Aller au contenu
connaissance.org

Arts · Musique

La musique médiévale

La musique médiévale couvre environ mille ans, du Ve au XVe siècle. Elle voit naître le chant grégorien, la notation sur portée, la poésie chantée des troubadours et la polyphonie, de l’organum à Guillaume de Machaut.

Mis à jour le 4 min de lecture

Le Moyen Âge a posé les bases de la musique occidentale : les noms des notes, la portée, la polyphonie, les premières formes savantes. On connaît surtout la musique de l'Église, mieux conservée car écrite par des clercs, mais la musique profane (chansons, danses) était aussi très vivante. Pour la vue d’ensemble des périodes, voir l’histoire de la musique.

Repères chronologiques

PériodeÉvénements musicaux
VIe-IXe siècleconstitution du répertoire liturgique ; sous les Carolingiens, diffusion du chant dit « grégorien »
IXe sièclepremières notations par neumes ; premiers traités décrivant l'organum
vers 1025-1030Guy d’Arezzo propose la portée à lignes et les noms des notes (ut, ré, mi, fa, sol, la)
XIIe siècletroubadours (sud de la France) ; Hildegarde de Bingen
fin XIIe-XIIIe siècleécole de Notre-Dame de Paris (Léonin, Pérotin) : Ars antiqua
XIIIe siècletrouvères (nord de la France), motets
XIVe siècleArs nova : Philippe de Vitry, Guillaume de Machaut
XVe siècleGuillaume Dufay : transition vers la Renaissance

Le chant grégorien

Le chant grégorien est le chant liturgique de l’Église catholique romaine. Son nom évoque le pape Grégoire Ier (fin du VIe siècle), mais le répertoire s’est en réalité fixé plus tard, à l’époque carolingienne, en mêlant traditions romaine et franque.

Ses caractéristiques :

  • monodie : une seule ligne mélodique, chantée à l’unisson (voir monodie et polyphonie) ;
  • a cappella : sans instruments ;
  • texte en latin, tiré de la Bible et de la liturgie ;
  • rythme libre, qui suit le texte, sans mesure ;
  • mélodies construites sur les modes ecclésiastiques (dorien, phrygien, lydien, mixolydien…).

Il était chanté par les moines et les clercs, dans les abbayes et les cathédrales, lors des offices et de la messe.

L’invention de la notation

Pendant des siècles, les mélodies se transmettaient de mémoire. À partir du IXe siècle apparaissent les neumes, petits signes placés au-dessus du texte pour rappeler la direction de la mélodie, sans hauteur précise. Au XIe siècle, le moine Guy d’Arezzo perfectionne la portée (lignes à hauteurs fixes) et propose d’apprendre les notes grâce aux premières syllabes de l’hymne Ut queant laxis : ut, ré, mi, fa, sol, la. Le si et le do (remplaçant ut) viendront plus tard (voir les bases du solfège). La notation des durées (notation mesurée) se précise aux XIIIe et XIVe siècles.

Troubadours et trouvères

À partir de la fin du XIe siècle, des poètes-musiciens composent des chansons en langue vulgaire :

  • les troubadours, en langue d'oc (sud de la France), comme Guillaume IX d’Aquitaine, considéré comme le premier troubadour connu, Bernard de Ventadour ;
  • les trouvères, en langue d'oïl (nord), comme Chrétien de Troyes, Thibaut de Champagne, Adam de la Halle, auteur du Jeu de Robin et Marion.

Leur thème principal est l'amour courtois : le poète chante une dame inaccessible. Les chansons sont monodiques, probablement accompagnées d’instruments. Les jongleurs et ménestrels interprètent ce répertoire de château en château (voir la littérature médiévale).

La naissance de la polyphonie

  • Organum (IXe siècle) : une seconde voix double le chant grégorien à la quinte ou à la quarte, puis s’en émancipe.
  • École de Notre-Dame (vers 1160-1250) : contemporaine de la construction de la cathédrale, elle produit des organums à deux, trois et quatre voix ; Pérotin écrit des pièces à quatre voix, une prouesse pour l’époque.
  • Motet (XIIIe siècle) : plusieurs voix superposées, chacune avec un texte différent, parfois en latin et en français à la fois.
  • Ars nova (XIVe siècle) : nom tiré d’un traité attribué à Philippe de Vitry. Rythmes plus variés, division binaire du temps admise. Guillaume de Machaut (vers 1300-1377), poète et compositeur, écrit la Messe de Nostre Dame, l’une des premières messes polyphoniques complètes d’un même auteur.

Les grands édifices de l'art roman et de l'art gothique, avec leur acoustique réverbérante, ont façonné ce répertoire.

Les instruments médiévaux

FamilleInstruments
Cordes frottéesvièle (ancêtre du violon), rebec, vielle à roue (cordes frottées par une roue)
Cordes pincéesharpe, luth, psaltérion, citole
Ventsflûtes, chalemie (ancêtre du hautbois), cornemuse, cornet, trompette droite
Claviersorgue (portatif, positif, grand orgue)
Percussionstambourin, nacaires (petites timbales), cloches

Questions fréquentes

Pourquoi parle-t-on de chant « grégorien » ?

En hommage au pape Grégoire le Grand, à qui la tradition attribuait le répertoire. Les historiens considèrent qu’il a été fixé plus tard, sous les Carolingiens, aux VIIIe et IXe siècles.

Qui est le premier compositeur connu par son nom ?

Les premiers noms conservés en Occident appartiennent à des auteurs d’hymnes et de chants. Parmi les figures célèbres, Hildegarde de Bingen (1098-1179), abbesse et compositrice, et Léonin et Pérotin, maîtres de Notre-Dame.

La musique médiévale utilisait-elle des instruments ?

Oui, surtout dans la musique profane et les danses. Le chant liturgique était en revanche chanté sans instruments, à l’exception de l’orgue, qui s’introduit progressivement dans les églises.

À lire aussi

Musique : toutes les fiches