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Philosophie · Œuvres et textes clés

Du contrat social

Du contrat social (1762) est le grand traité politique de Rousseau. Il cherche une association où chacun, s’unissant à tous, n’obéisse qu’à lui-même, et fonde la souveraineté du peuple sur la volonté générale.

Mis à jour le 5 min de lecture

Du contrat social ou Principes du droit politique est publié à Amsterdam en avril 1762 par Jean-Jacques Rousseau (1712-1778), quelques semaines avant l'Émile. Le livre est aussitôt condamné à Genève (où il est brûlé avec l'Émile) et interdit en France. Rousseau, qui se présente comme « citoyen de Genève », doit fuir. Peu lu à sa parution, le Contrat social devient pendant la Révolution française une référence majeure. Il est divisé en quatre livres.

Le problème

Rousseau annonce son projet : « Je veux chercher si, dans l’ordre civil, il peut y avoir quelque règle d’administration légitime et sûre, en prenant les hommes tels qu’ils sont, et les lois telles qu’elles peuvent être. » Le premier chapitre s’ouvre sur une phrase célèbre : « L’homme est né libre, et partout il est dans les fers. » Rousseau ne cherche pas à expliquer comment ce changement s’est fait (il l’a fait dans le Discours sur l’origine de l’inégalité, 1755), mais ce qui peut le rendre légitime.

Livre I : le pacte social

Les faux fondements

Rousseau écarte plusieurs justifications de l’autorité :

  • la famille : l’autorité paternelle cesse quand les enfants n’ont plus besoin du père ; elle ne peut servir de modèle à l’État ;
  • la force : « La force est une puissance physique ; je ne vois point quelle moralité peut résulter de ses effets. Céder à la force est un acte de nécessité, non de volonté. » Le « droit du plus fort » est une contradiction ;
  • l’esclavage : renoncer à sa liberté, c’est renoncer à sa qualité d’homme ; une telle convention est nulle.

« Convenons donc que force ne fait pas droit, et qu’on n’est obligé d’obéir qu’aux puissances légitimes. »

Le pacte

Le problème fondamental est de « trouver une forme d’association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun s’unissant à tous n’obéisse pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant » (I, 6).

La solution est l'aliénation totale de chaque associé, avec tous ses droits, à toute la communauté. Comme chacun se donne tout entier, la condition est égale pour tous ; et comme chacun se donne à tous, il ne se donne à personne. Formule du pacte : « Chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de la volonté générale ; et nous recevons en corps chaque membre comme partie indivisible du tout. »

Vocabulaire du corps politique

TermeDésigne
République ou corps politiqueLa personne publique formée par l’union de tous
ÉtatCe corps, quand il est passif (il obéit)
SouverainCe corps, quand il est actif (il fait les lois)
PeupleLes associés collectivement
CitoyensLes associés en tant que participants à l’autorité souveraine
SujetsLes associés en tant que soumis aux lois

Par le pacte, l’homme perd la liberté naturelle (droit illimité à tout ce qu’il peut atteindre) et gagne la liberté civile et la liberté morale, « car l’impulsion du seul appétit est esclavage, et l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté » (I, 8). Celui qui refuse d’obéir à la volonté générale « y sera contraint par tout le corps : ce qui ne signifie autre chose sinon qu’on le forcera d’être libre » (I, 7).

Livre II : la souveraineté et la loi

La souveraineté, exercice de la volonté générale, a trois caractères :

  1. elle est inaliénable : le pouvoir peut se transmettre, non la volonté ; le peuple ne peut se donner de maître ;
  2. elle est indivisible : on ne peut la partager entre plusieurs pouvoirs ;
  3. elle est infaillible dans son intention : « la volonté générale est toujours droite », mais le peuple peut être trompé.

Pour que la volonté générale s’exprime, il faut qu’il n’y ait pas de sociétés partielles (factions, partis) dans l’État, et que chaque citoyen opine d’après lui seul.

La loi est l’acte par lequel le peuple statue sur le peuple tout entier : elle est générale par son objet et par sa source. Pour donner des lois à un peuple, il faut un législateur, être exceptionnel qui propose les lois sans avoir le pouvoir de les imposer (comme Lycurgue à Sparte). « Il faudrait des dieux pour donner des lois aux hommes » (II, 7).

Livre III : le gouvernement

Rousseau distingue rigoureusement le souverain (le peuple, qui fait les lois) et le gouvernement (le corps intermédiaire, qui les exécute). Le gouvernement n’est qu’un commis du souverain, qui peut le changer.

GouvernementQui exécuteConvient à
DémocratieLe peuple entier ou sa majoritéPetits États ; « s’il y avait un peuple de dieux, il se gouvernerait démocratiquement »
AristocratieUn petit nombre (élective, de préférence)États moyens ; la meilleure forme selon Rousseau
MonarchieUn seulGrands États

Le chapitre XV condamne la représentation de la souveraineté : « La souveraineté ne peut être représentée, par la même raison qu’elle ne peut être aliénée. » Les députés ne sont que des commissaires. « Le peuple anglais pense être libre ; il se trompe fort, il ne l’est que durant l’élection des membres du Parlement : sitôt qu’ils sont élus, il est esclave. »

Livre IV : le suffrage et la religion civile

Rousseau étudie le vote, les comices romains, la dictature et la censure. Le dernier chapitre (IV, 8) traite de la religion civile : une profession de foi purement civile, dont le souverain fixe les articles, « non pas précisément comme dogmes de religion, mais comme sentiments de sociabilité ». Ses dogmes positifs : l’existence de Dieu, la vie à venir, le bonheur des justes et le châtiment des méchants, la sainteté du contrat social et des lois. Un seul dogme négatif : l'intolérance. Ce chapitre est très discuté.

Postérité et débats

Le Contrat social inspire les révolutionnaires : la Déclaration des droits de l’homme de 1789 définit la loi comme « l’expression de la volonté générale » (article 6). Robespierre se réclame de Rousseau. Au XXe siècle, certains (Talmon, Berlin) ont vu dans la volonté générale une source du totalitarisme, en raison de la formule « on le forcera d’être libre » ; d’autres y lisent la fondation de la démocratie et de l’autonomie politique. Benjamin Constant lui oppose la « liberté des modernes », fondée sur la vie privée. Pour la comparaison avec Hobbes et Locke, voir le contrat social.

Questions fréquentes

Que signifie « L’homme est né libre, et partout il est dans les fers » ?

Que l’homme est libre par nature, mais que les sociétés existantes l’ont asservi. Rousseau ne cherche pas à revenir à l’état de nature, mais à trouver les conditions d’un ordre politique légitime.

Quelle est la différence entre volonté générale et volonté de tous ?

La volonté de tous est la somme des intérêts particuliers ; la volonté générale vise l’intérêt commun. Une majorité peut exprimer la volonté de tous sans exprimer la volonté générale.

Rousseau est-il favorable à la démocratie représentative ?

Non. Il juge que la souveraineté ne peut pas être représentée : les lois doivent être ratifiées par le peuple lui-même. Les députés ne peuvent être que des commissaires.

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