Arts · Musique
La musique contemporaine
La musique contemporaine désigne la musique savante écrite depuis le début du XXe siècle. Elle rompt avec la tonalité classique et explore de nouveaux langages : atonalité, sérialisme, musique concrète, minimalisme.
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Au début du XXe siècle, la musique savante occidentale vit une révolution comparable à celle de la peinture abstraite. Les compositeurs abandonnent progressivement le système tonal (majeur et mineur, hiérarchie des accords) qui régnait depuis trois siècles, puis intègrent le bruit, l’électronique, la répétition. Cette musique déroute souvent à la première écoute : connaître ses principes aide à l’apprécier.
Les grands courants
| Courant | Date d’apparition | Principe | Figures |
|---|---|---|---|
| Impressionnisme musical | vers 1890-1900 | couleurs sonores, gammes par tons, harmonie libérée | Debussy, Ravel |
| Atonalité | vers 1908 | absence de tonalité principale | Schoenberg, Berg, Webern |
| Primitivisme rythmique | 1913 | rythmes asymétriques, dissonances percussives | Stravinsky |
| Dodécaphonisme | vers 1921-1923 | série des 12 sons chromatiques | Schoenberg |
| Néoclassicisme | années 1920 | retour aux formes anciennes avec un langage moderne | Stravinsky, Prokofiev, Poulenc |
| Sérialisme intégral | vers 1950 | série appliquée aussi aux durées, intensités, timbres | Boulez, Stockhausen |
| Musique concrète | 1948 | composition à partir de sons enregistrés | Pierre Schaeffer, Pierre Henry |
| Musique électronique savante | années 1950 | sons produits par synthèse | Stockhausen |
| Musique aléatoire, indéterminée | années 1950 | part de hasard ou de choix laissé à l’interprète | John Cage |
| Minimalisme (musique répétitive) | années 1960 | motifs simples répétés et transformés lentement | Steve Reich, Philip Glass, Terry Riley |
| Musique spectrale | années 1970 | composition à partir de l’analyse du spectre sonore | Gérard Grisey, Tristan Murail |
De la tonalité à l’atonalité
Dans la musique tonale, une note (la tonique) et son accord servent de centre ; tout s’organise autour d’eux, avec un jeu de tension et de résolution. Dès la fin du XIXe siècle, Wagner et Mahler poussent ce système à ses limites par le chromatisme. Vers 1908, Arnold Schoenberg franchit le pas : sa musique n’a plus de centre tonal. On parle d'atonalité.
Le dodécaphonisme et le sérialisme
Pour organiser cette liberté, Schoenberg invente au début des années 1920 le dodécaphonisme (du grec dôdeka, douze) : chaque œuvre repose sur une série qui ordonne les douze notes de la gamme chromatique, sans en répéter aucune avant d’avoir énoncé les douze. La série peut être jouée à l’envers, renversée, transposée. Avec ses élèves Alban Berg et Anton Webern, il forme la seconde école de Vienne.
Après 1945, Pierre Boulez, Karlheinz Stockhausen et Luigi Nono étendent ce principe aux durées, aux intensités et aux timbres : c’est le sérialisme intégral. Olivier Messiaen, leur maître, invente ses propres modes et rythmes et transcrit des chants d’oiseaux.
Le bruit et l’électricité
- Le futuriste italien Luigi Russolo publie L’Art des bruits (1913) et construit des machines à bruits.
- En 1948, à Paris, Pierre Schaeffer crée la musique concrète à partir de sons enregistrés (trains, objets, voix) montés et transformés. Avec Pierre Henry, il compose Symphonie pour un homme seul (1950).
- La musique électroacoustique réunit sons enregistrés et sons de synthèse ; elle prépare la musique électronique populaire.
- L'IRCAM, institut de recherche musicale fondé par Boulez à Paris, ouvre en 1977 près du Centre Pompidou.
Hasard, silence et répétition
John Cage (1912-1992) introduit le hasard dans la composition, utilise le piano préparé (objets glissés entre les cordes) et compose 4′33″ (1952), où l’interprète ne joue aucune note : l’œuvre est faite des bruits ambiants de la salle.
En réaction à la complexité sérielle, les compositeurs minimalistes américains (Terry Riley, In C, 1964 ; Steve Reich ; Philip Glass) reviennent à une pulsation régulière et à des motifs simples répétés qui évoluent progressivement. Ils ont beaucoup influencé la pop, l’électro et la musique de film.
Les nouveaux modes de jeu
Les compositeurs contemporains demandent souvent aux interprètes des techniques inhabituelles : glissandos, quarts de ton, bruits de clés, souffle sans note, voix parlée-chantée (Sprechgesang), jeu à l’intérieur du piano. La partition peut être graphique, avec des dessins plutôt que des notes.
Œuvres à écouter
| Œuvre | Compositeur | Date |
|---|---|---|
| Prélude à l’après-midi d’un faune | Debussy | 1894 |
| Le Sacre du printemps | Stravinsky | 1913 |
| Pierrot lunaire | Schoenberg | 1912 |
| Quatuor pour la fin du Temps | Messiaen | 1941 |
| Symphonie pour un homme seul | Schaeffer et Henry | 1950 |
| 4′33″ | Cage | 1952 |
| Atmosphères | György Ligeti | 1961 |
| Music for 18 Musicians | Steve Reich | 1976 |
Questions fréquentes
Pourquoi la musique contemporaine est-elle difficile à écouter ?
Parce qu’elle abandonne souvent les repères familiers : mélodie chantable, tonalité, pulsation régulière. L’oreille gagne à écouter autre chose : textures, timbres, contrastes, évolution du son dans le temps.
Quelle est la différence entre atonal et dodécaphonique ?
Toute musique dodécaphonique est atonale, mais l’inverse n’est pas vrai. L’atonalité est l’absence de tonalité ; le dodécaphonisme est une méthode précise pour l’organiser à partir d’une série de douze sons.
La musique contemporaine est-elle encore composée aujourd’hui ?
Oui. La création reste vivante, avec des esthétiques très diverses, de la complexité post-sérielle à des œuvres tonales ou minimalistes, souvent jouées dans les festivals et par des ensembles spécialisés.