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Arts · Architecture

Haussmann et les grands travaux de Paris

De 1853 à 1870, le préfet Haussmann transforme Paris à la demande de Napoléon III : larges boulevards, immeubles alignés, égouts, parcs et équipements font de la ville médiévale une capitale moderne.

Mis à jour le 5 min de lecture

Les travaux d’Haussmann désignent la transformation radicale de Paris menée sous le Second Empire par Georges Eugène Haussmann, préfet de la Seine de 1853 à 1870, sur les instructions de l’empereur Napoléon III. En dix-sept ans, environ 20 000 maisons anciennes sont démolies et quelque 40 000 construites ; des dizaines de kilomètres de voies nouvelles, des égouts, des parcs, des marchés et des équipements publics remodèlent la capitale. Le Paris d’aujourd’hui, avec ses boulevards plantés et ses façades de pierre alignées, est en grande partie le Paris haussmannien.

Repères chronologiques

DateÉvénement
1848 – 1852Louis-Napoléon Bonaparte, président puis empereur, veut moderniser Paris ; prolongement de la rue de Rivoli lancé
22 juin 1853Haussmann est nommé préfet de la Seine
1854 – 1858Percée du boulevard de Sébastopol et du boulevard de Strasbourg
1855Exposition universelle de Paris
1858Aménagement du bois de Boulogne achevé ; parc Monceau, bois de Vincennes en cours
1860Annexion des communes de la petite couronne : Paris passe de 12 à 20 arrondissements
1861Début de la construction de l’Opéra, par Charles Garnier
1862 – 1867Réseau d’égouts d’Eugène Belgrand ; aqueduc de la Dhuis
1867Parc des Buttes-Chaumont ; Exposition universelle
1868Jules Ferry publie Les Comptes fantastiques d’Haussmann
5 janvier 1870Haussmann est révoqué
1870 – 1914Les travaux se poursuivent sous la IIIe République (boulevard Haussmann achevé en 1927)

Pourquoi transformer Paris ?

Au milieu du XIXe siècle, Paris compte plus d’un million d’habitants entassés dans des quartiers médiévaux étroits, insalubres et mal éclairés. Le choléra y a tué près de 19 000 personnes en 1832 et encore des milliers en 1849. Les rues sinueuses rendent la circulation difficile, alors que la ville s’industrialise et que les gares de chemin de fer s’y multiplient.

Les grands travaux répondent à plusieurs objectifs :

  • l’hygiène : faire entrer l’air et la lumière, évacuer les eaux usées, amener l’eau potable ;
  • la circulation : relier les gares, les quartiers, les grands axes, ouvrir la ville aux flux ;
  • l’ordre public : de larges avenues rendent les barricades plus difficiles et facilitent les mouvements de troupes, après les révolutions de 1830 et de 1848 (révolution de 1848) ;
  • le prestige : faire de Paris la capitale moderne de l’Europe, à l’image de Londres que Napoléon III a connue en exil ;
  • l’économie : stimuler le bâtiment et la spéculation immobilière.

Les grandes réalisations

Les percées

Haussmann trace des axes rectilignes qui éventrent les vieux quartiers : la « grande croisée » de Paris (rue de Rivoli est-ouest, boulevards de Strasbourg, Sébastopol et Saint-Michel nord-sud), les boulevards Saint-Germain, Haussmann, Malesherbes, Voltaire, l’avenue de l’Opéra, les douze avenues rayonnant autour de l’Étoile. L’île de la Cité est en grande partie rasée et perd la majorité de ses habitants, remplacés par des bâtiments administratifs et hospitaliers.

