Sciences · Biologie
La migration animale
La migration animale est un déplacement régulier, souvent saisonnier, entre deux régions, pour se nourrir ou se reproduire dans les meilleures conditions. Oiseaux, poissons, mammifères et insectes migrent.
Mis à jour le 4 min de lecture
Chaque automne, des milliards d’oiseaux quittent l’Europe pour l’Afrique ; des saumons remontent les rivières où ils sont nés ; des gnous traversent la savane en colonnes immenses. La migration est l’un des phénomènes les plus spectaculaires du monde vivant. Longtemps mystérieuse (Aristote pensait que les hirondelles hibernaient dans la boue), elle a été éclaircie au XIXe et au XXe siècle grâce au baguage, puis aux balises satellites et aux géolocalisateurs miniatures.
Pourquoi les animaux migrent-ils ?
La migration a un coût énorme en énergie et en risques. Elle s’est développée quand les avantages l’emportent :
- Nourriture : les régions tempérées et arctiques offrent en été une abondance d’insectes, de plantes et de jours longs ; en hiver, elles deviennent hostiles.
- Reproduction : certains sites offrent sécurité ou conditions idéales pour les petits (plages de ponte des tortues marines, eaux chaudes pour les baleineaux).
- Climat : fuir le froid, la sécheresse ou la saison des pluies.
- Moins de prédateurs et de parasites dans les zones de reproduction éloignées.
Qui migre ?
| Groupe | Exemple | Trajet |
|---|---|---|
| Oiseaux | Hirondelle rustique | Europe ↔ Afrique subsaharienne |
| Oiseaux | Cigogne blanche | Europe ↔ Afrique de l’Ouest et de l’Est, par Gibraltar ou le Bosphore |
| Oiseaux | Sterne arctique | Arctique ↔ Antarctique |
| Poissons | Saumon atlantique | Rivière natale → océan → retour à la rivière natale pour frayer |
| Poissons | Anguille européenne | Rivières d’Europe ↔ mer des Sargasses |
| Mammifères | Gnou | Serengeti (Tanzanie) ↔ Masai Mara (Kenya), en boucle |
| Mammifères | Baleine à bosse | Eaux polaires (alimentation) ↔ eaux tropicales (reproduction) |
| Mammifères | Caribou (renne) | Toundra ↔ forêt boréale |
| Insectes | Papillon monarque | Canada et États-Unis ↔ montagnes du Mexique, sur plusieurs générations |
| Insectes | Belle-dame | Afrique ↔ Europe, sur plusieurs générations |
| Reptiles | Tortue luth | Traversées océaniques de milliers de kilomètres |
Quelques records
| Record | Espèce | Donnée |
|---|---|---|
| Plus longue migration annuelle | Sterne arctique | jusqu’à environ 70 000 à 90 000 km par an, en zigzag |
| Plus long vol sans escale connu | Barge rousse | plus de 13 000 km de l’Alaska à la Tasmanie en environ 11 jours (2022) |
| Plus haute altitude | Oie à tête barrée | Survol de l’Himalaya, à plus de 6 000 m d’altitude |
| Plus grand rassemblement de mammifères | Gnous, zèbres, gazelles du Serengeti | plus d’un million de gnous |
| Plus grand mouvement quotidien de biomasse | Zooplancton | Migration verticale chaque nuit vers la surface, puis vers les profondeurs le jour |
Comment s’orientent-ils ?
Les migrateurs combinent plusieurs « boussoles », dont l’importance varie selon les espèces.
| Repère | Principe | Espèces qui l’utilisent |
|---|---|---|
| Soleil | Position dans le ciel, corrigée par l’horloge interne | Oiseaux diurnes, abeilles, papillon monarque |
| Étoiles | Rotation du ciel autour de l’étoile polaire, apprise par les jeunes | Passereaux migrant de nuit |
| Champ magnétique terrestre | Inclinaison des lignes de champ, peut-être perçue grâce à une protéine de l’œil (cryptochrome) ou à des particules de magnétite | Oiseaux, tortues marines, saumons |
| Odeurs | Mémoire chimique du lieu de naissance | Saumons, puffins |
| Paysage | Côtes, fleuves, montagnes | Cigognes, grues |
| Infrasons, lumière polarisée | Repères complémentaires | Oiseaux (hypothèses en partie confirmées) |
Les expériences classiques de Gustav Kramer (années 1950) et de Stephen Emlen (dans un planétarium, années 1960-1970) ont démontré le rôle du soleil et des étoiles. L’orientation magnétique a été démontrée chez le rougegorge par Wolfgang et Roswitha Wiltschko en 1972.
Inné ou appris ?
Chez beaucoup de passereaux, la direction et la durée du premier voyage sont innées : de jeunes oiseaux élevés en captivité manifestent une agitation migratoire à la bonne saison et s’orientent dans la bonne direction. Chez les grands oiseaux sociaux (oies, grues, cigognes), les jeunes apprennent l’itinéraire en suivant les adultes.
Se préparer au voyage
Avant le départ, les oiseaux migrateurs connaissent une phase d'hyperphagie : ils mangent énormément et peuvent doubler leur masse en quelques semaines en stockant des graisses, carburant le plus énergétique. Certains réduisent la taille de leurs organes digestifs pendant le vol. Le déclenchement est contrôlé par la durée du jour (photopériode) et des horloges internes annuelles.
Les migrateurs menacés
Les migrateurs dépendent de plusieurs régions et de haltes sur leur route : la perte d’un seul maillon peut leur être fatale.
- destruction des zones humides et des haltes migratoires (voir zones humides) ;
- collisions avec les bâtiments vitrés, les lignes électriques et certaines éoliennes ;
- pollution lumineuse qui désoriente les oiseaux de nuit ;
- barrages qui bloquent les poissons migrateurs (saumons, anguilles, esturgeons) ;
- braconnage le long des voies de migration ;
- réchauffement climatique, qui décale les dates d’abondance de nourriture par rapport aux dates d’arrivée.
La convention de Bonn sur les espèces migratrices, signée en 1979, organise leur protection internationale.
Questions fréquentes
Tous les oiseaux migrent-ils ?
Non. En Europe, beaucoup d’espèces sont sédentaires (moineau domestique, mésange charbonnière, pic) ; d’autres sont migratrices partielles, une partie de la population seulement partant. Certaines espèces modifient leurs habitudes : de plus en plus de cigognes blanches passent l’hiver en Espagne au lieu de traverser le Sahara.
Comment les migrations sont-elles étudiées ?
Par le baguage (depuis 1899, avec le Danois Hans Christian Mortensen), les radars météorologiques, et surtout les balises GPS et géolocalisateurs de moins d’un gramme, qui ont révélé de nombreux trajets inconnus.
Quelle différence entre migration et hibernation ?
Ce sont deux réponses opposées à la mauvaise saison : partir vers des régions plus favorables, ou rester et réduire son activité au minimum (voir hibernation).