Langue française · Origine des expressions
Monter sur ses grands chevaux
Monter sur ses grands chevaux, c’est s’emporter, réagir avec colère et hauteur, souvent de façon excessive. L’image remonte au Moyen Âge : le chevalier enfourchait son grand cheval de guerre, le destrier, pour combattre.
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Monter sur ses grands chevaux signifie se mettre en colère et adopter un ton offensé ou supérieur : Dès qu’on critique son travail, il monte sur ses grands chevaux. L’expression combine deux idées : l’emportement et la prétention à avoir raison.
Sens et emploi
L’expression décrit souvent une réaction disproportionnée : on monte sur ses grands chevaux pour un rien. Elle a une valeur légèrement critique ; on l’emploie volontiers pour calmer quelqu’un (ne monte pas sur tes grands chevaux). Le registre est courant.
Origine : le destrier médiéval
Les chevaux du chevalier
Au Moyen Âge, le chevalier possédait plusieurs chevaux, chacun avec sa fonction :
| Cheval | Usage | Caractéristiques |
|---|---|---|
| Destrier | Combat et tournoi | Grand, puissant, dressé pour la guerre |
| Palefroi | Voyage, parade | Allure confortable, monture de déplacement |
| Roncin | Transport, écuyers | Cheval ordinaire, de moindre valeur |
| Sommier | Bagages | Bête de somme |
Le destrier, ainsi nommé parce que l’écuyer le menait de la main droite (dextre) quand le chevalier ne le montait pas, était réservé au combat. Le chevalier voyageait sur son palefroi et ne montait sur son « grand cheval » qu’au moment de se battre.
De la bataille à la colère
« Monter sur ses grands chevaux » signifiait donc se préparer au combat. Le chevalier, en selle sur une monture plus haute, dominait aussi littéralement l’adversaire. Le sens figuré a retenu ces deux traits : l’humeur belliqueuse et la position de supériorité. L’expression est attestée sous des formes anciennes dès la fin du Moyen Âge, avec un sens figuré qui s’est fixé à l’époque classique.
Exemples
Équivalents étrangers
| Langue | Équivalent | Sens littéral | Nuance |
|---|---|---|---|
| Anglais | to get on one’s high horse | monter sur son haut cheval | Insiste sur l’arrogance moralisatrice |
| Anglais | to fly off the handle | perdre le manche | Insiste sur la colère soudaine |
| Espagnol | subirse a la parra | monter sur la treille | S’emporter, se prendre pour quelqu’un |
| Italien | montare in cattedra | monter en chaire | Faire la leçon |
L’anglais to get on one’s high horse partage la même image, mais met davantage l’accent sur l’attitude moralisatrice. Au Québec, l’expression française est employée telle quelle.
Expressions voisines
- La moutarde me monte au nez : la colère monte.
- Prendre la mouche : se vexer pour peu de chose.
- Le prendre de haut : répondre avec mépris.
- Tenir le haut du pavé : occuper le premier rang, autre image de supériorité médiévale.
Questions fréquentes
Dit-on « monter sur ses grands chevaux » ou « sur son grand cheval » ?
La forme consacrée est au pluriel : monter sur ses grands chevaux. Monter sur son grand cheval se rencontre parfois mais reste rare.
Pourquoi le pluriel « chevaux » ?
Probablement parce que le chevalier disposait de plusieurs montures de guerre, ou par effet d’emphase. Le pluriel est figé depuis longtemps.
Qu’est-ce qu’un destrier ?
Le cheval de guerre du chevalier médiéval. Son nom vient du latin dextrarius, « qui est à droite », car l’écuyer le conduisait de la main droite.
Voir aussi le Moyen Âge et la liste des expressions françaises et leur origine.