Aller au contenu
connaissance.org

Géographie · Le monde

Les projections cartographiques

Une projection cartographique est une méthode pour représenter la surface courbe de la Terre sur un plan. Aucune n’est parfaite : chacune déforme les surfaces, les angles ou les distances.

Mis à jour le 4 min de lecture

On ne peut pas aplatir une sphère sans la déchirer ni l’étirer : c’est ce que l’on constate en essayant d’étaler à plat une peau d’orange. Le mathématicien Carl Friedrich Gauss a démontré en 1827 qu’il est impossible de représenter une sphère sur un plan en conservant à la fois toutes les distances. Toute carte du monde est donc un compromis : le cartographe choisit ce qu’il veut préserver et accepte de déformer le reste.

Ce qu’une projection peut conserver

PropriétéCe qui est conservéNom de la projectionUsage typique
ConformitéLes angles et les formes localesconformenavigation, cartes topographiques
ÉquivalenceLes surfaces (proportions entre pays)équivalentecartes thématiques, comparaisons de superficie
ÉquidistanceLes distances à partir d’un point ou le long de certaines ligneséquidistantecalcul de distances depuis un centre
CompromisRien exactement, mais limite toutes les déformationsaphylactiqueplanisphères généraux, atlas

Une projection ne peut pas être à la fois conforme et équivalente.

Les trois grandes familles

On imagine que le globe est projeté sur une surface que l’on peut ensuite dérouler :

  • projections cylindriques : le globe est enveloppé dans un cylindre, généralement tangent à l’équateur. Méridiens et parallèles forment un quadrillage droit. Les déformations augmentent vers les pôles. Exemple : Mercator.
  • projections coniques : le globe est coiffé d’un cône tangent à un parallèle. Elles conviennent aux pays des latitudes moyennes, étendus d’ouest en est. Exemple : Lambert.
  • projections azimutales (ou planes) : le globe est projeté sur un plan tangent en un point, souvent un pôle. Elles conviennent aux régions polaires. L’emblème de l’ONU utilise une projection azimutale équidistante centrée sur le pôle Nord.

La projection de Mercator

Créée en 1569 par le cartographe flamand Gerardus Mercator, c’est la projection la plus célèbre. Elle est conforme : un cap constant suivi à la boussole y apparaît comme une ligne droite (une loxodromie), ce qui en a fait la carte des navigateurs pendant des siècles.

Son défaut est d'exagérer fortement les surfaces vers les pôles. Le Groenland y paraît aussi grand que l’Afrique, alors que l’Afrique est environ 14 fois plus vaste (30,4 millions de km² contre 2,17 millions). L’Europe et l’Amérique du Nord y semblent démesurées par rapport à l’Afrique, à l’Amérique du Sud ou à l’Inde. Les pôles ne peuvent pas être représentés, car ils sont rejetés à l’infini.

Une variante, le Web Mercator, est utilisée par la plupart des services de cartographie en ligne, car elle permet de zoomer en conservant les formes des rues et des bâtiments.

La projection de Peters

Décrite en 1855 par l’Écossais James Gall, puis popularisée à partir de 1973 par l’historien allemand Arno Peters, la projection Gall-Peters est équivalente : chaque pays y a une surface proportionnelle à sa surface réelle. L’Afrique et l’Amérique du Sud y retrouvent leur importance. Peters l’a présentée comme une carte plus juste envers les pays du Sud. Son défaut : les formes sont très étirées verticalement près de l’équateur et aplaties vers les pôles. Les cartographes lui reprochent aussi de n’être qu’une des nombreuses projections équivalentes existantes.

Les projections de compromis

  • Robinson (1963) : conçue par l’Américain Arthur Robinson pour donner une image visuellement équilibrée du monde ; utilisée par le National Geographic de 1988 à 1998.
  • Winkel Tripel (1921) : adoptée par le National Geographic depuis 1998, elle offre l’un des meilleurs équilibres entre déformations des surfaces, des formes et des distances.
  • Equal Earth (2018) : projection équivalente récente, conçue pour rester agréable à l’œil.

Les projections interrompues

Pour limiter les déformations, certaines projections « découpent » le globe en fuseaux, comme une peau d’orange : la projection de Goode (1923) coupe les océans pour bien représenter les continents. La projection Dymaxion de Buckminster Fuller (1943) déplie le globe sur un polyèdre. Ces cartes sont plus fidèles, mais moins pratiques à lire.

La projection officielle en France

Pour la France métropolitaine, la projection officielle est le Lambert-93, une projection conique conforme associée au système géodésique RGF93. Elle déforme très peu le territoire, grâce au choix de parallèles adaptés à la latitude de la France. Les cartes de l’IGN et les données géographiques publiques l’utilisent. Les départements d’outre-mer ont leurs propres projections (souvent UTM, Mercator transverse universelle).

Le point de vue derrière la carte

Le choix d’une projection et du centre de la carte n’est jamais neutre :

  • les planisphères européens placent souvent l’Europe au centre, tandis que les cartes chinoises ou australiennes centrent le Pacifique ;
  • l’habitude de placer le nord en haut est une convention ; certaines cartes australiennes inversent volontairement le sud et le nord ;
  • une carte centrée sur le pôle Nord montre que la Russie, le Canada et les États-Unis sont voisins par l’Arctique, ce que masquent les planisphères classiques.

Pour bien utiliser une carte, voir la fiche lire une carte.

Questions fréquentes

Pourquoi le Groenland paraît-il si grand sur les cartes ?

Parce que la plupart des cartes du monde utilisent la projection de Mercator ou une variante, qui agrandit les surfaces vers les pôles. En réalité, le Groenland est environ 14 fois plus petit que l’Afrique.

Quelle est la carte du monde la plus juste ?

Aucune n’est parfaite. Pour comparer des superficies, il faut une projection équivalente (Gall-Peters, Equal Earth) ; pour un aperçu général équilibré, les projections de compromis comme Winkel Tripel ou Robinson sont les plus utilisées. Seul un globe conserve tout à la fois.

Qu’est-ce que la projection de Mercator ?

Une projection cylindrique conforme créée en 1569, qui conserve les angles et facilite la navigation mais exagère fortement la taille des régions proches des pôles.

Quelle projection utilise Google Maps ?

Une variante de Mercator appelée Web Mercator, qui conserve les formes locales et convient au zoom sur les rues ; pour la vue du globe entier, le service affiche désormais une représentation en 3D.

À lire aussi

Le monde : toutes les fiches