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Sciences · Biologie

La métamorphose

La métamorphose est une transformation profonde et rapide du corps d’un animal au cours de son développement, qui fait passer une larve très différente de l’adulte à sa forme définitive.

Mis à jour le 4 min de lecture

La chenille qui devient papillon, le têtard qui devient grenouille : la métamorphose fascine depuis l’Antiquité. Elle n’est pas une curiosité marginale : la grande majorité des espèces animales passent par une forme larvaire, et environ les deux tiers des espèces d’insectes connues pratiquent une métamorphose complète. Ce mode de développement permet à un même animal de mener successivement deux vies très différentes.

Développement direct et indirect

Développement directDéveloppement indirect (avec métamorphose)
Jeune à la naissanceRessemble à l’adulte en petitLarve très différente de l’adulte
ChangementsCroissance progressiveTransformation brutale
ExemplesMammifères, oiseaux, reptiles, araignéesPapillons, coléoptères, grenouilles, oursins, crabes, méduses

Chez les insectes

Les insectes, enfermés dans une cuticule rigide, grandissent par mues successives. On distingue trois grands modes de développement.

TypeStadesExemples
Sans métamorphose (amétabole)Œuf → jeunes semblables à l’adultePoisson d’argent
Métamorphose incomplète (hémimétabole)Œuf → larves (nymphes) ressemblant à l’adulte sans ailes → adulteCriquets, punaises, blattes, libellules, éphémères
Métamorphose complète (holométabole)Œuf → larve → nymphe (chrysalide, pupe) → adultePapillons, coléoptères, mouches, abeilles, fourmis

La métamorphose complète

Chez le papillon, la chenille est une machine à manger : elle peut multiplier sa masse par plusieurs milliers. Elle se transforme ensuite en chrysalide, à l’intérieur de laquelle la plupart de ses tissus sont dégradés. Des groupes de cellules mis en réserve depuis l’embryon, les disques imaginaux, se développent alors pour former les ailes, les pattes, les antennes et les yeux de l’adulte, appelé imago. Certains organes, comme une partie du système nerveux, sont remodelés plutôt que détruits : des expériences ont suggéré que des papillons peuvent garder une trace d’apprentissages faits au stade chenille.

La durée varie : environ 10 à 15 jours en chrysalide pour le papillon monarque, des années de vie larvaire souterraine pour certaines cigales américaines, qui émergent tous les 13 ou 17 ans.

Qui gouverne la métamorphose ?

Deux hormones agissent de concert :

  • l'ecdysone, hormone de la mue, déclenche chaque changement de cuticule ;
  • l'hormone juvénile décide de la nature de la mue : tant qu’elle est abondante, la larve mue en une larve plus grande ; quand son taux chute, la mue suivante conduit à la nymphe puis à l’adulte.

Des insecticides imitant l’hormone juvénile bloquent les insectes au stade larvaire.

Chez les amphibiens

La grenouille offre l’exemple le plus étudié chez les vertébrés.

CaractèreTêtardGrenouille adulte
MilieuEauTerre et eau
RespirationBranchiesPoumons et peau
LocomotionQueueQuatre pattes, sans queue
RégimeSouvent herbivore (algues)Carnivore (insectes)
IntestinLong, spiraléCourt
Déchets azotésAmmoniacUrée

La métamorphose des amphibiens est déclenchée par les hormones thyroïdiennes. En 1912, le médecin allemand Friedrich Gudernatsch a montré que des têtards nourris de tissu thyroïdien se métamorphosent prématurément. La queue n’est pas perdue : ses cellules meurent par apoptose et ses matériaux sont recyclés. L’axolotl, salamandre mexicaine, reste généralement toute sa vie à l’état larvaire tout en devenant capable de se reproduire (néoténie) ; un apport d’hormone thyroïdienne peut le faire se métamorphoser.

Chez les animaux marins

Beaucoup d’invertébrés marins ont des larves microscopiques qui nagent dans le plancton, puis se fixent et se métamorphosent : larves d’oursins, d’étoiles de mer, de moules, d’huîtres, de coraux. Le crabe passe par plusieurs stades larvaires. Chez la méduse, une larve se fixe en un polype qui bourgeonne de petites méduses. Les poissons plats, comme la sole et le turbot, naissent symétriques ; au cours de leur métamorphose, un œil migre de l’autre côté de la tête.

Pourquoi la métamorphose ?

Le principal avantage avancé est la séparation des rôles : larve et adulte n’exploitent pas les mêmes ressources et n’entrent donc pas en compétition. La chenille mange des feuilles, le papillon boit du nectar ; le têtard broute des algues, la grenouille chasse. La larve est souvent spécialisée dans la croissance, l’adulte dans la reproduction et la dispersion. Chez certains insectes, l’adulte vit très peu : l’éphémère adulte ne se nourrit pas et ne vit souvent que quelques heures à quelques jours, après une vie larvaire aquatique d’un an ou plus.

L’origine évolutive de la métamorphose complète des insectes, apparue il y a plus de 300 millions d’années, reste discutée ; son succès est indéniable, puisque les ordres concernés (coléoptères, diptères, lépidoptères, hyménoptères) rassemblent la majorité des espèces animales connues (voir biodiversité).

Questions fréquentes

Que se passe-t-il exactement dans une chrysalide ?

Une grande partie des tissus de la chenille est digérée par ses propres enzymes, tandis que les disques imaginaux prolifèrent et construisent les organes de l’adulte. Ce n’est pas une « soupe » totalement indifférenciée : certains tissus, notamment nerveux et respiratoires, persistent en se remodelant.

L’être humain connaît-il une métamorphose ?

Non, son développement est direct. La puberté est une transformation importante, sous contrôle hormonal, mais elle ne change pas le plan du corps ni le mode de vie comme une métamorphose.

Quelle différence entre larve et nymphe ?

La larve est un stade actif qui se nourrit et grandit. Chez les insectes à métamorphose complète, la nymphe est un stade généralement immobile, ne se nourrissant pas, pendant lequel le corps adulte se construit. Chez les insectes à métamorphose incomplète, on appelle aussi parfois nymphes les jeunes stades actifs.

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