Arts · Comprendre les arts
La gravure
La gravure consiste à inciser une matrice (bois, métal, linoléum) pour imprimer des estampes. On distingue la gravure en relief, comme la xylographie, et en creux, comme le burin et l’eau-forte.
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Avant la photographie, la gravure était le seul moyen de reproduire une image en de nombreux exemplaires. Elle a diffusé les images religieuses, les cartes, les illustrations de livres, les portraits de rois et les caricatures. C’est aussi un art à part entière, pratiqué par Dürer, Rembrandt, Goya ou Hokusai. En classe, la linogravure permet de s’y initier facilement.
Les deux grandes familles
| Famille | Principe | Ce qui s’imprime | Techniques |
|---|---|---|---|
| Gravure en relief (taille d’épargne) | on creuse les parties qui doivent rester blanches | les parties laissées en relief | xylographie (bois), linogravure |
| Gravure en creux (taille-douce) | on creuse les traits qui doivent s’imprimer | l’encre restée dans les creux, sous la pression d’une presse | burin, eau-forte, pointe sèche, aquatinte, manière noire |
S’y ajoutent les procédés à plat, qui ne creusent pas la matrice : la lithographie et la sérigraphie.
La gravure en relief
La xylographie (gravure sur bois)
C’est la technique la plus ancienne. Le graveur évide le bois autour du dessin à l’aide de gouges et de canifs ; on encre la surface au rouleau et on presse le papier. En Chine, elle est attestée dès le VIIe-VIIIe siècle ; le Sūtra du diamant (868) est le plus ancien livre imprimé daté conservé. En Europe, elle apparaît vers 1400 (images pieuses, cartes à jouer). Au Japon, l'ukiyo-e (XVIIe-XIXe siècle) porte l’estampe en couleurs à son sommet : Hokusai, Hiroshige, Utamaro (voir La Grande Vague de Kanagawa).
La linogravure
Même principe, mais sur du linoléum, plus tendre et facile à creuser. Elle est pratiquée depuis le début du XXe siècle ; Picasso et Matisse l’ont utilisée. C’est la technique de gravure la plus courante à l’école.
La gravure en creux (taille-douce)
| Technique | Procédé | Aspect |
|---|---|---|
| Burin | un outil d’acier à pointe en losange creuse directement le cuivre | traits nets, réguliers, précis |
| Pointe sèche | une pointe raye le métal et soulève des barbes qui retiennent l’encre | traits veloutés, tirage limité |
| Eau-forte | on dessine à la pointe sur un vernis qui couvre la plaque ; l’acide (anciennement « eau-forte », acide nitrique) creuse les traits découverts | trait souple, proche du dessin |
| Aquatinte | une poudre de résine fixée sur la plaque permet à l’acide de créer des surfaces de grain | valeurs grises, effets de lavis |
| Manière noire (mezzotinte) | la plaque est entièrement grainée puis polie là où l’on veut des clairs | dégradés profonds, du noir au blanc |
On encre la plaque, on essuie la surface : l’encre ne reste que dans les creux. Une presse à forte pression fait pénétrer le papier humide dans les tailles.
Les procédés à plat
- Lithographie (inventée par Aloys Senefelder vers 1796) : on dessine avec un crayon gras sur une pierre calcaire ; l’eau et l’encre grasse se repoussent. Elle permet un dessin libre et des tirages nombreux : affiches de Toulouse-Lautrec, caricatures de Daumier.
- Sérigraphie : l’encre passe à travers un écran de soie ou de tissu synthétique, sauf aux endroits bouchés. C’est la technique de Warhol et du pop art, et celle des t-shirts imprimés.
Grands graveurs
| Artiste | Époque | Œuvres et technique |
|---|---|---|
| Martin Schongauer | XVe siècle | burins religieux |
| Albrecht Dürer | 1471-1528 | Melencolia I, Le Chevalier, la Mort et le Diable (burin), Apocalypse (bois), Rhinocéros (bois) |
| Jacques Callot | 1592-1635 | Les Misères de la guerre (eau-forte) |
| Rembrandt | 1606-1669 | La Pièce aux cent florins (eau-forte, pointe sèche) |
| Piranèse | 1720-1778 | Prisons imaginaires (eau-forte) |
| Francisco de Goya | 1746-1828 | Los Caprichos, Les Désastres de la guerre (eau-forte, aquatinte) |
| Katsushika Hokusai | 1760-1849 | Trente-six vues du mont Fuji (bois) |
| Pablo Picasso | 1881-1973 | Suite Vollard (eau-forte), linogravures en couleurs |
Estampe, tirage, épreuve
- Une estampe originale est imprimée à partir d’une matrice créée par l’artiste lui-même.
- Le tirage est l’ensemble des exemplaires ; il est souvent numéroté (par exemple 12/50) et signé au crayon.
- Les états sont les étapes successives d’une matrice retravaillée, chacune imprimée pour vérification.
- L'épreuve d’artiste (EA) est un exemplaire réservé à l’artiste, hors numérotation.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre gravure et estampe ?
La gravure est la technique (l’action de graver une matrice) ; l’estampe est l’image imprimée obtenue. Dans le langage courant, on emploie souvent « gravure » pour les deux.
Pourquoi l’image gravée est-elle inversée ?
Parce que le papier est posé face contre la matrice : l’impression produit une image en miroir. Le graveur doit donc dessiner à l’envers, notamment les textes.
Quelle est la technique de gravure la plus facile pour débuter ?
La linogravure : le linoléum se creuse facilement avec des gouges, et l’impression peut se faire à la main, avec une cuillère ou un rouleau, sans presse.