mise à l’abri, puis transférée au Louvre en 1944 avant de revenir à Bayeux.
Elle est exposée à partir de 1983 au Centre Guillaume-le-Conquérant, à Bayeux. Le musée a fermé en septembre 2025 pour un réaménagement complet. Un prêt exceptionnel au British Museum de Londres, annoncé en 2025 pour la période des travaux, a suscité un vif débat sur les risques de transport d’une œuvre aussi fragile.
Questions fréquentes
Où voir la tapisserie de Bayeux ?
Elle est conservée au musée de la Tapisserie de Bayeux, en Normandie, en cours de réaménagement depuis 2025 ; pendant les travaux, il faut se renseigner sur son lieu d’exposition. Une copie victorienne complète, réalisée en 1885 par des brodeuses anglaises, se trouve au musée de Reading, en Angleterre.
Qui a fait la tapisserie de Bayeux ?
On ne connaît pas les noms des brodeuses. L’œuvre a très probablement été commandée par l’évêque Odon de Bayeux et réalisée par des ateliers anglais, peut-être à Cantorbéry, vers 1070.
Que raconte la tapisserie de Bayeux ?
La conquête de l’Angleterre par Guillaume, duc de Normandie : le serment d’Harold, son couronnement, les préparatifs de l’invasion, la traversée de la Manche et la bataille d’Hastings du 14 octobre 1066.
Pourquoi l’appelle-t-on tapisserie de la reine Mathilde ?
À cause d’une tradition tardive, sans fondement historique, qui attribuait la broderie à la femme de Guillaume le Conquérant et à ses suivantes.