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Histoire du blues
Le blues est une musique afro-américaine née dans le sud des États-Unis à la fin du XIXe siècle. Construit le plus souvent sur une grille de 12 mesures, il est à la racine du jazz, du rock et de la soul.
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Le blues est un genre musical né dans les communautés afro-américaines du sud des États-Unis, en particulier dans le delta du Mississippi, vers la fin du XIXe siècle. Il exprime la mélancolie, la dureté de la vie, l’amour déçu, mais aussi l’humour et la résistance. Son nom vient de l’expression anglaise to have the blue devils, « avoir le cafard ». Le blues est la matrice de presque toute la musique populaire américaine du XXe siècle.
Les origines du blues
Le blues naît après l’abolition de l’esclavage (1865), dans un Sud marqué par la ségrégation et le métayage. Il puise dans :
- les work songs (chants de travail) des champs de coton et des chantiers ;
- les field hollers, cris lancés d’un champ à l’autre ;
- les spirituals et la structure appel-réponse héritée des musiques d’Afrique de l’Ouest ;
- les ballades et chansons populaires blanches.
Le compositeur et chef d’orchestre W. C. Handy raconte avoir entendu, vers 1903, dans une gare du Mississippi, un homme jouer de la guitare en faisant glisser un couteau sur les cordes. Il publie en 1912 Memphis Blues, puis en 1914 St. Louis Blues, qui popularisent le genre. Le premier enregistrement de blues chanté par une Afro-Américaine, Crazy Blues de Mamie Smith (1920), est un succès commercial qui lance le marché des « race records ».
La forme du blues
La forme la plus courante est le blues de 12 mesures, sur trois accords (I, IV et V de la tonalité) :
| Mesures | Accords (en mi) | Paroles |
|---|---|---|
| 1-4 | I - I - I - I (mi) | Premier vers |
| 5-8 | IV - IV - I - I (la, mi) | Le premier vers est répété |
| 9-12 | V - IV - I - I (si, la, mi) | Vers de réponse, qui conclut |
Les paroles suivent souvent le schéma AAB : une phrase, sa répétition, puis une réponse. La mélodie utilise la gamme blues (gamme pentatonique mineure avec une quinte diminuée). Voir les bases du solfège.
Les grands styles du blues
| Style | Période et lieu | Caractéristiques | Artistes |
|---|---|---|---|
| Delta blues | 1920-1940, Mississippi | Guitare acoustique seule, slide, voix intense | Charley Patton, Son House, Robert Johnson |
| Classic blues | Années 1920 | Chanteuses accompagnées par des orchestres de jazz | Ma Rainey, Bessie Smith |
| Piedmont blues | Côte Est | Jeu de guitare en picking, plus léger | Blind Willie McTell, Blind Blake |
| Texas blues | Texas | Guitare fluide, puis électrique | Blind Lemon Jefferson, T-Bone Walker |
| Chicago blues | 1945-1960 | Électrique, batterie, harmonica amplifié | Muddy Waters, Howlin' Wolf, Willie Dixon |
| Blues moderne | Depuis 1950 | Guitare soliste virtuose | B.B. King, Albert King, Buddy Guy |
| Blues-rock | Années 1960 | Réappropriation britannique et américaine | Eric Clapton, Jimi Hendrix, Stevie Ray Vaughan |
Les grandes figures
- Bessie Smith (1894-1937), « l’impératrice du blues », la chanteuse la plus populaire des années 1920.
- Robert Johnson (1911-1938) : 29 chansons enregistrées en 1936-1937 (Cross Road Blues, Sweet Home Chicago). La légende selon laquelle il aurait vendu son âme au diable à un carrefour en échange de son talent est un mythe ; elle a contribué à sa célébrité posthume.
- Muddy Waters (1913-1983) : parti du Mississippi pour Chicago en 1943, il électrifie le blues du Delta (Hoochie Coochie Man, Mannish Boy). Les Rolling Stones tirent leur nom de sa chanson Rollin' Stone.
- John Lee Hooker (1917-2001) : blues hypnotique sur un seul accord (Boogie Chillen', 1948).
- B.B. King (1925-2015) : guitariste au vibrato reconnaissable, il joue sur sa guitare baptisée « Lucille » (The Thrill Is Gone, 1969).
La Grande Migration et l’électrification
Entre 1910 et 1970, plusieurs millions d’Afro-Américains quittent le Sud pour les villes industrielles du Nord. Le blues les suit à Chicago, Detroit, Saint-Louis. Pour se faire entendre dans les clubs bruyants, les musiciens adoptent la guitare électrique et l'harmonica amplifié. Le label Chess Records (Chicago) enregistre Muddy Waters, Howlin' Wolf, Little Walter et Chuck Berry.
L’héritage du blues
Le blues a engendré ou nourri :
- le jazz, qui en reprend la forme et les blue notes ;
- le rhythm and blues, puis le rock’n’roll dans les années 1950 ;
- la soul et le funk ;
- le rock britannique des années 1960 (Rolling Stones, Led Zeppelin, Cream), qui a fait redécouvrir les bluesmen au public blanc.
Questions fréquentes
D’où vient le blues ?
Du sud des États-Unis, notamment du delta du Mississippi, à la fin du XIXe siècle. Il est issu des chants de travail, des spirituals et des traditions musicales africaines des descendants d’esclaves.
Qu’est-ce qu’une grille de blues ?
Une suite de 12 mesures sur trois accords (I, IV, V) qui sert de cadre au chant et à l’improvisation. La plupart des morceaux de blues, et de nombreux rocks, l’utilisent.
Pourquoi appelle-t-on cette musique le blues ?
L’expression anglaise the blues, abréviation de the blue devils, désigne la mélancolie, le cafard. Elle s’est appliquée à cette musique qui exprime la tristesse.
Quelle est la différence entre le blues et le rock ?
Le rock est né du blues (via le rhythm and blues) : il en reprend souvent la grille et les gammes, mais avec un tempo plus rapide, une batterie plus marquée et une instrumentation électrique amplifiée.