Aller au contenu
connaissance.org

Mythologies et religions · Autres mythologies

Mythologie égyptienne

La mythologie égyptienne rassemble les croyances de l’Égypte ancienne sur la création, les dieux et l’au-delà. Elle repose sur la maât, ordre du monde menacé par le chaos et renouvelé par les dieux.

Mis à jour le 6 min de lecture

La mythologie égyptienne s’est développée sur près de trois millénaires, de l’unification de l’Égypte vers 3100 av. J.-C. jusqu’à l’époque romaine. Elle ne forme pas un système unique : chaque grande ville avait ses dieux, ses récits de création et ses théologies, qui ont coexisté, se sont combinés et ont évolué. Elle est inséparable de la religion égyptienne, de la royauté pharaonique et des pratiques funéraires. Le cadre historique est présenté dans la fiche Égypte antique.

Les sources

Les Égyptiens n’ont laissé aucun récit mythologique complet et suivi comparable à ceux d’Homère ou d’Hésiode. Les mythes sont connus par fragments, dans :

SourceÉpoqueContenu
Textes des PyramidesVe–VIe dynasties (vers 2400–2200 av. J.-C.)Formules gravées dans les tombes royales, les plus anciens textes religieux connus
Textes des SarcophagesMoyen Empire (vers 2000 av. J.-C.)Formules funéraires étendues aux particuliers
Livre des mortsNouvel Empire (à partir de vers 1550 av. J.-C.)Formules pour franchir les épreuves de l’au-delà
Livres de l’au-delà (Amdouat, Livre des Portes)Nouvel EmpireVoyage nocturne du Soleil
Hymnes, contes, inscriptions de templesToutes époquesLes Aventures d’Horus et Seth (papyrus Chester Beatty I), hymnes à Amon et à Aton
Plutarque, Isis et OsirisIer–IIe siècle apr. J.-C.Seul récit continu du mythe d’Osiris, par un auteur grec

Les hiéroglyphes ont été déchiffrés par Jean-François Champollion en 1822, ce qui a permis de lire ces textes.

Les récits de la création

Tous partent d’un même état initial : le Noun, océan primordial, inerte et obscur. De lui émerge une butte primordiale, première terre sèche, image de la crue du Nil qui se retire en laissant des terres fertiles. Trois grandes traditions coexistaient :

Héliopolis : l’Ennéade

Le dieu Atoum (assimilé à Râ) apparaît de lui-même sur la butte. Il crée seul le premier couple : Shou (l’air) et Tefnout (l’humidité). Ceux-ci engendrent Geb (la terre) et Nout (le ciel). De Geb et Nout naissent Osiris, Isis, Seth et Nephthys. Ces neuf dieux forment l'Ennéade d’Héliopolis.

Hermopolis : l’Ogdoade

Huit divinités primordiales, quatre couples de dieux-grenouilles et de déesses-serpents, incarnent les aspects du chaos : l’eau (Noun et Naunet), l’infini, l’obscurité et le caché (Amon et Amaunet). Leur action fait apparaître le Soleil.

Memphis : Ptah

Selon la théologie dite de Memphis, gravée sur la pierre de Chabaka (VIIIe siècle av. J.-C., British Museum), le dieu Ptah crée le monde par la pensée de son cœur et la parole de sa langue.

Les grands mythes

Le mythe d’Osiris

C’est le mythe central de la religion égyptienne. Osiris règne sur l’Égypte avec sa sœur et épouse Isis. Son frère Seth, jaloux, le tue et, selon Plutarque, l’enferme dans un coffre jeté dans le Nil, puis découpe son corps en morceaux dispersés à travers le pays. Isis, aidée de sa sœur Nephthys et d’Anubis, retrouve et rassemble les morceaux et reconstitue le corps : c’est la première momie. Grâce à sa magie, elle ranime Osiris le temps de concevoir un fils, Horus. Osiris devient le souverain du monde des morts.

La lutte d’Horus et Seth

Élevé en secret dans les marais du Delta, Horus revendique le trône de son père. Il affronte Seth dans une série de combats et de procès devant le tribunal des dieux ; il y perd un œil, guéri ensuite (l'œil oudjat, symbole de protection). Horus finit par être reconnu roi. Chaque pharaon était considéré comme l’incarnation d’Horus vivant, et devenait Osiris à sa mort.

