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Psychologie · Fonctionnement de l’esprit

L’effet Pygmalion

L’effet Pygmalion est l’influence des attentes d’une personne, par exemple un enseignant, sur les performances de ceux qu’elle encadre. Il existe, mais il est modeste.

Mis à jour le 4 min de lecture

Dans la mythologie grecque racontée par Ovide, le sculpteur Pygmalion tombe amoureux de la statue qu’il a créée, et la déesse Aphrodite lui donne vie. Le dramaturge George Bernard Shaw en a tiré en 1913 la pièce Pygmalion, où un professeur de phonétique transforme une vendeuse de fleurs en dame de la haute société. En psychologie, l'effet Pygmalion désigne le pouvoir des attentes : croire en quelqu’un peut l’aider à réussir.

L’expérience de Rosenthal et Jacobson

Les rats « intelligents »

En 1963, le psychologue Robert Rosenthal et Kermit Fode confient à des étudiants des rats ordinaires, en présentant certains comme « intelligents » et d’autres comme « lents ». Les rats réputés intelligents apprennent plus vite à parcourir un labyrinthe : les étudiants, sans le vouloir, les manipulaient et les observaient différemment.

Pygmalion à l’école (1968)

Rosenthal mène ensuite une étude avec Lenore Jacobson, directrice d’une école primaire de Californie, l’Oak School :

  1. Les élèves passent un test d’intelligence présenté comme capable de prédire une « éclosion » intellectuelle.
  2. Les chercheurs désignent aux enseignants environ 20 % des élèves comme futurs « éclosants », en réalité tirés au sort.
  3. Huit mois plus tard, ces élèves ont progressé davantage que les autres au même test, surtout dans les deux premières classes (6-7 ans).

Le livre Pygmalion in the Classroom (1968) connaît un retentissement considérable : les attentes des enseignants sembleraient pouvoir changer le QI des enfants.

Les critiques

L’étude a été critiquée dès sa parution, notamment par le psychologue Robert Thorndike :

  • le test utilisé était peu adapté aux plus jeunes, avec des scores parfois aberrants ;
  • l'effet n’était significatif que dans les deux premières classes, et sur de petits effectifs ;
  • plusieurs tentatives de réplication ont échoué ou trouvé des effets plus faibles.

En 1984, une méta-analyse de Stephen Raudenbush montre un résultat éclairant : l’effet n’apparaît que lorsque les enseignants connaissent les élèves depuis moins de deux semaines au moment où on leur transmet les fausses attentes. Quand ils les connaissent déjà, leurs propres observations l’emportent.

Ce qui est établi aujourd’hui

Les synthèses du psychologue Lee Jussim et de ses collègues concluent :

  • les attentes des enseignants ont un effet réel mais faible sur les résultats des élèves ;
  • cet effet s’estompe souvent avec le temps ;
  • il est un peu plus marqué chez les élèves issus de groupes stigmatisés ou en difficulté ;
  • la plupart du temps, les attentes des enseignants sont assez exactes : elles prédisent les résultats parce qu’elles reflètent les performances réelles, pas parce qu’elles les créent.
Croyance populaireCe que montre la recherche
AmpleurLes attentes transforment les élèvesEffet faible en moyenne
DuréeDurableS’atténue souvent
FréquenceUniverselleSurtout quand l’adulte connaît peu la personne
MécanismeMagie de la confianceComportements concrets de l’adulte

Comment les attentes agissent

Rosenthal a identifié quatre canaux par lesquels un adulte traite différemment ceux dont il attend beaucoup :

  1. Le climat : plus de sourires, de chaleur, de contacts visuels.
  2. L’apport : plus de contenu enseigné, des exercices plus difficiles.
  3. Les occasions de réponse : on leur laisse plus de temps, on les interroge davantage.
  4. Le retour : des commentaires plus détaillés, des encouragements.

Ces comportements sont souvent inconscients. C’est pourquoi l’effet se rapproche de l'effet de halo et du biais de confirmation : on voit ce que l’on s’attend à voir.

L’effet Golem et les autres prolongements

  • L’effet Golem est l’inverse : des attentes faibles conduisent à de moins bonnes performances.
  • Au travail, des études en entreprise et dans l’armée israélienne (Dov Eden) ont montré des effets des attentes des encadrants sur les performances, surtout chez les nouvelles recrues.
  • La menace du stéréotype, autre phénomène voisin, désigne la baisse de performance quand une personne craint de confirmer un stéréotype négatif sur son groupe. Ses effets ont eux aussi été revus à la baisse par les études récentes.

Que retenir pour enseigner ou encadrer ?

  • Avoir des attentes élevées pour tous, pas seulement pour les élèves jugés brillants.
  • Donner à chacun des occasions de répondre et des retours précis (voir motivation).
  • Se méfier des étiquettes transmises par les dossiers ou les collègues, surtout en début d’année.
  • Ne pas surestimer le pouvoir des attentes : elles ne remplacent ni un enseignement de qualité ni une aide adaptée.

Questions fréquentes

Effet Pygmalion et effet placebo, quelle différence ?

Dans l'effet placebo, ce sont les attentes de la personne elle-même qui modifient ce qu’elle ressent. Dans l’effet Pygmalion, ce sont les attentes d’une autre personne qui modifient son comportement envers elle, et donc ses résultats.

L’effet Pygmalion existe-t-il vraiment ?

Oui, mais il est beaucoup plus faible et moins général que ce qu’on lit souvent. La célèbre étude de 1968 a des faiblesses méthodologiques importantes.

Peut-on s’appliquer l’effet Pygmalion à soi-même ?

On parle parfois d’effet Galatée pour l’influence de ses propres attentes sur ses performances. Le sentiment d’efficacité personnelle étudié par Bandura en est la version la mieux documentée.

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