Arts · Peintres et sculpteurs
La Grande Vague de Kanagawa
La Grande Vague de Kanagawa est une estampe sur bois d’Hokusai (vers 1830-1831), tirée des Trente-six vues du mont Fuji : une vague géante menace trois barques, le Fuji au loin.
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C’est sans doute l’image japonaise la plus célèbre au monde. Reproduite sur des affiches, des tasses, des t-shirts et même en émoji, La Grande Vague est pourtant une œuvre savante, construite avec une précision remarquable, et qui a joué un rôle majeur dans l’histoire de l’art occidental en inspirant les impressionnistes et les compositeurs de la fin du XIXe siècle.
Hokusai, le « fou de dessin »
Hokusai a produit des dizaines de milliers d’images au cours d’une carrière de plus de soixante-dix ans, sous de nombreux noms d’artiste. Il signait parfois « le vieillard fou de dessin ». Outre les estampes, il publie les célèbres carnets de croquis Hokusai Manga (à partir de 1814), encyclopédies visuelles de personnages, d’animaux et de scènes quotidiennes. Les Trente-six vues du mont Fuji, publiées alors qu’il a environ soixante-dix ans, comptent en réalité 46 estampes en raison de leur succès.
Une estampe ukiyo-e
L'ukiyo-e (« images du monde flottant ») est l’art de l’estampe populaire japonaise de l’époque d’Edo (1603-1868), qui représente acteurs de kabuki, courtisanes, paysages et légendes. L’estampe est le fruit d’un travail d’équipe :
- l'artiste dessine le modèle ;
- le graveur reporte le dessin sur des planches de bois de cerisier, une par couleur ;
- l'imprimeur encre chaque planche et presse le papier à la main, couleur par couleur, avec un repérage précis ;
- l'éditeur finance et vend les estampes, peu chères, à un large public.
Plusieurs milliers d’exemplaires de la Grande Vague ont sans doute été imprimés ; les premiers tirages, plus nets et aux couleurs plus subtiles, sont les plus recherchés. Voir la gravure.
Description
- Au premier plan à gauche, une vague immense se dresse et se recourbe, son écume se divisant en griffes, comme des doigts prêts à saisir.
- Trois barques étroites (des oshiokuri-bune, bateaux rapides qui transportaient le poisson vers Edo) et leurs rameurs, recroquevillés, plongent dans les creux.
- Au centre, au loin, le mont Fuji, petit et enneigé, semble lui-même une vague ; il est encadré par le creux de la grande vague.
- Le ciel est d’un gris-beige pâle, avec quelques nuages. Le cartouche du titre et la signature figurent en haut à gauche.
Analyse de la composition
| Élément | Effet |
|---|---|
| Opposition grand / petit | la vague gigantesque au premier plan écrase le Fuji minuscule au loin : renversement de la hiérarchie habituelle |
| Courbe et cercle | le creux de la vague forme un arc qui enferme le Fuji |
| Instant suspendu | la vague va s’abattre : tension dramatique figée |
| Mouvement de lecture | au Japon, la lecture se fait de droite à gauche : le regard suit les barques vers la vague qui surgit |
| Contraste | le calme immuable du Fuji, symbole d’éternité, face à la violence de la nature et à la fragilité des hommes |
| Couleurs | palette réduite : bleus de Prusse, indigo, blanc de l’écume, beige |
On a souvent souligné l'influence occidentale dans l’œuvre : Hokusai, qui connaissait des gravures occidentales venues par les marchands hollandais, utilise une ligne d’horizon basse et une forme de perspective qui creuse l’espace, plus marquée que dans les estampes traditionnelles.
Le japonisme
Après l’ouverture du Japon au commerce international (années 1850-1860), les estampes arrivent massivement en Europe ; l’Exposition universelle de Paris de 1867 marque un tournant. Le japonisme influence profondément les artistes :
- les impressionnistes, séduits par les cadrages audacieux, les aplats de couleur, l’absence d’ombres et la représentation de la nature changeante : Monet collectionnait les estampes japonaises, que l’on peut encore voir dans sa maison de Giverny ;
- Van Gogh, qui copie des estampes de Hiroshige et évoque la Grande Vague dans une lettre à son frère ;
- Camille Claudel, qui sculpte La Vague (1897-1903) ;
- Claude Debussy, qui choisit un détail de la Grande Vague pour la couverture de la première édition de sa partition La Mer (1905).
Questions fréquentes
Combien existe-t-il d’exemplaires de la Grande Vague ?
Les tirages d’époque ont probablement atteint plusieurs milliers d’exemplaires, mais on estime qu’il n’en subsiste qu’une centaine environ, dispersés dans les musées et les collections privées. Il n’y a donc pas un « original » unique.
Pourquoi la Grande Vague est-elle si célèbre ?
Pour la force de sa composition, l’opposition saisissante entre la vague et le Fuji, son bleu intense, et son rôle dans la découverte de l’art japonais par l’Europe à la fin du XIXe siècle.
S’agit-il d’un tsunami ?
Non, selon la plupart des spécialistes : il s’agit plutôt d’une très grosse vague de tempête au large, une « vague scélérate ». Le titre japonais évoque simplement une vague au large de Kanagawa.