L’immeuble haussmannien

Le long des boulevards, des règlements stricts imposent un type d’immeuble uniforme : façade en pierre de taille, hauteur limitée selon la largeur de la rue, alignement des corniches et des balcons. Le modèle comprend :

NiveauCaractéristiques
Rez-de-chaussée et entresolCommerces, souvent à hauts plafonds
2e étage, « étage noble »Balcon filant, plafonds hauts, appartements les plus chers
3e et 4e étagesFenêtres à encadrements plus simples
5e étageSecond balcon filant
ComblesToit en zinc à 45 degrés ; chambres de bonne

Les égouts et l’eau

Avec l’ingénieur Eugène Belgrand, Haussmann dote Paris d’un réseau d’égouts de près de 600 kilomètres à la fin du Second Empire, et d’un double réseau d’eau : eau de rivière pour le nettoyage, eau de source amenée par des aqueducs pour la consommation.

Les espaces verts

Avec l’ingénieur Adolphe Alphand et le jardinier Jean-Pierre Barillet-Deschamps, il aménage les bois de Boulogne et de Vincennes, les parcs Monceau, Montsouris et des Buttes-Chaumont, et des dizaines de squares. Les boulevards sont plantés d’arbres et équipés d’un mobilier urbain standard : bancs, kiosques, lampadaires à gaz, colonnes Morris, fontaines Wallace (ces dernières après 1870).

Les équipements

Les Halles de Victor Baltard, la nouvelle gare du Nord, la gare de l’Est agrandie, les mairies d’arrondissement, les églises Saint-Augustin et de la Trinité, les théâtres du Châtelet, le palais de justice et l’Hôtel-Dieu reconstruits, et l’Opéra de Charles Garnier, achevé en 1875.

Le coût et les critiques

Les travaux coûtent environ 2,5 milliards de francs de l’époque, financés par l’emprunt et des montages financiers audacieux. Le député républicain Jules Ferry dénonce en 1868 Les Comptes fantastiques d’Haussmann, jeu de mots sur les Contes fantastiques d’Hoffmann. Les critiques portent aussi sur :

  • l’expulsion des classes populaires vers l’est et la périphérie, et la ségrégation sociale accrue ;
  • la destruction du vieux Paris, regrettée par Victor Hugo, Baudelaire (« la forme d’une ville change plus vite, hélas ! que le cœur d’un mortel ») et les photographes comme Charles Marville, chargé de documenter les rues avant leur démolition ;
  • la spéculation et l’enrichissement des promoteurs.

Fragilisé par ces attaques, Haussmann est révoqué en janvier 1870 par le gouvernement libéral d’Émile Ollivier, quelques mois avant la chute de l’Empire.

L’héritage

Le modèle haussmannien a été imité à Bruxelles, Barcelone, Madrid, Buenos Aires, Le Caire, Bucarest et dans de nombreuses villes de province françaises (Lyon, Marseille, Toulouse). Il a fixé l’image de Paris dans le monde. Les historiens jugent aujourd’hui son bilan contrasté : une modernisation sanitaire et urbaine considérable, au prix d’une destruction patrimoniale et d’une transformation sociale profondes. Voir aussi l'histoire de Paris et Paris.

Questions fréquentes

Qui était le baron Haussmann ?

Georges Eugène Haussmann (1809-1891), haut fonctionnaire protestant d’origine alsacienne, préfet de la Seine de 1853 à 1870. Il s’est lui-même attribué le titre de baron, sans fondement officiel solide.

Qu’est-ce qu’un immeuble haussmannien ?

Un immeuble de rapport construit à Paris entre 1853 et le début du XXe siècle, en pierre de taille, de cinq à six étages, avec balcons filants aux 2e et 5e étages et toit de zinc. Il obéit à des règles d’alignement et de hauteur.

Pourquoi Haussmann a-t-il fait de larges boulevards ?

Pour assainir la ville, faciliter la circulation entre les gares et les quartiers, embellir la capitale et, en partie, rendre les barricades plus difficiles et le maintien de l’ordre plus facile.

Combien de temps ont duré les travaux d’Haussmann ?

Haussmann les a dirigés de 1853 à 1870, mais les projets lancés sous son autorité ont été poursuivis jusqu’aux années 1920.

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