Psychologie · Fonctionnement de l’esprit
Les rêves
Rêver est une activité normale du cerveau endormi, surtout en sommeil paradoxal. Leur fonction reste débattue et les « dictionnaires des rêves » n’ont aucune base scientifique.
Mis à jour le 4 min de lecture
Chaque nuit, nous rêvons pendant environ deux heures au total, même si nous ne nous en souvenons pas toujours. Le rêve est une expérience mentale vécue pendant le sommeil, faite d’images, de sensations, d’émotions et de récits souvent étranges. Depuis l’Antiquité, on y cherche des présages ou des messages cachés. Depuis les années 1950, on l’étudie en laboratoire.
Rêve et sommeil paradoxal
En 1953, à l’université de Chicago, Eugene Aserinsky et Nathaniel Kleitman découvrent une phase de sommeil marquée par des mouvements oculaires rapides (REM sleep). Les dormeurs réveillés pendant cette phase racontent très souvent un rêve. En France, Michel Jouvet la baptise sommeil paradoxal, parce que le cerveau y est très actif alors que les muscles sont paralysés.
| Sommeil paradoxal | Sommeil lent | |
|---|---|---|
| Activité cérébrale | Intense, proche de l’éveil | Ralentie |
| Muscles | Paralysés (sauf yeux et respiration) | Tonus réduit |
| Rêves | Fréquents, longs, visuels, émotionnels, étranges | Moins fréquents, plus courts, plus proches de pensées |
| Part de la nuit | Environ 20 à 25 % chez l’adulte | Le reste |
On sait aujourd’hui que l’on rêve aussi en sommeil lent, mais différemment. La paralysie musculaire du sommeil paradoxal empêche de « vivre » ses rêves ; quand elle fait défaut, certaines personnes agitent bras et jambes en rêvant (trouble du comportement en sommeil paradoxal), ce qui justifie une consultation.
Pourquoi rêve-t-on ? Les principales théories
| Théorie | Idée principale | Statut |
|---|---|---|
| Freud (1900) | Le rêve est la réalisation déguisée d’un désir refoulé ; son contenu manifeste cache un contenu latent | Influente culturellement, peu soutenue empiriquement |
| Activation-synthèse (Hobson et McCarley, 1977) | Le cerveau, activé de façon chaotique, fabrique un récit à partir de signaux aléatoires | Discutée, révisée par ses auteurs |
| Simulation de la menace (Revonsuo, 2000) | Le rêve permet de s’entraîner à faire face aux dangers | Plausible, difficile à tester |
| Continuité (Domhoff) | Les rêves reflètent les préoccupations, les relations et les activités de la vie éveillée | Bien soutenue par l’analyse de milliers de récits |
| Traitement émotionnel et mémoire | Le rêve accompagnerait la consolidation des souvenirs et la régulation des émotions | Hypothèse active, résultats encore partiels |
Pour Freud, le rêve est la « voie royale » vers l'inconscient (voir aussi Freud). Les chercheurs actuels admettent que les rêves ont un lien avec nos émotions et nos expériences, mais pas qu’ils soient des messages codés à déchiffrer selon une grille universelle.
Les rêves typiques
Certains thèmes reviennent dans toutes les cultures. Les enquêtes du chercheur canadien Tore Nielsen placent en tête :
- être poursuivi ;
- les rêves sexuels ;
- tomber ;
- être à l'école ou rater un examen ;
- arriver en retard ;
- voler dans les airs ;
- perdre ses dents ;
- être nu en public.
Ces rêves reflètent probablement des préoccupations universelles (peur, évaluation, statut social), mais leur sens dépend de la personne : aucune signification fixe ne peut leur être attribuée.
Pourquoi oublie-t-on ses rêves ?
La plupart des rêves sont oubliés en quelques minutes après le réveil. Pendant le sommeil, les mécanismes d’enregistrement des souvenirs fonctionnent mal, notamment parce que certaines substances chimiques du cerveau (comme la noradrénaline) sont presque absentes en sommeil paradoxal. On se souvient mieux d’un rêve quand on se réveille pendant ou juste après lui, et quand on s’y intéresse : noter ses rêves dès le réveil augmente nettement le rappel.
Cauchemars et terreurs nocturnes
- Les cauchemars sont des rêves effrayants qui réveillent, surtout en seconde partie de nuit, pendant le sommeil paradoxal. Fréquents chez l’enfant, ils augmentent chez l’adulte avec le stress, l'anxiété, certains médicaments et après un traumatisme. Des cauchemars répétés et envahissants se soignent : la thérapie par répétition d’imagerie mentale, qui consiste à réécrire le scénario du cauchemar et à le répéter éveillé, a fait ses preuves.
- Les terreurs nocturnes surviennent en début de nuit, en sommeil lent profond, surtout chez l’enfant : il crie, semble terrorisé, ne reconnaît pas ses parents et ne s’en souvient pas le lendemain. Elles sont en général sans gravité et disparaissent avec l’âge.
Le rêve lucide
On parle de rêve lucide quand le dormeur sait qu’il rêve, et peut parfois orienter son rêve. Il a été démontré en laboratoire à la fin des années 1970 et au début des années 1980, notamment par Keith Hearne au Royaume-Uni et Stephen LaBerge aux États-Unis : des dormeurs en sommeil paradoxal envoyaient un signal convenu avec les yeux. Il est plutôt rare spontanément, mais peut être favorisé par des techniques d’entraînement.
Questions fréquentes
Tout le monde rêve-t-il ?
Oui, presque tous les êtres humains rêvent, même ceux qui disent ne jamais rêver : ils ne s’en souviennent simplement pas.
Les animaux rêvent-ils ?
Les mammifères et les oiseaux ont un sommeil paradoxal. Des expériences sur des rats montrent que leur cerveau « rejoue » pendant le sommeil des parcours appris dans la journée, ce qui suggère une forme de rêve.
Rêve-t-on en couleur ?
La plupart des gens disent rêver en couleur. Les personnes qui ont grandi avec la télévision en noir et blanc rapportaient plus souvent des rêves en noir et blanc, ce qui montre l’influence de l’expérience.
Peut-on interpréter ses rêves ?
Réfléchir à ses rêves peut aider à prendre conscience de ses préoccupations, par exemple avec un psychothérapeute. Mais il n’existe pas de clé d’interprétation universelle.