Le voyage de Râ

Le dieu solaire Râ traverse le ciel le jour dans sa barque. La nuit, il navigue dans le monde souterrain, la Douat, où il affronte le serpent du chaos Apophis, qui tente d’arrêter sa course. Chaque matin, sa victoire permet au Soleil de renaître à l’est. Ce combat quotidien illustre la lutte permanente de l’ordre contre le désordre.

La destruction de l’humanité

Vieilli, Râ apprend que les hommes complotent contre lui. Il envoie son œil sous la forme de la déesse lionne Sekhmet, qui massacre l’humanité. Pris de pitié, Râ fait répandre de la bière teinte en rouge, que Sekhmet boit, croyant que c’est du sang ; enivrée, elle s’apaise. Râ se retire ensuite dans le ciel.

La maât : l’ordre du monde

La maât, personnifiée par une déesse coiffée d’une plume d’autruche, désigne l’ordre cosmique, la vérité, la justice et l’équilibre. Le rôle du pharaon est de la maintenir sur terre, en rendant le culte aux dieux, en faisant régner la justice et en repoussant les ennemis. Son contraire est l'isfet, le chaos.

La mort et l’au-delà

Les Égyptiens concevaient la personne comme formée de plusieurs éléments : le corps, le ka (force vitale), le ba (souvent représenté comme un oiseau à tête humaine), le nom et l’ombre. Pour que le défunt survive, son corps devait être conservé par la momification, et des offrandes devaient lui être faites.

Le défunt devait ensuite affronter le jugement d’Osiris. Dans la « salle des deux Vérités », son cœur est pesé sur une balance face à la plume de Maât, en présence d’Anubis et de Thot. Le défunt récite la « confession négative », une liste de fautes qu’il affirme ne pas avoir commises. Si le cœur est en équilibre, il est déclaré « juste de voix » et rejoint les champs d’Ialou, un paradis agricole. Sinon, il est dévoré par Ammit, monstre à tête de crocodile. Les tombes royales, comme les pyramides d’Égypte, étaient conçues pour assurer la survie du roi dans l’au-delà.

Le culte

Les dieux résidaient dans leurs statues, abritées au cœur des temples. Seuls le pharaon et les prêtres y avaient accès ; le culte quotidien consistait à réveiller, laver, vêtir et nourrir la statue. Lors des grandes fêtes, la statue sortait en procession dans une barque portée par les prêtres. Le peuple pratiquait une piété personnelle, auprès de dieux familiers comme Bès ou Taouret, protecteurs des naissances.

Sous Akhenaton (vers 1353–1336 av. J.-C.), le culte d'Aton, le disque solaire, est imposé au détriment des autres dieux, en particulier d’Amon. Cette réforme est abandonnée après sa mort. Les principaux dieux sont présentés dans la fiche dieux égyptiens.

La fin de la religion égyptienne

La religion égyptienne se maintient sous les Grecs (dynastie des Ptolémées) et les Romains ; le culte d’Isis se répand même dans tout l’Empire romain. Le christianisme s’impose en Égypte à partir du IVe siècle. Le temple d’Isis à Philae est l’un des derniers à fonctionner ; il est fermé sous l’empereur Justinien, vers 535-537. La dernière inscription hiéroglyphique connue y est datée de 394.

Questions fréquentes

Qui est le dieu le plus important de la mythologie égyptienne ?

Cela dépend des époques. Râ, le dieu solaire, est le plus constant. Au Nouvel Empire, Amon-Râ, dieu de Thèbes, devient le dieu dynastique principal. Osiris est le dieu le plus important pour l’au-delà.

Comment le monde a-t-il été créé selon les Égyptiens ?

D’un océan primordial, le Noun, d’où émerge une butte de terre. Selon les traditions, le créateur est Atoum à Héliopolis, Ptah à Memphis ou les huit dieux de l’Ogdoade à Hermopolis.

Que se passe-t-il après la mort chez les Égyptiens ?

Le défunt est jugé devant Osiris : son cœur est pesé face à la plume de Maât. S’il est juste, il accède à une vie éternelle dans les champs d’Ialou.

Pourquoi les Égyptiens momifiaient-ils les morts ?

Pour conserver le corps, support indispensable du ka et du ba, et permettre au défunt de survivre dans l’au-delà, à l’image d’Osiris reconstitué par Isis.

À lire aussi

Autres mythologies : toutes les fiches