Aller au contenu
connaissance.org

Mythologies et religions · Autres mythologies

Mythologie mésopotamienne

La mythologie mésopotamienne est celle des Sumériens, Akkadiens, Babyloniens et Assyriens. Gravés sur argile, ses textes sont parmi les plus anciens du monde, dont l’épopée de Gilgamesh.

Mis à jour le 5 min de lecture

La Mésopotamie, « pays entre les fleuves » Tigre et Euphrate (Irak actuel pour l’essentiel), a vu naître l’écriture cunéiforme vers 3300 av. J.-C. Ses peuples successifs – Sumériens, Akkadiens, Babyloniens, Assyriens – ont partagé et transformé, sur près de trois millénaires, un ensemble de dieux et de récits. Ces textes, redécouverts au XIXe siècle dans les ruines de Ninive, Nippur ou Babylone, ont révélé une littérature plus ancienne que la Bible et que les poèmes homériques de la mythologie grecque. Le contexte historique est présenté dans la fiche Mésopotamie.

Les grands dieux

Chaque ville avait son dieu protecteur, résidant dans son temple. Les noms varient entre le sumérien et l’akkadien :

SumérienAkkadienDomaineVille principale
AnAnuCiel, père des dieuxUruk
EnlilEllilAir, souveraineté, roi des dieuxNippur
EnkiEaEaux douces souterraines, sagesse, magieEridu
InannaIshtarAmour, sexualité, guerre, planète VénusUruk
UtuShamashSoleil, justiceSippar, Larsa
NannaSînLuneUr
EreshkigalEreshkigalReine des Enfers—
—MardukDieu de Babylone, devenu roi des dieuxBabylone
—AssurDieu national assyrienAssur

Les dieux étaient conçus comme les maîtres du monde ; les hommes avaient été créés pour les servir et les nourrir par les offrandes, afin de les décharger du travail.

Les récits de la création

L’Enuma Elish

L'Enuma Elish (« Lorsqu’en haut », d’après ses premiers mots) est le poème babylonien de la création, connu par des copies du Ier millénaire av. J.-C. Au début, il n’existe que Apsû (les eaux douces) et Tiamat (les eaux salées). De leur union naissent les dieux. Une guerre éclate ; le jeune dieu Marduk accepte d’affronter Tiamat à condition d’être reconnu roi des dieux. Il la tue, fend son corps en deux et en fait le ciel et la terre. Du sang du dieu rebelle Kingu, Ea crée l’humanité. Le poème glorifie Marduk et Babylone ; il était récité lors de la fête du Nouvel An (akitu).

Atrahasis et la création des hommes

Dans le poème d'Atrahasis (début du IIe millénaire av. J.-C.), les dieux inférieurs, épuisés de creuser les canaux, se révoltent. Les dieux créent alors les hommes avec de l’argile mêlée au sang d’un dieu sacrifié, pour qu’ils travaillent à leur place.

Le récit du déluge

Les hommes devenus trop nombreux et trop bruyants, Enlil décide de les détruire par un déluge. Le dieu Enki (Ea) prévient secrètement un homme juste – Ziusudra en sumérien, Atrahasis ou Utanapishtim en akkadien – et lui ordonne de construire un bateau pour y sauver sa famille et des animaux. Après la tempête, le bateau s’échoue sur une montagne ; le héros lâche des oiseaux pour savoir si les eaux se sont retirées, puis offre un sacrifice aux dieux. Il reçoit l’immortalité.

Ce récit présente des ressemblances frappantes avec celui de Noé dans la Genèse (voir la Bible). Sa découverte en 1872 par l’assyriologue britannique George Smith, sur une tablette de Ninive, eut un retentissement considérable. Les spécialistes admettent l’existence de traditions communes au Proche-Orient ancien, tout en soulignant les différences de sens entre les récits.

