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Arts · Mouvements artistiques

L’art roman

L’art roman est l’art de l’Europe chrétienne d’environ l’an 1000 au milieu du XIIe siècle. Il met images et sculptures au service de l’Église, avec des formes stylisées soumises au cadre architectural.

Mis à jour le 4 min de lecture

L’art roman s’épanouit en Europe occidentale entre la fin du Xe siècle et le milieu du XIIe siècle, plus tard dans certaines régions. Il naît dans un contexte de renouveau : fin des grandes invasions, essor des monastères (Cluny, fondé en 910), développement des pèlerinages vers Rome, Jérusalem et Saint-Jacques-de-Compostelle. L’Église est alors le premier commanditaire, et l’art a pour mission d'enseigner la foi à des fidèles qui, pour la plupart, ne savent pas lire.

Les caractéristiques de l’art roman

  • Un art religieux et didactique : scènes de la Bible, vies de saints, Jugement dernier, Apocalypse.
  • La stylisation : les figures ne cherchent pas la ressemblance avec le réel. Corps allongés, plis des vêtements dessinés en spirales, regards fixes.
  • La hiérarchie des tailles : le Christ ou la Vierge sont plus grands que les apôtres, eux-mêmes plus grands que les hommes ordinaires. La taille exprime l’importance, pas la distance.
  • La loi du cadre : formule de l’historien Henri Focillon. Les figures se plient, s’étirent ou se tordent pour remplir exactement l’espace disponible (tympan, chapiteau, voussure).
  • L’absence de perspective : fonds unis ou décoratifs, personnages juxtaposés sur un même plan.
  • Le bestiaire et le fantastique : monstres, griffons, sirènes et démons peuplent les chapiteaux.

L’architecture, cadre de toutes les images

L’église romane, avec ses murs épais, ses arcs en plein cintre et ses voûtes en berceau, offre aux artistes trois supports privilégiés : le portail (tympan, linteau, trumeau), les chapiteaux des colonnes et les murs et voûtes à peindre. Les grandes réalisations sont étudiées dans la rubrique architecture ; cette fiche se concentre sur les arts figurés.

La sculpture romane

La sculpture monumentale, presque disparue depuis l’Antiquité, renaît vers l’an 1000. Elle se concentre sur les portails, véritables « livres de pierre » placés à l’entrée de l’église.

ŒuvreLieuDate approximativeSujet
TympanAbbatiale Sainte-Foy de Conques (Aveyron)début du XIIe siècleJugement dernier
Portail et cloîtreAbbaye Saint-Pierre de Moissac (Tarn-et-Garonne)cloître achevé vers 1100, portail vers 1115-1130Vision de l’Apocalypse
Tympan central du narthexBasilique de Vézelay (Yonne)vers 1120-1135Mission des apôtres (Pentecôte)
Tympan signé GislebertusCathédrale Saint-Lazare d’Autunvers 1130Jugement dernier
Chapiteaux historiésSaint-Benoît-sur-Loire, Autun, VézelayXIe-XIIe siècleBible, vices et vertus, bestiaire

La Vierge en majesté est l’autre grand type de sculpture romane : une statue de bois, souvent polychrome, montrant la Vierge assise de face, l’Enfant sur les genoux, comme un trône (sedes sapientiae, « trône de la sagesse »).

La peinture murale

Les églises romanes étaient entièrement peintes. Les décors conservés sont rares mais spectaculaires.

  • Saint-Savin-sur-Gartempe (Vienne) : le plus vaste ensemble de peintures romanes de France, sur la voûte de la nef (Genèse, Exode). Inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1983.
  • Berzé-la-Ville (Saône-et-Loire) : chapelle des moines de Cluny, aux fonds bleus d’influence byzantine.
  • Catalogne : les absides de Sant Climent et Santa Maria de Taüll, déposées au début du XXe siècle, sont conservées au Musée national d’art de Catalogne à Barcelone.

Ces peintures sont réalisées le plus souvent à fresque ou en technique mixte (voir techniques de peinture).

Enluminure, broderie et orfèvrerie

  • L’enluminure : dans les scriptoria des monastères, les moines copient et illustrent les manuscrits (bibles, psautiers, commentaires de l’Apocalypse comme les Beatus espagnols). Lettrines ornées et pleines pages aux couleurs vives.
  • La Tapisserie de Bayeux : en réalité une broderie de laine sur lin d’environ 70 mètres de long, réalisée à la fin du XIe siècle. Elle raconte la conquête de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant (1066). Elle est conservée à Bayeux et inscrite au registre Mémoire du monde de l’UNESCO.
  • L’orfèvrerie : reliquaires, croix et autels en métal précieux. La Majesté de sainte Foy, à Conques, statue-reliquaire en bois recouvert d’or et de pierres, est l’une des plus célèbres.

De l’art roman à l’art gothique

À partir des années 1140, en Île-de-France, l'art gothique apporte des églises plus hautes et lumineuses, une sculpture plus naturelle et le triomphe du vitrail. Les deux styles coexistent longtemps : le roman reste vivant jusqu’à la fin du XIIe siècle dans le Midi, en Italie ou en Espagne. Pour replacer ces styles dans le Moyen Âge et dans la frise de l’histoire de l’art, voir les fiches dédiées.

Questions fréquentes

Comment reconnaître une œuvre romane ?

Figures stylisées et frontales, plis des vêtements en spirales ou en lignes parallèles, absence de perspective, tailles hiérarchiques, personnages qui épousent la forme de leur cadre. En architecture : arcs en plein cintre, murs épais, petites fenêtres.

Pourquoi l’appelle-t-on « roman » ?

Le terme a été proposé au début du XIXe siècle par des archéologues normands, dont Charles de Gerville, par analogie avec les langues romanes : un art dérivé du latin, comme le français dérive du latin, en reprenant des éléments de l’architecture romaine.

Quelle est la différence entre art roman et art gothique ?

L’art roman privilégie la masse, la pénombre et la stylisation ; l’art gothique recherche la hauteur, la lumière (vitraux) et des figures plus humaines et naturelles.

Où voir de l’art roman en France ?

Conques, Moissac, Vézelay, Autun, Saint-Savin-sur-Gartempe, Saint-Nectaire et les églises d’Auvergne, ainsi que la Tapisserie de Bayeux.

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