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Philosophie · Œuvres et textes clés

L’allégorie de la caverne

L’allégorie de la caverne est un récit de Platon (République, livre VII) : des prisonniers enchaînés prennent des ombres pour la réalité. Elle illustre le passage de l’opinion à la connaissance vraie.

Mis à jour le 5 min de lecture

L’allégorie (ou mythe) de la caverne ouvre le livre VII de la République de Platon, écrite vers 375 av. J.-C. Socrate y décrit des hommes enchaînés depuis l’enfance au fond d’une demeure souterraine, qui ne voient que des ombres projetées sur un mur et les prennent pour la réalité. L’un d’eux est libéré, découvre douloureusement le monde extérieur puis le Soleil, et redescend libérer les autres, au risque d’être tué. Le récit représente, selon les mots mêmes de Socrate, « notre nature, selon qu’elle est éclairée par l’éducation ou ne l’est pas ». C’est le texte le plus célèbre de la philosophie occidentale sur la connaissance, l’éducation et la vérité.

Résumé de l’allégorie, étape par étape

1. La situation des prisonniers

Des hommes vivent depuis l’enfance dans une caverne, enchaînés par les jambes et le cou, si bien qu’ils ne peuvent regarder que le mur du fond. Derrière eux, en hauteur, brûle un feu. Entre le feu et les prisonniers passe une route bordée d’un petit mur, comparable à celui des montreurs de marionnettes. Des hommes y portent des objets de toutes sortes (statues d’hommes et d’animaux en pierre, en bois) qui dépassent du muret. Les prisonniers ne voient que les ombres de ces objets sur la paroi et n’entendent que l’écho des voix : ils les prennent pour la seule réalité. Socrate précise : « Ils nous ressemblent. »

2. La libération et l’éblouissement

On détache un prisonnier et on le force à se retourner vers le feu. La lumière lui fait mal aux yeux ; il ne reconnaît pas les objets dont il voyait les ombres et croit que les ombres étaient plus vraies. Libéré malgré lui, il résiste.

3. La sortie de la caverne

On le traîne de force par une montée rude et escarpée jusqu’à la lumière du jour. Ébloui, il ne voit d’abord rien. Il s’habitue progressivement : il regarde d’abord les ombres, puis les reflets des hommes et des choses dans l’eau, puis les choses elles-mêmes, puis le ciel et les astres la nuit, enfin le Soleil lui-même, à sa place. Il comprend que c’est le Soleil qui produit les saisons et gouverne tout le monde visible.

4. Le retour dans la caverne

Se souvenant de ses compagnons, il les plaint et redescend. Passant brusquement de la lumière à l’obscurité, il ne voit plus rien et se montre maladroit dans les concours de reconnaissance des ombres. Les prisonniers se moquent de lui : monter là-haut lui a gâté les yeux. Et si quelqu’un essayait de les délier pour les conduire en haut, ils le tueraient s’ils pouvaient s’en emparer. L’allusion à la condamnation à mort de Socrate en 399 av. J.-C. est transparente.

Signification des éléments

Platon donne lui-même la clé : la caverne correspond au monde visible, le feu au Soleil, la montée à l’ascension de l’âme vers le monde intelligible.

Élément du récitSignification
La caverneLe monde sensible, celui que perçoivent nos sens
Les prisonniersLes hommes non éduqués, prisonniers de l’opinion
Les chaînesLes préjugés, les habitudes, les passions, l’éducation reçue
Les ombresLes apparences, les images, les opinions (doxa)
Les porteurs d’objetsCeux qui fabriquent les opinions (poètes, sophistes, orateurs)
Le feuLa lumière du monde sensible (le soleil visible)
La montéeL’éducation, effort long et douloureux
Les objets extérieursLes Idées, réalités intelligibles
Le SoleilL’Idée du Bien, source de l’être et de la connaissance
Le retourLe devoir du philosophe de gouverner et d’éduquer
La mise à mortLe sort de Socrate, condamné par Athènes

Ce que l’allégorie enseigne

Une théorie de la connaissance

L’allégorie met en images la ligne divisée du livre VI : on passe des images aux choses sensibles (opinion), puis des objets mathématiques aux Idées (science). Connaître, ce n’est pas voir davantage, c’est changer d’objet : passer des apparences changeantes aux réalités intelligibles. La vérité n’est pas dans ce qui apparaît, mais dans ce qui est. Sur l’ensemble de la question, voir théorie de la connaissance.

Une théorie de l’éducation

Socrate en tire une définition de l’éducation : elle ne consiste pas à mettre la science dans une âme qui ne l’aurait pas, comme on mettrait la vue dans des yeux aveugles. Chaque âme possède la faculté d’apprendre ; l’éducation est l’art de la tourner (periagôgè, la « conversion ») tout entière vers la lumière. Apprendre exige un effort, et même une contrainte : le prisonnier est « forcé » à chaque étape.

Une théorie politique

Le philosophe qui a vu le Bien préférerait rester dans la lumière. Mais la cité doit l’obliger à redescendre pour gouverner : ceux qui ne désirent pas le pouvoir sont les seuls à qui on peut le confier sans danger. L’allégorie justifie ainsi le thème du philosophe-roi de La République.

Interprétations et postérité

  • Lecture existentielle : la caverne décrit la condition de quiconque vit sans examen, prisonnier de ses préjugés. Sortir de la caverne, c’est penser par soi-même, ce que les Lumières reprendront avec le « sapere aude » de Kant.
  • Lecture critique : Heidegger y voit, dans La Doctrine de Platon sur la vérité (1942), le moment où la vérité devient exactitude du regard. Nietzsche reproche à Platon d’avoir dévalorisé le monde sensible au profit d’un « arrière-monde ».
  • Lectures contemporaines : l’allégorie est souvent rapprochée du cinéma (une salle obscure où l’on regarde des images projetées), des écrans, de la propagande ou des bulles informationnelles. Le film Matrix (1999) en est une transposition explicite.

Comment commenter l’allégorie

  1. Situer le texte : République, livre VII, 514a-517a pour le récit, suivi de son interprétation (517a-521b).
  2. Dégager la thèse : l’homme est naturellement prisonnier des apparences ; seule l’éducation philosophique l’en libère.
  3. Suivre les étapes : situation, libération, ascension, contemplation, retour.
  4. Expliquer les images grâce à la clé donnée par Platon.
  5. Discuter : peut-on sortir définitivement de la caverne ? Le sensible est-il seulement illusion (Aristote répondra que non) ? Qui décide de ce qui est vrai ?

Questions fréquentes

Quel est le message de l’allégorie de la caverne ?

Les hommes prennent spontanément les apparences pour la réalité. La connaissance vraie exige une conversion du regard, difficile et douloureuse, qui mène des opinions aux Idées et, finalement, au Bien.

Dans quel livre se trouve l’allégorie de la caverne ?

Au début du livre VII de la République de Platon (514a-517a), dialogue entre Socrate et Glaucon, le frère de Platon.

Pourquoi les prisonniers veulent-ils tuer celui qui revient ?

Parce qu’il remet en cause tout ce qu’ils croient savoir et qu’il paraît ridicule à leurs yeux. Platon pense au procès de Socrate, condamné à mort par les Athéniens.

Allégorie ou mythe de la caverne ?

Les deux expressions sont courantes. « Allégorie » est plus exact : Platon construit une image dont il donne lui-même la clé, alors que ses mythes (Er, Gygès) sont des récits de type légendaire.

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