Arts · Peintres et sculpteurs
Pierre Soulages
Pierre Soulages (1919-2022) est un peintre français, grande figure de l’abstraction. Connu comme le « peintre du noir », il invente en 1979 l’outrenoir, où la lumière naît des reliefs d’une surface entièrement noire.
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Pierre Soulages, né le 24 décembre 1919 à Rodez, dans l’Aveyron, et mort à Nîmes le 25 octobre 2022, à 102 ans, est l’un des peintres abstraits majeurs de la seconde moitié du XXe siècle. Dès ses débuts, il fait du noir sa couleur principale. En 1979, il découvre une nouvelle voie, qu’il appelle l'outrenoir : des toiles entièrement couvertes de noir, dont les stries, les sillons et les surfaces lisses ou rugueuses réfléchissent la lumière. Il est aussi l’auteur des 104 vitraux de l’abbatiale de Conques. En 2019, pour ses cent ans, il devient l’un des très rares artistes exposés au Louvre de leur vivant.
Repères chronologiques
| Date | Événement |
|---|---|
| 24 décembre 1919 | Naissance à Rodez, fils d’un carrossier |
| années 1930 | Découvre l’art roman de Conques et la préhistoire, qui le marquent durablement |
| 1938 | Admis à l’École des beaux-arts de Paris, qu’il quitte aussitôt |
| 1941 – 1946 | Études et vie à Montpellier ; rencontre Colette Llaurens, épousée en 1942 |
| 1946 | S’installe à Courbevoie, près de Paris |
| 1947 | Expose au Salon des surindépendants ses premières peintures au brou de noix |
| 1948 | Participe à une exposition de peinture abstraite française en Allemagne |
| 1949 | Première exposition personnelle à la galerie Lydia Conti, Paris |
| années 1950 | Reconnaissance internationale, notamment à New York (galerie Kootz) |
| janvier 1979 | Naissance de l’outrenoir, après une séance de travail sur une toile noire |
| 1987 – 1994 | Conçoit les 104 vitraux de l’abbatiale Sainte-Foy de Conques |
| 2009 | Rétrospective au Centre Pompidou |
| 2014 | Ouverture du musée Soulages à Rodez |
| 2019 | Exposition au musée du Louvre pour ses 100 ans |
| 25 octobre 2022 | Mort à Nîmes, à 102 ans |
La vie de Pierre Soulages
Né à Rodez, Soulages découvre adolescent l’abbatiale romane de Conques et les dolmens et statues-menhirs de l’Aveyron. Il dira que c’est devant Conques qu’il a décidé de consacrer sa vie à l’art. Venu à Paris, il est admis aux Beaux-Arts mais repart, déçu par l’enseignement, tout en découvrant au Louvre et dans les galeries Cézanne et Picasso.
Après la guerre, il s’installe en région parisienne avec sa femme Colette, qui sera sa compagne et sa collaboratrice pendant plus de quatre-vingts ans. Ses premières toiles abstraites, de larges traits sombres peints au brou de noix (teinture de bois tirée de l’écorce de noix), tranchent sur l’abstraction colorée de l’époque. Il connaît très vite un succès international, notamment aux États-Unis, en Allemagne et au Japon. À partir de 1959, il partage sa vie entre Paris et Sète, où il fait construire une maison face à la mer.
Le style de Soulages
Le noir
Soulages ne peint pas le noir comme une absence ou un deuil : pour lui, le noir est la couleur la plus intense, celle qui fait le mieux ressortir la lumière et les autres couleurs. Dans ses premières œuvres, de grands signes noirs se détachent sur des fonds clairs.
Les outils
Il fabrique ses propres outils : larges brosses de peintre en bâtiment, lames de caoutchouc, raclettes, morceaux de cuir, qui lui permettent de tirer, de racler, de strier la matière. Il refuse de parler de signes ou de calligraphie : ses traces sont des rythmes et des tensions.
L’outrenoir
En 1979, alors qu’il travaille depuis des heures sur une toile qu’il juge ratée, entièrement couverte de noir, il remarque que la lumière réfléchie par les reliefs de la peinture transforme le tableau. Il nomme cette découverte « outrenoir », comme on dit outre-Rhin ou outre-Manche : un pays au-delà du noir. Désormais, ses toiles sont des surfaces noires striées, lisses ou mates, souvent en polyptyques, dont l’aspect change selon la place du spectateur et la lumière.
Œuvres majeures de Pierre Soulages
| Titre | Date | Lieu de conservation |
|---|---|---|
| Peintures au brou de noix sur papier | 1946 – 1949 | Musée Soulages, Rodez |
| Grandes peintures à signes noirs sur fond clair | années 1950 | Centre Pompidou, Paris ; musées de New York, Londres et Tokyo |
| Donation de vingt toiles, de 1951 à 2004 | 2005 | Musée Fabre, Montpellier |
| Peinture, 324 x 362 cm, 1985 (polyptyque outrenoir) | 1985 | Centre Pompidou, Paris |
| Vitraux de l’abbatiale Sainte-Foy | 1987 – 1994 | Conques (Aveyron) |
| Donation de quelque 500 œuvres (peintures, brous de noix, estampes, travaux préparatoires de Conques) | 2005 | Musée Soulages, Rodez |
Soulages intitulait ses tableaux « Peinture » suivis de leurs dimensions et de la date d’achèvement : il refusait que le titre oriente le regard.
Les vitraux de Conques
De 1987 à 1994, Soulages conçoit les 104 vitraux de l’abbatiale romane Sainte-Foy de Conques, étape sur les chemins de Compostelle. Après des centaines d’essais avec le maître verrier Jean-Dominique Fleury, il met au point un verre translucide mais non transparent, qui diffuse une lumière blanche et variable sans images ni couleurs. Les bandes de plomb, obliques et souples, prolongent l'architecture romane.
L’héritage
Soulages est l’un des peintres français les plus reconnus internationalement de sa génération. Le musée Soulages de Rodez, ouvert en 2014, conserve la donation de l’artiste et de sa femme ; le musée Fabre de Montpellier lui consacre des salles permanentes. Ses œuvres comptent parmi les plus chères de l’art français contemporain.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que l’outrenoir ?
Un mot inventé par Soulages pour désigner sa peinture à partir de 1979 : des toiles entièrement noires où la lumière, réfléchie par les reliefs et les textures, devient le véritable matériau du tableau.
Pourquoi Soulages peignait-il en noir ?
Parce qu’il voyait dans le noir la couleur la plus intense et la plus lumineuse par contraste. Il racontait avoir aimé le noir dès l’enfance, notamment en traçant de grands traits d’encre sur du papier blanc.
Où voir des tableaux de Soulages ?
Au musée Soulages de Rodez, au musée Fabre de Montpellier, au Centre Pompidou à Paris, et dans de grands musées étrangers. Les vitraux de Conques sont visibles toute l’année.
Soulages a-t-il été exposé au Louvre ?
Oui, en 2019, pour son centenaire, dans le salon Carré. Il est l’un des rares artistes à avoir été exposé au Louvre de son vivant, après Picasso et Chagall.