Arts · Peintres et sculpteurs
Paul Gauguin
Paul Gauguin (1848-1903) est un peintre post-impressionniste français. Inventeur du synthétisme à Pont-Aven, il a cherché en Polynésie un art « primitif » aux couleurs pures qui a ouvert la voie à la peinture moderne.
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Paul Gauguin, né à Paris le 7 juin 1848 et mort à Atuona, sur l’île de Hiva Oa (archipel des Marquises), le 8 mai 1903, est avec Van Gogh et Cézanne l’une des trois grandes figures du post-impressionnisme. Agent de change devenu peintre à plein temps à 35 ans, il rompt avec l’imitation de la nature pour une peinture d’aplats de couleur, de symboles et de rêves. Sa vie en Polynésie, longtemps mythifiée, fait aujourd’hui l’objet d’un regard critique.
Repères chronologiques
| Date | Événement |
|---|---|
| 7 juin 1848 | Naissance à Paris ; petit-fils de la militante Flora Tristan |
| 1849 – 1854 | Enfance à Lima, au Pérou, chez des parents de sa mère |
| 1865 – 1871 | Marin dans la marine marchande puis la marine nationale |
| 1872 – 1882 | Agent de change à Paris ; peintre amateur et collectionneur |
| 1873 | Épouse la Danoise Mette Gad ; cinq enfants |
| 1879 – 1886 | Expose aux expositions impressionnistes, aidé par Pissarro |
| 1886 | Premier séjour à Pont-Aven, en Bretagne |
| 1887 | Séjour au Panama et en Martinique |
| 1888 | La Vision après le sermon ; deux mois à Arles avec Van Gogh |
| 1889 | Exposition du café Volpini ; Le Christ jaune |
| 1891 – 1893 | Premier séjour à Tahiti |
| 1895 | Départ définitif pour Tahiti |
| 1897 – 1898 | D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? |
| 1901 | Installation à Atuona, aux Marquises |
| 8 mai 1903 | Mort à Atuona |
La vie de Gauguin
Le boursier qui voulait peindre
Gauguin mène d’abord une vie bourgeoise d’agent de change. Il peint le dimanche, achète des tableaux impressionnistes et se lie avec Camille Pissarro, qui le fait exposer avec le groupe. Le krach boursier de 1882 le pousse à se consacrer entièrement à la peinture. La gêne financière disloque son ménage : sa femme repart au Danemark avec les enfants.
Pont-Aven et le synthétisme
En Bretagne, où la vie est bon marché, Gauguin anime un groupe de peintres, l'école de Pont-Aven. Avec Émile Bernard, il élabore le synthétisme : formes simplifiées cernées de traits sombres, aplats de couleurs pures, inspirés du vitrail, de l’estampe japonaise et de l’art populaire. La Vision après le sermon (1888), où des Bretonnes voient Jacob lutter avec l’ange sur un fond rouge vif, en est le manifeste. Le peintre Paul Sérusier, conseillé par lui, peint Le Talisman, à l’origine du groupe des nabis.
Arles avec Van Gogh
À l’automne 1888, Gauguin rejoint Van Gogh dans la Maison jaune d’Arles. La cohabitation, intense et conflictuelle, prend fin le 23 décembre 1888, quand Van Gogh, en pleine crise, se mutile l’oreille. Gauguin repart à Paris.
La Polynésie
En quête d’un monde « primitif » et préservé, Gauguin part pour Tahiti en 1891. Il découvre une société déjà profondément transformée par la colonisation et les missions, et réinvente en peinture un paradis polynésien mêlé de mythes et de symboles. De retour à Paris en 1893, il expose sans grand succès et rédige le récit Noa Noa. Reparti en 1895, malade, endetté, il tente de se suicider après avoir achevé sa grande toile-testament, D’où venons-nous ?. Aux Marquises, il entre en conflit avec l’administration coloniale et l’Église, et meurt à 54 ans.
Le style de Gauguin
- La couleur arbitraire : il peint un arbre rouge ou un sol rose s’il le juge expressif ; la couleur sert l’émotion, non la ressemblance.
- Les aplats et le cerne : surfaces unies, contours marqués, peu de perspective.
- Le symbolisme : scènes religieuses, mythes polynésiens, allégories de la vie et de la mort.
- Le « primitivisme » : recherche d’un art non occidental, puisant dans la Bretagne rurale, l’Égypte, Java ou la Polynésie.
- Une pratique multiple : peinture, sculpture sur bois, céramique, gravure sur bois.
Œuvres majeures de Gauguin
| Titre | Date | Lieu de conservation |
|---|---|---|
| La Vision après le sermon | 1888 | National Gallery of Scotland, Édimbourg |
| Le Christ jaune | 1889 | Buffalo AKG Art Museum, Buffalo |
| La Belle Angèle | 1889 | Musée d’Orsay, Paris |
| Femmes de Tahiti | 1891 | Musée d’Orsay, Paris |
| Ia Orana Maria | 1891 | Metropolitan Museum of Art, New York |
| Arearea | 1892 | Musée d’Orsay, Paris |
| Manao tupapau | 1892 | Buffalo AKG Art Museum, Buffalo |
| Nevermore | 1897 | Courtauld Gallery, Londres |
| D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? | 1897 – 1898 | Museum of Fine Arts, Boston |
| Le Cheval blanc | 1898 | Musée d’Orsay, Paris |
| Et l’or de leur corps | 1901 | Musée d’Orsay, Paris |
Un héritage controversé
Gauguin a profondément influencé les nabis, les fauves, notamment Matisse, et les expressionnistes allemands, ainsi que le jeune Picasso. Mais sa biographie suscite aujourd’hui des critiques : en Polynésie, il a eu des relations avec des adolescentes, dont Teha’amana, âgée d’environ 13 ans lorsqu’elle devint sa compagne, dans le cadre d’une domination coloniale qu’il dénonçait par ailleurs. Les grandes expositions récentes abordent explicitement ces questions.
Questions fréquentes
Pourquoi Gauguin est-il parti à Tahiti ?
Pour fuir une Europe qu’il jugeait corrompue par l’argent et la civilisation industrielle, vivre à moindre coût et trouver un art « primitif ». La réalité coloniale de l’île l’a déçu.
Où est enterré Gauguin ?
Au cimetière d’Atuona, sur l’île de Hiva Oa, aux Marquises, où repose aussi le chanteur Jacques Brel.
Quel lien entre Gauguin et Van Gogh ?
Ils ont vécu et peint ensemble à Arles d’octobre à décembre 1888, en s’admirant et en s’opposant. Leur correspondance et leurs tableaux de cette période sont étroitement liés.