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Sciences · Biologie

La niche écologique

La niche écologique d’une espèce est l’ensemble des conditions et des ressources dont elle a besoin pour vivre et se reproduire, et du rôle qu’elle joue dans son écosystème.

Mis à jour le 5 min de lecture

Si l’habitat est l'« adresse » d’une espèce, la niche est sa « profession », selon une image popularisée par l’écologue américain Eugene Odum. Deux espèces peuvent partager la même forêt sans se gêner si elles n’exploitent pas les mêmes ressources, ou pas de la même façon. La notion de niche permet de comprendre comment tant d’espèces coexistent, pourquoi certaines disparaissent quand une autre arrive, et comment la vie se répartit dans un écosystème.

Habitat et niche

HabitatNiche écologique
QuestionOù l’espèce vit-elle ?Comment vit-elle et quel rôle joue-t-elle ?
NatureUn lieuUn ensemble de conditions, de ressources et d’interactions
Exemple pour la mésange charbonnièreForêts, parcs et jardins d’EuropeInsectivore en été, consommatrice de graines en hiver, nichant dans des cavités, proie de l’épervier

Histoire d’un concept

DateAuteurApport
1917Joseph GrinnellNiche définie par l’habitat et les besoins d’une espèce (étude du moqueur de Californie)
1927Charles EltonNiche définie par le rôle fonctionnel dans la communauté, notamment dans la chaîne alimentaire
1934Georgii GausePrincipe d’exclusion compétitive, démontré sur des paramécies
1957George Evelyn HutchinsonNiche comme « hypervolume » à n dimensions ; distinction entre niche fondamentale et réalisée

Niche fondamentale et niche réalisée

La distinction de Hutchinson est essentielle :

  • la niche fondamentale (ou potentielle) est l’ensemble des conditions dans lesquelles une espèce pourrait vivre en l’absence de concurrents, de prédateurs ou de parasites ;
  • la niche réalisée est la partie de cette niche réellement occupée, compte tenu des interactions avec les autres espèces. Elle est généralement plus étroite.

L’exemple des balanes de Connell

Dans les années 1950-1960, sur les rochers de la côte écossaise, Joseph Connell étudie deux espèces de balanes (petits crustacés fixés). Chthamalus vit en haut de la zone de balancement des marées, Balanus plus bas. En retirant Balanus, il observe que Chthamalus peut parfaitement vivre plus bas : c’est la compétition qui l’en écarte. Sa niche fondamentale est donc plus large que sa niche réalisée. Balanus, en revanche, ne survit pas plus haut, car il supporte mal la dessiccation.

L’exclusion compétitive

Le principe de Gause énonce que deux espèces qui exploitent exactement la même niche ne peuvent pas coexister durablement : la plus efficace finit par éliminer l’autre localement. Gause l’a montré en cultivant ensemble deux espèces de paramécies, Paramecium aurelia et Paramecium caudatum : seule la première subsistait au bout de quelques semaines.

Dans la nature, la coexistence d’espèces proches repose donc sur des différences de niche. Trois issues sont possibles face à la compétition :

IssueDescriptionExemple
ExclusionUne espèce élimine l’autre localementÉcureuil gris américain remplaçant l’écureuil roux dans une grande partie de la Grande-Bretagne
Partage des ressourcesLes espèces se spécialisent sur des ressources ou des zones différentesFauvettes de MacArthur
Déplacement de caractèreLes espèces évoluent pour se différencier là où elles coexistentBecs différents des pinsons de Darwin sur les îles où deux espèces cohabitent

Les fauvettes de MacArthur

En 1958, Robert MacArthur étudie cinq espèces de parulines qui chassent les insectes dans les mêmes épicéas d’Amérique du Nord. Il découvre que chacune exploite une zone différente de l’arbre (cime, branches extérieures, intérieur, base) et des techniques de chasse distinctes. Le partage fin de l’espace réduit la compétition et permet la coexistence.

Les dimensions de la niche

DimensionExemples de facteurs
AlimentaireType de nourriture, taille des proies, période d’alimentation
SpatialeHauteur dans la végétation, profondeur dans l’eau, type de sol
TemporelleActivité de jour ou de nuit, saison de reproduction
Physico-chimiqueTempérature, salinité, pH, humidité, lumière
BiotiquePrédateurs, parasites, partenaires symbiotiques

Les chouettes et les buses chassent souvent les mêmes rongeurs, mais les unes la nuit, les autres le jour : la dimension temporelle sépare leurs niches (voir chouette effraie).

Espèces généralistes et spécialistes

GénéralistesSpécialistes
NicheLargeÉtroite
ExemplesRenard roux, rat brun, corneille, sanglierKoala (feuilles d’eucalyptus), panda géant (bambou), chenilles inféodées à une seule plante
AtoutGrande capacité d’adaptation aux changementsGrande efficacité dans un milieu stable
RisqueConcurrence de nombreuses espècesVulnérabilité si la ressource disparaît

Le renard roux, qui mange aussi bien des rongeurs que des fruits ou des déchets, s’installe jusque dans les villes ; le panda géant dépend presque entièrement du bambou.

Niches vacantes et radiations

Lorsqu’un milieu offre des niches libres, par exemple après une extinction ou sur une île nouvelle, une lignée peut se diversifier rapidement pour les occuper : c’est une radiation adaptative. Après la disparition des dinosaures non aviens, il y a 66 millions d’années, les mammifères ont occupé de nombreuses niches laissées vacantes (voir extinctions de masse). Les pinsons des Galápagos et les cichlidés des grands lacs africains en sont d’autres exemples. À l’inverse, une espèce introduite peut réussir à s’installer en exploitant une niche peu occupée, et devenir une espèce invasive.

La construction de niche

Certaines espèces modifient leur propre environnement et celui des autres : le castor crée des étangs en construisant des barrages, les vers de terre transforment les sols, les coraux bâtissent des récifs. On parle d'ingénieurs des écosystèmes et de construction de niche. Le castor en est l’exemple le plus connu en Europe.

Questions fréquentes

Deux espèces peuvent-elles avoir la même niche ?

Pas durablement au même endroit, selon le principe d’exclusion compétitive. Des espèces très proches coexistent en se partageant les ressources, l’espace ou le temps.

La niche d’une espèce peut-elle changer ?

Oui. Elle peut se déplacer ou s’élargir avec l’évolution, l’arrivée ou la disparition d’autres espèces, ou les changements du climat. Les modèles de niche servent d’ailleurs à prévoir comment l’aire de répartition des espèces évoluera avec le réchauffement climatique.

L’être humain a-t-il une niche écologique ?

Oui, mais exceptionnellement large : grâce à la technique et à la culture, l’espèce humaine occupe presque tous les milieux terrestres et transforme profondément les niches des autres espèces.

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