Arts · Peintres et sculpteurs
La Victoire de Samothrace
La Victoire de Samothrace est une statue grecque de marbre représentant Niké, déesse de la victoire, sur une proue de navire. Sculptée vers 190 av. J.-C., elle domine l’escalier Daru du Louvre.
Mis à jour le 4 min de lecture
La Victoire de Samothrace est un chef-d’œuvre de la sculpture grecque hellénistique et l’une des œuvres phares du musée du Louvre. Elle représente Niké, la déesse ailée de la Victoire, qui se pose à la proue d’un navire de guerre, les ailes déployées, la tunique plaquée sur le corps par le vent du large. Sculptée vers 190 av. J.-C., elle a été découverte en 1863 sur l’île de Samothrace, dans le nord de la mer Égée. Sans tête ni bras, elle impressionne par son mouvement et sa puissance, au sommet du grand escalier Daru.
La découverte
En 1863, Charles Champoiseau, consul de France à Andrinople (aujourd’hui Edirne, en Turquie), mène des fouilles sur l’île de Samothrace, alors ottomane. Dans le sanctuaire des Grands Dieux, un lieu de culte à mystères réputé dans toute la Grèce, il découvre le buste et de nombreux fragments de draperie en marbre blanc. Il les fait envoyer au Louvre.
La base en forme de proue de navire, composée de blocs de marbre gris, n’est identifiée et rapportée qu’en 1879 – 1880, par une nouvelle mission. En 1950, une équipe américaine retrouve sur le site la main droite de la statue, aux doigts dépliés, aujourd’hui exposée au Louvre dans une vitrine près de la statue.
La reconstitution et l’escalier Daru
Au Louvre, la statue est d’abord remontée sans sa base, puis, une fois la proue arrivée, l’ensemble est reconstitué. L’aile gauche est en grande partie d’origine ; l’aile droite est une restitution en plâtre, symétrique de la gauche. En 1883 – 1884, la Victoire est installée au sommet de l'escalier Daru, où elle domine depuis l’une des perspectives les plus spectaculaires du musée.
Une restauration en 2013 – 2014 a nettoyé le marbre, retrouvé sa teinte d’origine et revu l’assemblage de certains blocs de la proue.
Description et style
La déesse est saisie à l’instant où elle se pose sur le navire, le pied droit en avant, le corps légèrement penché. Elle porte un chiton, tunique fine plaquée par le vent sur le ventre et les seins, et un manteau (himation) qui glisse et s’enroule autour des jambes, tiré vers l’arrière.
Le sculpteur joue sur le contraste entre les plis serrés et profonds, qui créent des ombres, et les surfaces lisses où le tissu colle à la peau, révélant le corps. Les ailes immenses, inclinées vers l’arrière, prolongent le mouvement de la marche. La statue était conçue pour être vue de trois quarts gauche, côté le plus travaillé ; le côté droit, moins visible à l’origine, est plus sommaire.
Ce goût du mouvement, du drame et de la virtuosité est caractéristique de l'art grec hellénistique, l’époque qui suit les conquêtes d’Alexandre le Grand.
Quelle victoire ?
La statue était placée dans le sanctuaire, en hauteur, dans une niche surplombant le théâtre, peut-être au-dessus d’un bassin, comme si le navire flottait. Elle commémorait sans doute une victoire navale. Le marbre gris de la proue vient de Lartos, sur l’île de Rhodes, ce qui fait penser à une offrande des Rhodiens, grande puissance maritime de l’époque, peut-être après leurs victoires contre la flotte du roi séleucide Antiochos III, vers 190 av. J.-C. L’auteur est inconnu ; on l’a parfois attribuée, sans preuve, au sculpteur rhodien Pythocritos.
La Victoire dans la culture moderne
Le poète futuriste italien Filippo Tommaso Marinetti écrit en 1909, dans son manifeste, qu’une automobile rugissante est plus belle que la Victoire de Samothrace : signe que la statue incarnait alors la beauté classique par excellence. Sa silhouette a inspiré de nombreuses sculptures modernes, dont Yves Klein (Victoire de Samothrace bleue), et les trophées sportifs.
| Repère | Date |
|---|---|
| Réalisation probable | vers 190 av. J.-C. |
| Découverte du corps par Champoiseau | 1863 |
| Découverte et transfert de la proue | 1879 – 1880 |
| Installation en haut de l’escalier Daru | 1883 – 1884 |
| Évacuation au château de Valençay pendant la guerre | 1939 – 1945 |
| Découverte de la main droite | 1950 |
| Restauration | 2013 – 2014 |
Questions fréquentes
Où voir la Victoire de Samothrace ?
Au musée du Louvre, à Paris, au sommet de l’escalier Daru, dans l’aile Denon. Elle est visible depuis le bas de l’escalier.
Pourquoi la Victoire de Samothrace n’a-t-elle pas de tête ?
La tête et les bras n’ont jamais été retrouvés, malgré les fouilles. Seule la main droite, découverte en 1950, est conservée et exposée à proximité.
Que représente la Victoire de Samothrace ?
Niké, la déesse grecque de la Victoire, se posant sur la proue d’un navire de guerre. Elle commémorait probablement une victoire navale, peut-être rhodienne.
Les ailes sont-elles d’origine ?
L’aile gauche est en grande partie antique, reconstituée à partir de fragments. L’aile droite est une copie en plâtre, réalisée au XIXe siècle par symétrie.