Arts · Peintres et sculpteurs
Le Cri
Le Cri est une œuvre d’Edvard Munch dont la version la plus connue date de 1893. Une figure aux mains sur le visage, sous un ciel rouge sang, y incarne l’angoisse de l’homme moderne.
Mis à jour le 4 min de lecture
Le Cri (en norvégien Skrik) est une œuvre du peintre norvégien Edvard Munch, dont la version la plus célèbre, peinte en 1893 à la détrempe et au pastel sur carton (91 × 73,5 cm), est conservée au Musée national d’Oslo. Sur un pont dominant un fjord, une figure blafarde, les mains plaquées sur les oreilles, semble hurler sous un ciel aux ondulations rouge-orangé. Munch en a fait plusieurs versions. Le tableau est devenu l’une des images les plus reproduites et parodiées de l’histoire de l’art.
| Fiche de l’œuvre (version de 1893) | |
|---|---|
| Artiste | Edvard Munch (1863-1944) |
| Titre original | Skrik ; d’abord exposé en allemand sous le titre Der Schrei der Natur (« Le Cri de la nature ») |
| Date | 1893 |
| Technique | Détrempe et pastel sur carton |
| Dimensions | 91 × 73,5 cm |
| Conservation | Musée national, Oslo |
L’origine du tableau
Munch décrit l’expérience à l’origine de l’œuvre dans un texte de son journal, daté de 1892, dont il existe plusieurs versions : il se promenait au coucher du soleil avec deux amis ; le ciel devint soudain rouge sang ; il s’arrêta, épuisé, appuyé à une barrière, tandis que ses amis continuaient ; il sentit alors un « cri infini traverser la nature ».
Le paysage correspond à la colline d'Ekeberg, qui domine Oslo (alors Kristiania) et son fjord. Le motif apparaît d’abord dans une toile de 1892, Désespoir, avant de devenir Le Cri. L’œuvre fait partie de la Frise de la vie, cycle de Munch sur l’amour, l’angoisse et la mort.
Description
- La figure au premier plan, réduite à une silhouette sinueuse, sans cheveux, au visage en forme de crâne, aux yeux et à la bouche ronds, se tient la tête.
- Le pont et sa balustrade forment une diagonale brutale qui traverse la toile vers la gauche.
- Les deux promeneurs, à l’arrière-plan, s’éloignent, indifférents.
- Le paysage du fjord et des collines, en bleus sombres, et le ciel en bandes rouges et orangées ondulent comme la figure.
Analyse et signification
Contrairement à une idée répandue, la figure ne crie pas : selon le texte de Munch, elle entend le cri de la nature et se bouche les oreilles. Le tableau ne représente pas une scène mais une sensation : l’angoisse qui déforme la perception du monde.
- Les lignes ondulantes relient la figure au paysage : l’angoisse intérieure contamine tout l’espace.
- Le contraste entre les lignes courbes de la nature et la droite rigide du pont crée une tension.
- La couleur est symbolique et non descriptive.
Ce choix d’exprimer l’émotion par la déformation des formes et des couleurs fait du Cri une œuvre fondatrice de l'expressionnisme. On y a vu l’emblème de l’angoisse existentielle du XXe siècle.
Pourquoi le ciel est-il rouge ?
Plusieurs hypothèses ont été proposées : souvenir des couchers de soleil spectaculaires observés en Europe après l’éruption du Krakatoa (1883), nuages nacrés propres aux latitudes nordiques, ou simple choix expressif. Aucune n’est démontrée, et l’interprétation symbolique reste la plus partagée.
Les versions du Cri
| Version | Date | Technique | Lieu |
|---|---|---|---|
| Peinture | 1893 | Détrempe et pastel sur carton | Musée national, Oslo |
| Dessin | 1893 | Pastel ou crayon sur carton | Musée Munch, Oslo |
| Pastel | 1895 | Pastel sur carton | Collection particulière |
| Lithographie | 1895 | Estampe en noir, tirages multiples | Musée Munch et autres |
| Peinture | 1910 (date discutée) | Détrempe sur carton | Musée Munch, Oslo |
Le pastel de 1895, le seul resté en mains privées, a été adjugé 119,9 millions de dollars chez Sotheby’s à New York le 2 mai 2012, alors record mondial pour une œuvre vendue aux enchères.
Les vols du Cri
- 12 février 1994 : le jour de l’ouverture des Jeux olympiques de Lillehammer, deux hommes volent la version de 1893 à la Galerie nationale d’Oslo, en laissant un message ironique. Le tableau est retrouvé intact en mai 1994.
- 22 août 2004 : des hommes armés emportent en plein jour, au musée Munch, la version de 1910 et la Madone. Les deux œuvres sont retrouvées en août 2006, endommagées, puis restaurées.
L’inscription au crayon
Dans le coin supérieur gauche de la version de 1893, on lit une petite phrase en norvégien : « Ne peut avoir été peint que par un fou ». Longtemps attribuée à un visiteur malveillant, elle a été identifiée en 2021 par le Musée national comme étant de la main de Munch lui-même, probablement après les critiques qui mettaient en doute sa santé mentale.
Questions fréquentes
Où voir Le Cri de Munch ?
À Oslo : la peinture de 1893 au Musée national, le dessin de 1893 et la version de 1910 au musée Munch (MUNCH). Les versions fragiles sont présentées par roulement pour les protéger de la lumière.
Combien y a-t-il de versions du Cri ?
Munch a réalisé quatre versions principales (deux peintures, un pastel et un dessin), auxquelles s’ajoute une lithographie tirée à plusieurs exemplaires.
Le Cri a-t-il inspiré la culture populaire ?
Oui : il a été reproduit, parodié et détourné d’innombrables fois, notamment dans la publicité et par Andy Warhol, et il a inspiré le masque du film d’horreur Scream (1996).