L’épopée de Gilgamesh

L'épopée de Gilgamesh est l’œuvre la plus célèbre de la littérature mésopotamienne et l’un des plus anciens récits épiques connus.

Les versions

Des poèmes sumériens sur Gilgamesh existent dès la fin du IIIe millénaire av. J.-C. Une version babylonienne ancienne apparaît vers 1800 av. J.-C. La version la plus complète, dite « standard », en onze tablettes (plus une douzième ajoutée), est attribuée au lettré Sîn-leqi-unninni et a été retrouvée notamment dans la bibliothèque d'Assurbanipal à Ninive (VIIe siècle av. J.-C.).

Le récit

  1. Gilgamesh, roi d’Uruk, deux tiers dieu et un tiers homme, opprime son peuple. Les dieux créent pour lui un rival, Enkidu, homme sauvage vivant parmi les bêtes.
  2. Enkidu est civilisé par une prostituée sacrée, Shamhat, puis affronte Gilgamesh. Les deux hommes deviennent amis inséparables.
  3. Ensemble, ils tuent Humbaba, gardien de la forêt des Cèdres, puis le Taureau céleste envoyé par Ishtar, dont Gilgamesh a repoussé les avances.
  4. Les dieux décident qu’Enkidu doit mourir pour ces offenses. Sa mort plonge Gilgamesh dans le désespoir et la peur de mourir.
  5. Gilgamesh part chercher Utanapishtim, le survivant du déluge devenu immortel. Celui-ci lui raconte le déluge (tablette XI) et lui révèle l’existence d’une plante de jouvence au fond de la mer.
  6. Gilgamesh cueille la plante, mais un serpent la lui dérobe pendant qu’il se baigne. Il rentre à Uruk et contemple ses remparts : son œuvre, à défaut de l’immortalité, lui survivra.

Le sens

L’épopée médite sur l'amitié, la mort et les limites de la condition humaine. Une servante de taverne, Siduri, conseille à Gilgamesh, dans la version ancienne, de profiter des joies de la vie, car les dieux, en créant l’humanité, lui ont assigné la mort et gardé la vie pour eux. Un roi nommé Gilgamesh a peut-être régné à Uruk vers 2700 av. J.-C., mais son existence n’est pas prouvée.

La descente d’Inanna aux Enfers

Dans ce mythe sumérien, la déesse Inanna (Ishtar) descend au royaume de sa sœur Ereshkigal. À chacune des sept portes, elle doit abandonner un vêtement ou un insigne, jusqu’à arriver nue. Elle est tuée, puis ranimée grâce à Enki, mais doit fournir un remplaçant : elle désigne son époux Dumuzi (Tammuz), qui partagera l’année aux Enfers avec sa sœur. Ce récit, qui explique le cycle des saisons, rappelle celui de Perséphone chez les Grecs.

Questions fréquentes

Quel est le plus ancien texte de mythologie ?

Les textes religieux sumériens, dont des hymnes et des listes de dieux du IIIe millénaire av. J.-C., figurent parmi les plus anciens. Les poèmes sumériens sur Gilgamesh datent de la fin de ce millénaire.

Gilgamesh a-t-il existé ?

Un roi d’Uruk de ce nom figure dans la Liste royale sumérienne, et il a pu régner vers 2700 av. J.-C. Mais aucune inscription contemporaine ne prouve son existence.

Le déluge de Gilgamesh est-il le même que celui de Noé ?

Les deux récits partagent de nombreux éléments (homme averti, bateau, animaux, oiseaux lâchés, sacrifice). Le récit mésopotamien est plus ancien. Leur sens théologique diffère : colère d’un dieu contre le bruit des hommes d’un côté, jugement moral d’un Dieu unique de l’autre.

Qui est Marduk ?

Le dieu protecteur de Babylone, devenu roi des dieux dans l'Enuma Elish après sa victoire sur Tiamat.

À lire aussi

Autres mythologies : toutes les fiches