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Hippocrate
Hippocrate de Cos (vers 460 – vers 370 av. J.-C.) est un médecin grec considéré comme le père de la médecine : il expliqua les maladies par des causes naturelles et fonda la médecine sur l’observation.
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Avant Hippocrate, la maladie était souvent attribuée à la colère des dieux et soignée dans les sanctuaires d’Asclépios. Avec lui et son école, la médecine grecque devient une discipline rationnelle : le médecin observe, décrit, compare et pronostique. Son nom reste attaché au serment que prêtent encore, sous une forme modernisée, les médecins du monde entier.
Repères chronologiques
| Date | Événement |
|---|---|
| vers 460 av. J.-C. | naissance à Cos, dans une famille d’Asclépiades, lignée de médecins |
| vers 440-430 | formation auprès de son père Héraclide ; enseigne à Cos |
| fin du Ve siècle | voyages et pratique de médecin itinérant en Grèce du Nord (Thasos, Thessalie) |
| vers 400 | Platon le cite comme un médecin célèbre qui enseigne contre rémunération |
| vers 370 | mort à Larissa, selon la tradition |
| IIIe s. av. J.-C. | les textes de l’école sont réunis à Alexandrie : naissance du Corpus hippocratique |
Les dates sont incertaines. Platon et Aristote le mentionnent, ce qui atteste son existence et sa renommée.
Une médecine fondée sur la nature
L’apport décisif d’Hippocrate et de son école est d’affirmer que chaque maladie a une cause naturelle. Le traité De la maladie sacrée l’écrit à propos de l’épilepsie : cette affection n’est pas plus divine que les autres et a une origine naturelle, que les auteurs situent dans le cerveau.
Les principes de la médecine hippocratique :
- l’observation clinique : examen du patient, de son pouls, de sa respiration, de ses urines, de ses selles ; les Épidémies contiennent des dizaines d’observations individuelles, avec l’évolution jour après jour, y compris les décès ;
- le pronostic : prévoir l’évolution de la maladie, pour mieux soigner et pour gagner la confiance du malade ;
- l’influence du milieu : le traité Airs, eaux, lieux relie la santé au climat, à l’eau, à l’exposition des villes ;
- le régime (diaita) : alimentation, exercice et mode de vie sont les premiers remèdes ;
- la prudence : aider la nature à guérir, ne pas nuire.
La théorie des quatre humeurs
Le traité De la nature de l’homme, attribué à Polybe, gendre d’Hippocrate, expose la théorie qui dominera la médecine pendant plus de deux mille ans. Le corps contient quatre humeurs ; la santé est leur juste équilibre, la maladie leur déséquilibre.
| Humeur | Organe associé | Qualités | Saison |
|---|---|---|---|
| sang | cœur | chaud et humide | printemps |
| phlegme (lymphe) | cerveau | froid et humide | hiver |
| bile jaune | foie | chaud et sec | été |
| bile noire (atrabile) | rate | froid et sec | automne |
Le médecin romain Galien (IIe siècle) en tirera la théorie des quatre tempéraments (sanguin, flegmatique, colérique, mélancolique), dont la langue garde la trace. La théorie est aujourd’hui abandonnée.
Le Corpus hippocratique
Le Corpus hippocratique réunit une soixantaine de traités en dialecte ionien, écrits entre la fin du Ve et le IVe siècle av. J.-C. par plusieurs auteurs. Il est impossible d’attribuer avec certitude un texte précis à Hippocrate lui-même.
| Traité | Contenu |
|---|---|
| Aphorismes | maximes médicales brèves ; s’ouvre sur « La vie est courte, l’art est long » |
| Le Pronostic | signes permettant de prévoir l’évolution d’une maladie |
| Épidémies | journaux cliniques de cas individuels |
| Airs, eaux, lieux | influence de l’environnement sur la santé |
| De la maladie sacrée | l’épilepsie comme maladie naturelle |
| Des articulations, Des fractures | chirurgie orthopédique, réduction des luxations |
| Le Serment | engagement moral du médecin |
On doit à cette tradition un vocabulaire médical encore employé : diagnostic, pronostic, crise, épidémie, symptôme. L'hippocratisme digital, déformation du bout des doigts en « baguettes de tambour », porte son nom parce que l’école l’avait décrit.
Le serment d’Hippocrate
Le Serment engage le médecin envers ses maîtres et ses patients : agir pour le bien du malade, s’abstenir de tout tort, ne pas administrer de poison, respecter le secret de ce qu’il voit et entend. La formule « d’abord ne pas nuire » (primum non nocere), souvent citée, ne figure pas telle quelle dans le serment ; une idée voisine apparaît dans les Épidémies.
En France, les médecins prêtent aujourd’hui une version modernisée rédigée par l’Ordre des médecins ; l’Association médicale mondiale a adopté en 1948 la déclaration de Genève, qui en est l’équivalent international.
Héritage
Hippocrate a transmis l’idée que la médecine est un art fondé sur l’expérience et la raison, soumis à une éthique. Ses écrits ont été traduits en arabe à Bagdad au IXe siècle, puis en latin, et enseignés dans les facultés de médecine jusqu’au XIXe siècle. Si ses théories physiologiques sont dépassées, sa démarche clinique annonce la méthode scientifique.
Questions fréquentes
Pourquoi Hippocrate est-il appelé le père de la médecine ?
Parce que son école a séparé la médecine de la religion et de la magie : elle explique les maladies par des causes naturelles et fonde le soin sur l’observation du malade et le pronostic.
Hippocrate a-t-il écrit le serment d’Hippocrate ?
On ne le sait pas. Le Serment fait partie du Corpus hippocratique, écrit par plusieurs auteurs ; il lui est traditionnellement attribué sans preuve.
Qu’est-ce que la théorie des humeurs ?
L’idée que la santé dépend de l’équilibre de quatre humeurs : sang, phlegme, bile jaune et bile noire. Formulée dans le Corpus hippocratique, développée par Galien, elle a dominé la médecine jusqu’au XVIIIe siècle environ.
Les médecins prêtent-ils encore le serment d’Hippocrate ?
Oui, sous une forme modernisée. En France, les nouveaux docteurs en médecine prêtent le serment rédigé par l’Ordre des médecins lors de leur soutenance de thèse.