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Sciences · Grands scientifiques

Alexandre Grothendieck

Alexandre Grothendieck (1928-2014), mathématicien apatride puis français, a refondé la géométrie algébrique dans les années 1950-1960. Médaillé Fields en 1966, il quitta la recherche institutionnelle en 1970.

Mis à jour le 4 min de lecture

Grothendieck est souvent considéré comme le plus grand mathématicien de la seconde moitié du XXe siècle. Enfant de la guerre et de l’exil, il a construit à l’Institut des hautes études scientifiques un édifice théorique d’une ampleur sans équivalent, avant de rompre brutalement avec ce monde pour des raisons éthiques et personnelles. Il a fini sa vie en reclus dans un village de l’Ariège.

Repères chronologiques

DateÉvénement
28 mars 1928naissance à Berlin ; son père, Alexander Schapiro, est un militant anarchiste russe ; sa mère, Hanka Grothendieck, journaliste allemande
1933-1939ses parents partent en France et en Espagne ; il est confié à une famille de Hambourg
1939rejoint sa mère en France
1940-1942interné avec sa mère au camp de Rieucros (Lozère)
1942son père, interné au Vernet, est livré aux nazis et meurt à Auschwitz
1942-1944réfugié au Chambon-sur-Lignon, village refuge ; lycée au collège Cévenol
1945-1948études de mathématiques à Montpellier
1949-1953à Nancy, thèse sur les espaces vectoriels topologiques, sous la direction de Laurent Schwartz et Jean Dieudonné
1953-1955séjours au Brésil (São Paulo) et aux États-Unis (Kansas)
1957théorème de Grothendieck-Riemann-Roch
1958professeur à l’Institut des hautes études scientifiques (IHÉS), à Bures-sur-Yvette
1960-1967Éléments de géométrie algébrique (EGA), avec Dieudonné
1960-1969Séminaire de géométrie algébrique (SGA)
1966médaille Fields, qu’il refuse d’aller chercher à Moscou
1967séjour au Viêt Nam du Nord, où il donne des cours sous les bombardements
1970quitte l’IHÉS, partiellement financé par des crédits militaires ; fonde le mouvement écologiste Survivre
1973professeur à Montpellier
1983-1986rédige Récoltes et semailles
1988refuse le prix Crafoord
1991disparaît ; s’installe à Lasserre, en Ariège
13 novembre 2014mort à l’hôpital de Saint-Girons

Une jeunesse dans la tourmente

Grothendieck grandit loin de ses parents, militants révolutionnaires engagés dans la guerre d’Espagne. En France, il est interné comme étranger « indésirable » avec sa mère, puis caché au Chambon-sur-Lignon, village qui a sauvé des milliers de réfugiés. Il étudie à Montpellier dans des conditions précaires, et redécouvre seul, faute de professeurs à la hauteur, une théorie de la mesure déjà connue.

La refondation de la géométrie algébrique

La géométrie algébrique étudie les figures définies par des équations polynomiales, comme les cercles, les coniques ou les surfaces. Grothendieck en change complètement les fondations en introduisant des notions d’une grande généralité :

NotionIdée
schémasobjets géométriques qui généralisent les variétés algébriques et permettent de traiter ensemble géométrie et arithmétique
toposgénéralisation de la notion d’espace topologique, qu’il appelle le « lit » commun de la géométrie et de la logique
cohomologie étaleoutil permettant d’appliquer des méthodes de la topologie à des équations sur des nombres entiers ou des corps finis
motifsprogramme visant à unifier les différentes théories cohomologiques
K-théorieintroduite pour son théorème de Riemann-Roch généralisé

Sa méthode consiste moins à attaquer les problèmes de front qu’à construire une théorie si générale qu’ils s’y résolvent presque d’eux-mêmes. Il comparait cette approche à une mer qui monte et submerge lentement un rocher, plutôt qu’au marteau et au burin.

Ses outils ont permis à son élève Pierre Deligne de démontrer en 1974 les conjectures de Weil, et ont joué un rôle dans la démonstration du grand théorème de Fermat par Andrew Wiles (1994). Le séminaire SGA réunit une école de jeunes mathématiciens de premier plan.

La médaille Fields 1966

La médaille Fields, la plus haute distinction des mathématiques pour les moins de 40 ans, lui est décernée en 1966 au congrès international de Moscou. Il refuse de s’y rendre, pour protester contre la répression militaire soviétique en Europe de l’Est.

La rupture

En 1970, Grothendieck découvre que l’IHÉS reçoit une petite part de financements du ministère de la Défense. Il démissionne. Il fonde avec d’autres mathématiciens le groupe Survivre et vivre, l’un des premiers mouvements écologistes et antimilitaristes français, et s’éloigne de la communauté mathématique, qu’il juge compromise et carriériste.

Dans Récoltes et semailles, long texte autobiographique de plus de mille pages, longtemps diffusé sous forme de photocopies et publié par Gallimard en 2022, il revient sur sa vie et accuse certains de ses anciens élèves d’avoir « enterré » son œuvre. En 1988, il refuse le prix Crafoord, en dénonçant l’éthique du milieu scientifique. En 1991, il se retire dans un hameau des Pyrénées, coupé de presque tout contact, et y écrit des milliers de pages de méditations, dont une partie a été déposée à la Bibliothèque nationale de France.

Questions fréquentes

Pourquoi Alexandre Grothendieck est-il célèbre ?

Pour avoir refondé la géométrie algébrique avec les schémas, les topos et la cohomologie étale, outils devenus le langage commun d’une grande partie des mathématiques. Il a reçu la médaille Fields en 1966.

Pourquoi Grothendieck a-t-il quitté les mathématiques ?

En 1970, il a quitté l’IHÉS en apprenant qu’il recevait des fonds militaires. Il s’est ensuite engagé dans l’écologie et le pacifisme, puis a rompu avec la communauté scientifique, qu’il jugeait moralement compromise.

Qu’est-ce que Récoltes et semailles ?

Un long texte autobiographique et réflexif écrit entre 1983 et 1986, où Grothendieck raconte son parcours mathématique et sa relation au monde scientifique. Il a été publié en 2022.

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